Entretien déjanté avec Soeurs Malsaines, le collectif le plus frais de l’été.

Infatigable et bourré d’humour, le collectif Soeurs Malsaines a planté sa tente depuis quelques années dans le paysage du… mais lequel aufait ? Entre Paris et Marseille, non assignées à une scène géographique, les Soeurs oeuvre aux quatre coins de l’hexagone avec la même créativité depuis 2012. Aux frontières du spectacle vivant, du jeu, de la sensibilisation et du DJ set, les SM empestent l’art jusqu’au bout des ongles. Soeurs Malsaines c’est avant tout une ADN qu’iels conjugue à la « touf », leur version de la fête, safe et inclusive. Alors, après une année de résidence au Rex, on les a attrapé avant de les laisser sillonner les routes de l’été. Leur premier stop : le festival Bizarre de La Villette ce samedi, longue vie !

Qui est à l’origine des Soeurs Malsaines (SM) ?

On est contre la personnification, SM c’est un gloubi boulga de personnes et surtout de personnalités bien trempées. On fonctionne en meute, si y en a pour un.e, y en a pour dix donc quand on arrive en ville c’est toujours en ekip.

© Lucile Lefebvre

À l’origine on était un petit groupe de potes, aujourd’hui on est un gros groupe de potes. Si on a créé ce collectif, c’est parce qu’on trouvait pas de teufs dans lesquelles on se sentait bien, donc on a retroussé nos manches et on a développé notre univers dans les clubs, avec des jeux, du spectacle vivant, de la sensibilisation (RDR) et de l’art en tout genre. On est pas dans le mantra du Dj tout puissant.e, oui c’est la musique qui nous réunit mais ce qui est important c’est que tout le monde trouve sa place. Notre objectif c’est de mettre bien tout le monde en faisant passer nos messages à travers tous les médiums possibles, des caissons aux chiottes.

Quelles sont les valeurs intrinsèques de SM et en quoi ces combats sont-ils vraiment importants pour vous ? 

On a beau lui donner un surnom mignon, on prend la touf très au sérieux chez Soeurs Malsaines car nos propositions et nos revendications nous tiennent très à cœur. Un de nos fers de lance, c’est la parité sur les line-ups, sans quoi nous ne pourrons jamais être mises sur un même pied d’égalité, mais aussi la considération des différences car c’est dans la diversité qu’on grandit. 

© Arthur Lacour

La touf, c’est notre microcosme protéiforme dans lequel la fête devient non seulement un espace de liberté et de rencontres, mais également de sororité, revendiquée haut et fort. Ce qu’on veut, c’est institutionnaliser les musiques électroniques, mettre tous les arts ensembles car ils existent au même niveau et créent par leur mélange des expériences riches. On aimerait bien qu’aller en teuf soit aussi normal que d’aller voir une expo. Pourquoi pas faire les deux en même temps d’ailleurs ? 

La touf, c’est aussi des moments de dépossession de soi alors c’est aussi l’occasion de sortir des carcans dans lesquels on nous met sans demander notre avis. On peut remettre en question les normes toxiques instaurées par la société et nos pratiques quotidiennes, parce que changer le monde en faisant la teuf c’est possible, et c’est quand même vachement plus rigolo (du coup le message passe mieux) !

Dites-nous en plus sur vos prochains événements ? Comment construisez-vous l’identité de chaque format et les plateaux artistiques qui les accompagnent ? 

Le printemps nous a bien fait bourgeonner, après la 4e édition de notre résidence safe et inclusive au Rex Club “Petites Lèvres”, on rattaque sur un Cabaret Sauvage et on se prépare pour le festival Bizarre à la Folie ce samedi. Entre drag show, fashion topping et grosse techno, on va brûler le gazon de la Villette. 

© Amaury Cornu

En avril on a produit notre premier pestacle malsain : FURIE NOCTURNE et la deuxième édition va bientôt pointer le bout de son nez, là on a travaillé sur un format de teuf différent ou il y a du live, du théâtre, du concert et évidemment du DJ set. Le but étant de mélanger les arts et de mettre en avant les grandes figures féminines de la mythologie. On veut faire passer des messages à travers des médiums artistiques qui diffèrent de ce que l’on voit habituellement en teuf, pour l’émerveillement mais aussi parce qu’on trouve ça dommage de compartimenter. Il y a tellement d’artistes qui ont leur place sur un plateau, il faut s’ouvrir à la création ! 

Depuis sa création l’asso permet à toutes personnes qui la rejoint de mettre à dispo les outils pour développer des projets, quels qu’ils soient. On accompagne donc toutes les initiatives vers leur professionnalisation (enfin kind off). Mais on est là surtout pour se faire plaisir donc comme on aime bien rigoler et qu’on se prend pas au sérieux que ça soit dans le nom de nos évènements ou nos artistes, on oublie pas qu’on est là pour s’amuser et se célébrer. Après, on invite des artistes qu’on kiff et qui ont un bon sens de l’humour, je sais pas si on vous a dit mais on adore l’humour c’est important.

Enfin notre porte étendard : LA PARITÉ. Dans les line-up, c’est encore trop rare de la trouver… De notre côté ça restera toujours un mantra dans l’élaboration de nos events.

