La musique électronique comme le hip-hop se sont fondés sur une culture de l’échantillonnage. Parfois décrié, le sample peut être perçu comme du plagiat ou du piratage alors qu’il peut représenter pour ses utilisateurs un hommage à des titres antérieurs ou une façon d’enrichir un morceau en croisant les styles et les périodes. Dure Vie a voulu remonter aux origines du sampling en étudiant des morceaux construits avec un même échantillon.

Pour inaugurer cette rubrique revenons sur ce classique de 1989, l’un des tous premiers à utiliser une boucle disco de quelques secondes comme élément principal d’un morceau house. Cette véritable révolution à l’époque est à l’origine d’une déferlante de track construites sur ce même principe encore jusqu’à nos jours et dont l’acmé se situe à la fin des années 90 avec le courant french-house qui a usé le concept jusqu’à frôler l’overdose !

Earth People – Dance (Club Mix) (Kool Groove, 1989)

Ce morceau est l’œuvre du producteur New-Yorkais Joseph Longo sous l’un de ses nombreux alias : Earth People. Son idée de génie repose sur l’utilisation d’un sample de quelques secondes à peine, provenant du morceau « I was born this way » de Carl Bean sorti sur le légendaire label Motown en 1977.

Carl Bean – I was born this way (Motown, 1977)

L’histoire de ce morceau est également singulière puisqu’il s’agit d’une cover du morceau disco éponyme de l’artiste Valentino sorti deux ans auparavant sur Gaiee, un sous-label de Motown. Outre le fait d’être un hit instantané il s’agit là de l’un des tous premiers hymnes gay, dont l’objectif assumé était de mettre en lumière les difficultés rencontrées par cette communauté.

Valentino – I was born this way (Gaiee, 1975)

Si l’ignorant voit un plagiat dans l’utilisation du sampling, les initiés savent depuis longtemps qu’il s’agit avant tout d’un hommage à l’artiste source et d’une preuve d’amour au morceau original ! Ce n’est donc pas un hasard si Longo choisi de sampler ce morceau en particulier, la house music se veut l’héritière de la disco tant sur le plan musical que sur le plan des valeurs véhiculées et notamment celles d’ouverture et de défense des minorités oppressées.

Update (30.01.17):

Sample alert ! Nous étions passés à côtés d’une autre utilisation de génie du « Born this way » de Carl Bean : écoutez le passage à 4:32, il aura suffit d’un tout petit sample d’à peine 2 secondes à Mike Dunn, alias QX-1, pour créer un autre classique de la house music : le morceau I Won’t Hurt You (I Swear).

Sorti en 1991, ce morceau et le reste de l’EP restent intemporels, et si vous avez du mal à en trouver une copie abordable sur Discogs, n’hésitez pas à vous rabattre sur la repress de 2014 d’excellente qualité, une belle initiative de deux french-gangsters de la house de Phil Weeks et Didier Allyne !

Dance devient lui aussi rapidement un hit, sorti sur le label new-yorkais Kool Groove en 1989 il fait l’objet l’année qui suit d’une repress chez leurs voisins d’Underworld et sur le label anglais Champion. À l’époque le remix n’est pas encore une pratique courante, il faudra attendre treize ans pour que Champion sorte en 2002 un EP de remix. Remixer un morceau ayant eu un tel succès est un exercice risqué qui se termine en général par un désastre ou au mieux dans l’indifférence la plus complète… Sauf que là c’est Kerri Chandler qui s’en occupe et il réussi le tour de force de créer une version augmentée de l’originale, plus puissante, plus groovy et plus longue de 4 minutes parce-que quand même… qu’est-ce que ce sample est bon !

EP2 – Dance (Kerri Chandler’s Centro Fly Mix) (Champion, 2002)

Mauvaise nouvelle, à l’heure actuelle une seule copie de cette version est en vente sur Discogs pour la modique somme de 100€… Bonne nouvelle Jerome Syndenham a sorti un edit du remix de Chandler il y a quelques semaines, certes moins long mais tout aussi efficace et il reste encore des copies neuve donc foncez (d’autant plus que le reste de l’EP vaut largement le coup) !

Earth People Dance (Kerri Chandler Centro Fly Mix – Jerome Sydenham Special Edit)  (Ibadan, irc127)

Enfin et pour conclure est également sorti sur Degustibus en fin d’année dernière le premier EP d’une série cherchant à rendre hommage aux samples qu’on ne se lasse pas d’écouter encore et encore. Ditongo, l’artiste derrière ce projet, rend un hommage assumé à Joseph Longo en baptisant simplement son track Longo… Peu d’information sur ce producteur si ce n’est qu’il serait un ancien producteur eurodance a succès dans les années 90. Après enquête il s’avère qu’il ne s’agit ni plus ni moins de Dj Spiller (Groovejet ça vous dit quelque chose ?) qui brouille les pistes à l’instar de Joseph Longo et ses multiples alias, précurseur encore une fois d’une tendance qui fait désormais partie intégrante du mouvement house.

Ditongo – Longo (Degustibus Music ‎– DEGU 017)