Souvent par choix créatif et à la recherche d’une liberté sans limites dans leur composition, les artistes sont de plus en plus nombreux à monter leur propre label. Parmi eux, les deux duo de performers live Oden & Fatzo, en pleine ascension sur la scène française, font le point autour du lancement de Sake Records et du premier EP, Opération Laïka. Quelques tips pour ceux qu n’oseraient pas franchir le pas.

Qui est à l’origine de Sake Records

Nous sommes Oden & Fatzo, deux duos d’artistes qui se sont rencontrés lors d’une soirée où nos deux projets étaient bookés il y a plus de deux ans. L’alchimie a tout de suite opéré et on a programmé une session studio quelques semaines plus tard, depuis on ne s’est plus jamais quittés (rires). On voulait apporter un aspect visuel à nos productions, ce que l’on n’avait pas forcément la liberté de faire avec les labels sur lesquels on signait, et qui avaient leur propre DA. On a fondé Sake Records avec l’artiste visuel Mathéous, spécialisé dans le motion design. 

Votre live à huit mains ne cesse de monter et impressionne à chaque passage. Comment vous le travaillez ? L’alchimie a opéré direct avec Fatzo ?

Au début, on était tellement heureux de faire du son ensemble que ça partait dans tous les sens. Une sorte d’explosion sonore continue (rires). Au fur et à mesure, on a pu apprendre à connaître les goûts musicaux de chacun et la façon d’appréhender la musique de l’autre, et notre projet a gagné en maturité et en définition. Mais on n’a jamais voulu se cantonner à un seul style. Notre but est d’explorer toutes les facettes de la musique électronique, en laissant toujours cette patte propre à Oden & Fatzo. C’est exactement ce que l’on veut que les gens retrouvent dans notre label. 

Vous faites exclusivement des live ? Si oui, pourquoi ça vous excite plus que le DJ set ? 

On prend énormément de plaisir à jouer en live car on a une totale liberté par rapport à l’arrangement de nos morceaux. On improvise en live pour pouvoir lancer les différentes parties selon le mood du public (break, drop…), là où un DJ est restreint à l’arrangement du morceau d’origine.

Et puis il y a toujours quelque chose de magique à jouer nos propres productions, qu’on a composé pendant des jours sans retour, et voir la réaction du public. C’est un sentiment incomparable. À notre propre surprise, plusieurs fois, des tracks à l’esthétique particulière que les labels ne retenaient pas forcément faisaient un tabac en live. C’est un indicateur sans pareil pour savoir si un track vaut le coup d’être sorti. C’est aussi pour cette raison qu’on a décidé de créer notre structure.  

Nouvelle aventure pour vous : un label. Comment est venu l’idée ? Vous sortirez uniquement vos productions ou vous allez signer d’autres artistes ? 

On voulait avoir une totale liberté par rapport aux choix des tracks sur notre EP, et pouvoir développer un story telling particulier sans avoir à faire de compromis sur notre vision. On est comme ça chez Oden et Fatzo (rires). En réalité, on s’est rendu compte que les aspects visuels et story telling des labels d’éléctronique passaient parfois au second plan, ou se limitaient à un artwork.

Le fait de se mettre en scène en costume d’astronaute et de narrer nos aventures galactiques permet de casser les codes du DJ minimale qui fait la gueule habillé en noir. On pense que les artistes ont jusque dans leur attitude une influence sur l’ambiance de la soirée, et parfois un sourire peut lancer une bonne grosse teuf. 

© Opération Laïka – Sake Records

Quel est le projet de ce premier EP Opération Laïka ? 

L’opération Laïka était la première mission spatiale à envoyer un être vivant dans l’espace, et pour laquelle un chien a été choisi.

Malheureusement les quatre cosmonautes qui étaient sensés s’occuper de l’animal l’ont perdu tragiquement quelques heures avant le décollage. L’agence spatiale a donc décidé de les envoyer en exil pour les punir et pour compléter ses recherches sur les effets du voyage galactique sur le métabolisme humain. Voici notre histoire, que vous pouvez retrouver sur l’introduction de notre EP !

En écoute exclusive : la premiere de « Meanwood » sur notre Soundcloud.

Comment on s’autofinance quand on monte un label ? Quelle est la philosophie derrière Sake Records ?

On réinvestit l’argent que l’on gagne avec nos dates dans le label. Les tracks sont en don libre, tu ne paies que si tu kiffes, et le mastering représente un certain coût… alors, on ne gagne pas forcément d’argent.

L’intérêt est ailleurs pour nous : ça nous permet de développer notre image musicale, mais aussi visuelle en sélectionnant avec qui on veut collaborer. Ça nous permet de dresser une sorte de portfolio numérique ! Puisque notre modèle repose sur le don libre via Bandcamp, on préfère se cantonner à Youtube comme unique plateforme de diffusion, avec des chaînes partenaires tenues par des passionnés investis.

Ce pourquoi on ne sort pas de vinyle pour l’instant sur Sake Records. C’est très important pour nous d’avoir un contrôle sur notre modèle économique car c’est ce qui conditionne tout le reste. 

Vous êtes donc des fervents défenseurs de la liberté d’artiste ?

On peut dire ça comme ça (rires). On veut vivre notre aventure à 200%. On a rencontré beaucoup de labels qui recherchaient des tracks plus orientés clubbing, et on ne voulait plus se cantonner qu’à ça.

On a créé Sake Records pour offrir une plateforme à tous les aspects de notre créativité. On veut aussi pouvoir offrir une vitrine à nos amis talentueux qui ne sont pas forcément assez mis en lumière, mais aussi à des artistes bien implantés qu’on apprécie pour constituer la plus grosse flotte galactique de l’espace sonore. 

Vous parlez d’amis. Connaissez-vous d’autres artistes qui se sont autoproduits via leur label ? 

On peut citer nos deux très talentueux amis Bassam et Antoine Sy, qui ont lancé leur label ANTAM Records, et sur lequel vous pourrez nous retrouver très prochainement d’ailleurs. On pense également à notre Marius qui s’auto-produit via son label Dantel, avec qui nous avons pu collaborer par le passé !

On en profite pour remercier ceux qui ont collaboré de près ou de loin au premier opus de Sake Records : Perception MasteringLe Viet Photography à la photo, Amadéo Savio pour le logo et Mathéous aux visuels. 

Vous pouvez suivre l’actualité de Sake Records sur leur page Facebook. Pour commander l’EP Opération Laïka, rendez-vous sur Bandcamp. Retrouvez ODEN & Fatzo en live, lors du grand open air à LaPlage de Glazart, le 15 juin prochain.