© Amaury Cornu

De Paris à Marseille, comment a évolué le collectif depuis ses débuts et quelle nouvelle aventure vous attend dans la cité phocéenne ? 

Notre énergie est contagieuse, et plus on est de folles, plus on rit ! Il faut arrêter de croire que c’est que Paris qui est une fête, tout le monde aime la teuf et on adore découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. Comme on amène la touf partout où on va, alors autant faire kiffer un max de monde avec notre bagage créatif (et émotionnel aussi) composé non seulement de nos DJ résidents, mais aussi de nos performeurs.ses, ça donne de sacrés bamboches ! Et là c’est le feu parce qu’on fait le tour de France des clubs et ça nous plait bien de partir sur les routes, récemment on à découvert Rouen, la folie ! Là on part à Nantes en mai et avant on a fait un saut à Aix. 

Notre deuxième maison c’est Artagon où on s’y sent si bien car on est avec tout plein de nouveaux.elles petit.e.s potes méga talentueux.se.s avec qui ça fait bien plaisir de mettre les mains dans le camboui (aka l’aaaart). Bref Marseille ça fait déjà un moment qu’on y a posé nos valises et on aime cette ville où tu dois surtout être sincère dans ce que tu donne. On a hâte de vous faire découvrir toutes les nouvelles idées farfelues qu’on a pour Massilia.

© Arthur Lacour

Et vous avez prévu de faire quoi de vos vacances d’été ? 

L’été on veut être à la plage, les pieds dans l’eau avec un pastis à la main (askip ça aide pour bronzer) alors ça sera Marseille. En plus ça tombe bien on sera au Delta Festival les pieds dans l’eau le samedi 2 juillet et sur un gros bateau le dimanche pour une croisière spéciale tribe-trance-techno qui va faire tanger toustes les petit.e.s flingueys.

Avant ça vous allez pouvoir shaker du booty secos avec nous sur Le Bon Air pour kiffer le sunshine au rythme de grosses basses mais chut c’est un secret… On sera également au Festival de la Douve Blanche pour faire ce qu’on fait de mieux : s’occuper de la scène after pour du fun dès le matin avec le caféééooo. Et puis on va faire un petit tour à l’est chez nos voisins belges, dans un festival qui commence par D et finit par oooooouuuuuuurrrrreeehhhhh… 

La Fronce c’est cool aussi donc tu pourras nous choper au festival Alternatiba à Lyon, au Chateau Sonic dans les Vosges et à Sisteron pour Luisance Sonore. Bref, ça part en road trip de l’extrême. Mais tkt paname on sera al entre deux festoches, parce qu’on va faire escale au Cabaret Sauvage, notre deuxième zonmai, pour nos events pluridisciplinaires FURIE NOCTURNE qui mettent en scène la danse, le théâtre, la musique avec des artistes de tous les horizons pour faire de la touf une nouvelle aventure artistique. Pas sur qu’on ait le time de faire nos cahiers de vacances mais promis à la rentrée on sera sérieu.x.se (ou pas). 

 

 

 
 

 
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Quid de votre compilation qui arrive ? 

La famille s’agrandit ! On a plein de nouveaux babies malsains qui sont pas là pour faire joujou sagement. Tenez-vous prêts pour une proposition musicale diversifiée et musclée (certain.e.s diront foraine et on assume)  parce qu’on est spécialiste du shakage de boule qui chamboulent en tout genre. Et du coup on va bientôt sortir un VA, premier d’une longue série, pour publier des tracks de nos artistes ainsi que d’autres artistes qui ne sont pas du crew pour spread du love musical autrement que par la touf. 

Comment observez-vous la scène électronique aujourd’hui ? 

Il n’y a clairement pas assez de day teuf dans la culture des soirées françaises. Et si la fête ça n’était pas que la night, on pourrait mieux pousser l’institutionnalisation des musiques électroniques ainsi que les valeurs dont elles sont porteuses au sein de notre société et de nos pratiques. On devrait pouvoir aller en teuf comme on va voir une expo, il n’y a pas d’heure soit-disant convenable pour vouloir aller shaker son pôtit cul au rythme du son, faire des rencontres et s’aérer l’esprit. 

© Amaury Cornu/Hans Lucas.

Du coup aujourd’hui la day touf, c’est aussi (surtout) l’after, on veut que notre vision déconstructive de la fête puisse également s’y exprimer. Mais qui dit after dit aussi plus de vigilance, il faut des stands de préventions (RDR autrement dit la réduction du risque et en tout genre le risque hein on cause aussi bien de stupéfiants que d’agressions sexuelles et sexistes). Et puis on ne va pas s’arrêter là ! Parce que y en a marre de se cacher derrière le manteau de la nuit pour taper du pied devant les caissons. 

Enfin, grosse surprise on sort un clip en avant première pour annoncer notre venue sur le festival le bon air réalisé par Lady Lulu c’est un peu un retour à nos premiers amours. La vidéo, qui a toujours fait partie de l’ADN SM et qu’on va aussi plus développer avec les différents artistes qui nous ont rejoint.

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© Lucile Lefebvre