Oubliez les soirées club où le but n’est que de venir, ouvrir ses oreilles (et même parfois non) et repartir. Le 25 janvier, le Salon CCC (« Communauté de la Créativité Collective »), une communauté interdisciplinaire de collaborateurs inspirée des salons littéraires qui précèdent la Révolution Française du 18ème siècle, investit l’Église Saint-Merry à deux pas du centre Georges-Pompidou. L’objectif : fédérer autant d’esprits créatifs et entreprenants entre musique, art et mapping pour développer de nouvelles idées avant-gardistes. Quand l’ancien renaît de ses cendres pour rencontrer la technologie du millénaire. 

L’idée pourrait en rebuter certains : l’image des salons littéraires en amont de la Révolution Française, destinés à la réunion de bourgeois et de nobles – connaît pourtant son pendant actuel en 2018. À l’heure où l’art et la technologie (et en particulier la musique électronique) tendent à ne faire qu’un et où de nombreuses problématiques se posent, l’idée est de régénérer ces salons mondains où libres penseurs et activistes d’une révolution en marche se retrouvaient pour flâner, débattre et développer de nouvelles idées. Écouter un live, déambuler au milieu de multiples expositions ou encore débattre, ensemble.

Et il faut dire que le lieu est assez inédit. De 18h à 2h du matin l’enceinte de l’Église Saint-Merry, vieille de 1690, sera investie par la technique du mapping où images numériques seront projetées aux murs afin d’en sublimer l’architecture gothique intérieure. L’artiste digital roumain Cote donnera ainsi vie aux concerts avec des visuels uniques pour chaque musicien. Côté technique, c’est VLS qui se chargera de l’installation, connu pour ses collaborations précédentes avec d’autres lieux d’exception, et notamment la cathédrale Saint-Jean de Lyon pour la Fête des Lumières.

© Louise Slaviero

La musique y jouera une place centrale. En chef d’orchestres mimétiques de ce mapping, seront à découvrir notamment des concerts electro-acoustiques entre classique et jazz à déguster assis, mais aussi la performance de Petre Inspirescu, membre du label minimale a:rpia:r qui viendra ici livrer un set classique inspiré de l’univers de Yojik Concon. À noter également quatre lives : celui d’Akufen sous son alias Horror Inc., partie prenante du célèbre label berlinois Perlon qui a notamment édité Ricardo Villalobos ou Margaret Dygas mais aussi celui d’Alex Troubetzkoy, natif français tout droit venu de Roumanie pour un live hybride expérimental. La performance modulaire ambient-jazz de DeWalta & Shannon devraient ravir les amateurs de câble, sans oublier la présentation en avant-première mondiale du premier album de Laurine Frost (alias Coldfish), de retour sur la scène broken techno depuis 2012.

Le plaisir sera aussi visuel avec de nombreuses expositions. Les réinterprétations de portraits classiques et natures mortes de Nicolas Samori et les travaux de mouvements de Robert Sherill côtoieront l’exposition posthume des photographies d’Hector Lemasle, les portraits oxymoriques, entre féérie et tourmente de Lambis Stratoudakis ou les travaux du reporter Aurelien Della Scalla. Plus physique, les sculptures iconoclastes d’Ugo Schiavi et celles mythologiques et animalières de Kasper rencontreront les gravures architecturales d’Octave Marsal, ou les technologies de l’exposition de l’artiste digitale Lea Boulooussovitch qui invite à la réflexion intéressante au-delà de “l’ailleurs” et de l’autre” du média. À découvrir aussi le travail de lithographie inspiré de la théorie du chaos de David Moy ou les oeuvres du plasticien Aidan Wallace, mais aussi les créations de mode de Samuel Richard Wellington ou – note plus légère, les poèmes du jeune Thomas Baignères.

© Aidan Wallace, peinte pour une collaboration avec Laurine Frost

Les grands thèmes abordés par ces artistes seront également discutés au travers de multiples courtes conférences autour de débats actuels : intelligence artificielle, emplois, entrepreneuriat social, le rôle de l’art, ou encore la créativité collective. Plus qu’une introduction à chacun d’entre eux, ces séances viseront à créer une véritable émulsion, un dialogue, des idées et a posteriori des solutions, suivies par des ateliers de « design thinking » – où les trois étapes « inventer un futur », « tester l’idée » et « l’amener à la vie » seront questionnées. La réunion de tout ce beau monde visera donc à développer un nouveau commun où chacun peut y amener sa pierre à l’édifice. Et ça commence par toi qui lit ces lignes.

Pour s’y rendre, toutes les infos sur l’événement Facebook.