Lorsqu’on évoque la microhouse, un nom file sur toutes les lèvres: Ricardo Villalobos. Le chilien a parcouru un bon bout de chemin depuis ses débuts, il écume tous les grands clubs de la planète et partage les platoches avec Richie, Luciano ou Raresh. Je vois déjà au loin les mauvaises langues crier au vendu mais avant de cracher sur un des virtuoses de ce XXIème siècle, encore faudrait-il avoir saisi la finesse de son travail. Ricardo est un phénomène inexplicable et inextricable.

Né d’un père chilien et d’une mère allemande, Ricardo Villalobos grandit à Santiago jusqu’à ses trois ans mais le coup d’Etat du général Pinochet le force lui et sa famille à fuir le pays en 1973. L’arrivée à Berlin se passe bien malgré les barrières culturelles, mais cet exode lui laisse une empreinte qui se reflètera dans son œuvre musicale. Congas et bongos rythment son enfance et prendront une place importante dans ses productions, mais c’est son admiration pour Depeche Mode qui le poussera vers les synthés et les boites à rythmes à la fin des 80’s. Il essuiera un échec en 93 avec son label Placid Flavour, et fera parallèlement la rencontre des mecs de Playhouse qui lui presseront son premier vinyle quelques mois plus tard. À 24 ans, ce qui était un hobby devient un job à part entière.

En dix ans, Ricardo produira une douzaine de maxis dont « 808 The Bassqueen » et « Que Belle Epoque« , puis son premier album Alcachofa sort en 2003. Se jouant de tous les codes, entre minimale et expérimentale, Ricardo badine avec nos cerveaux et redéfinit les fondements de la techno. Alcachofa est une expérience sensorielle: les voix vocodées d’ « Easy Lee« ,  le beat contagieux d’ « I Try To Live (Can I Live)« , les riffs accrocheurs de « Waiworino« , pour finir avec les réverbérations léthargiques de « Dexter« . Reconnu meilleur album de la décennie par Fact Magazine et Resident Advisor, Alcachofa fait partie de ces albums sans date limite de consommation. On pourrait le réécouter dans dix ans en étant toujours émerveillé devant tant de beauté.

Un an plus tard sort Thé Au Harem D’Archimède, sur Perlon cette fois. Dr. Villalobos revêt sa blouse de scientifique de la rythmique et distille les beats pour ne laisser que l’essentiel;  festival micro-beats accompagnés d’une guitare latine sur « Hireklon », ping pong beat sur « Serpentin« , chants fantasmagoriques sur « True To Myself ». De la minimale minimaliste.

Suivra une série d’EPs durant deux ans: on se rappelle du track « Ichso » sur Cadenza. La même année il nous balancera « Fizheur Ziheur » sur Playhouse. Un pattern primitif pour 37 minutes de cuivres interrompues par deux, trois solos de trompettes. « Je vous mets ça là. » Ricardo trouve le mouvement perpétuel dans l’immobilisme en utilisant judicieusement les filtres et les delays. Un tour de force.

Puis il nous dévoilera Fabric 36 l’été 2007. Au risque de paraître prétentieux, le chilien nous propose ici un mix composé uniquement de ses productions, dans lequel il dissémine deux modèles de perfection, « Andruic & Japan » et « Primer Encuentro Latino-Americano » (track qui avait leaké quelques mois auparavant au grand dam de Ricardo). Apparait également sur l’album un remix de « 4 Wheel Drive », première connexion avec Jorge Gonzales, le chanteur de Los Updates, qu’on retrouvera en 2009 sur  « Baile » et « Driving Nowhere ».

L’année 2008 sera marquée par la naissance de son fils, Velasco Leon. Ricardo lui dédiera le morceau « Enfants (chants) » avant de sortir Vasco sur Perlon, d’abord en double vinyle puis en album, avec la full session « Minimoonstar« ; mélodie vaporeuse qui vient embrasser les percussions et les xylophones qui servent de bassline. La suite viendra en 2012 avec « Emilio (2nd Minimoonstar) » sur l’EP Any Ideas.

