Cette semaine, j’ai eu un sacré coup de coeur pour le premier EP de Will & Held, sorti sur le nouveau label londonien Spinning Plates. Le skeud, distribué en vinyl only devrait être disponible dans tout les bons recordshop de nos contrées, aussi je conseille à tout amateur de musique dense, lyrique et psychédélique de se ruer le plus vite possible dessus. Ambiances.

 

Ours s’ouvre avec le morceau Buoys, superbe machine enveloppante aux ambiances feutrées et biotopiques. D’emblée le travail du groupe sur des nappes aériennes et racées, faites de flutes et de samples inversés nous rappelle les sonorités de Tycho ou Boards Of Canada. Les intros sont longues et mystérieuses, elles entrainent l’auditeur dans une rêverie liquide. Les rythmiques cadencées à l’anglaise, filtrées avec application, exploitent les exercices passés de Will Berridge auteur de sorties sur Save You Records dans une veine techno à tendance futur-garage. Le background drum’n’bass de Held semble permettre de dégager du tout un swing véloce. Surtout, on décèle chez nos les deux musiciens un très fort potentiel de scénarisation: un break majestueux et environnemental qui s’ouvre sur des cors ultra-cinématiques donnent tout leur sens aux accords dub feutrés déployés depuis le début du morceau. Held, ancien ingénieur du son, apporte ici une touche de finesse à un ensemble volontairement dense et qui aurait pu facilement sans une certaine maitrise accoucher d’une cacophonie.

 

Après une ouverture très zen, le titre éponyme, Ours lance lui véritablement les hostilités. Là encore le travail incroyable sur les atmosphères, la basse analogique intense, les aller-retours mélodiques assure au morceau une postérité certaine. Avec son piano mélancolique et ses textures indéfinissables et entêtantes, Ours est le genre de track que tu peux écouter et ré-écouter à travers le temps, en ayant toujours l’impression d’y redécouvrir quelque chose. Perso depuis que j’ai chopé cet EP, j’ai du m’écouter cette track au moins 20 fois. Et puis, petit jugement un peu plus personnel, je trouve le groove de ce morceau quasiment ghetto. Tu sais en club ce moment ou après le break quand ça repart tout le monde fait la grimace et se regarde en mode le beat m’a saisi et je bounce comme si j’étais dans un clip de rap cainri, ce qui fait afficher au DJ un air de thug satisfait. Bref, une tuerie qui plaira autant à un Nathan Fake qu’à un Floating Points.

 

Trus’me, qui a l’occasion de magnétiser l’EP en B1 par son groove implacable ne se prive pas pour le faire, lâchant là un énorme morceau de Deep House magnétique, il exploite parfaitement les ambiances surréalistes composés par Will & Held. Le savoir faire du boss de Prime Numbers met d’ailleurs à l’amende le mastering des pistes précédentes. Le caractère très pumping de ce morceau devrait quand à lui réjouir les dancefloor. Si le parti-pris reste cependant plus classique, dieu que la basse est bonne.
Cette release se terminer enfin par un morceau d’ambiant plus classique et éthéré qui donne l’impression d’avoir été sorti du back-catalogue en urgence pour pallier à l’ambiance d’un second remixeur. S’arrêter à ce jugement serait réducteur puisque cette B2 nous replonge très clairement dans les paysages mystiques et luxuriant des contes soniques du duo, et c’est déjà très bien.

 

Ceux qui m’auront lu jusqu’ici l’auront donc bien compris, ce petit 12 » est une perle. Il faudra donc suivre avec attention les prochaines sorties de Will & Held et plus généralement de Spinning Plates, label de passionné dont le titre nous évoque la difficulté de réussir dans une des seules industries au monde qui ne peut se reposer sur une logique de profit et de valeur monétaire propre.
Et puis un petit bonus en téléchargement gratuit, un morceau du duo intutilé Atom et paru ce week-end chez XLR8R.

 

 

by Sw1n