2012. Dependant And Happy. Plus qu’un album, une philosophie. (Le titre faisant référence à la dépendance émotionnelle et non aux stupéfiants. Bande de filous que vous êtes !). Richard fait un véritable travail d’introspection et en oublierai presque qu’il a une audience. Dependant And Happy est un album schizophrénique, cherchant la rationalité dans l’absurde et inversement.

Au fil du temps, Ricardo prendra goût à opérer en tandem: Luciano (Sense Club), Roman Flügel (RiRom), Fumyia Tanaka… Rappelez-vous de l’arme secrète que lui et Butch ont pris un malin plaisir à dégainer dans tous les festivals cet été, le Shepard tone, « Up« , cette montée infernale qui vous cloue au sol. Avant ça, il avait œuvré avec Jay Haze pour deux EPs en 2004 avec notamment « Fenlow » et « Kick The Verb« . On n’oubliera pas de mentionner « Peculiar » qui sample un vocal de Marvin Gaye, fruit de la collaboration avec Argenis Brito et deux mecs inconnus au bataillon.

Mais le combo gagnant c’est quand il est avec Max Loderbauer. Les deux complices se sont permis de revisiter le catalogue du label de jazz ECM pour une odyssée électro-acoustique Re: ECM (2011). Ils remettront le couvert en 2013 avec la microhouse veloutée de « Mas Profundo Que Mis Pies« .

Ses productions sont l’aboutissement d’heures, que dis-je, de journées entières passées en tête à tête avec ses machines en quête de la fréquence divine. Le rythme est un langage universel dont il se veut l’interprète. Avoir un disque de Ricardo entre les mains, c’est avoir un golden ticket de Willy Wonka : un billet pour un monde merveilleux peuplé de claps, de cracks et de bleeps aquatiques. Sa musique se veut intemporelle, organique. Reste que son univers n’est pas à la portée de tous et exige une complicité de la part de l’auditeur. Les plus patients et assidus seront récompensés.

 

Alex et Laetitia de Karat Records l’avaient déjà ramené sur les toits de Paris à Electric, ils réitèrent l’opération ce vendredi 4 avril 2014 pour un line up digne des meilleures soirées Katapult: Daniel Bell, le maestro de la techno minimale, Jef K et ce cher Ricardo. <3

Et vu qu’on est coolos chez Dure Vie, on vous fait gagner des places ! 😉

BY NOÉMIE BARBIER

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Petite sélection non exhaustive :

THE SHAMAN MICROHOUSE

When you talk about microhouse, one name is on everyone’s lips: Ricardo Villalobos. The Chilean has come a long way since his early days, cleaning out all the biggest clubs across the planet and sharing the tables with Richie, Luciano and Raresh. I can already see the forked tongues shouting, “he’s a sell-out”, before spitting on one of the virtuosos of the XXIst century, yet it would be necessary to understand the subtlety of his work. Ricardo is a phenomenon both inexplicable and inextricable.

Born to a Chilean father and a German mother, Ricardo Villalobos grew up in Santiago until 1973 when General Pinochet’s coup forced the then 3 year old’s family to flee the country. Their arrival in Berlin went well despite the cultural barriers, but this exodus would leave a mark on him, a mark that would reflect in his musical work. Congas and bongos gave his childhood its tempo and would take a prominent place in his productions, but it was his admiration for Depeche Mode that would push him toward synths and rhythm boxes at the end of the 80’s. He suffered failure in 93 with his label Placid Flavour, and in the meantime he met the guys of Playhouse who would press his first vinyl a few months later. At 24 years old, what was a hobby became a full-time job.

In 10 years, Ricardo produced a dozen maxis including “808 The Bassqueen” and “Que Belle Epoque”, then his first album Alcachofa was released in 2003. Disregarding all the codes, in between minimal and experimental, Ricardo trifles with our brains and redefines the foundations of techno music. Alcachofa is a sensory experience: the vocoded voices of “Easy Lee”, the contagious beat of “I Try To Live (Can I Live)”, the catchy riffs of “Waiworino”, and to finish –  the lethargic reverbs of “Dexter”. Awarded best album of the decade by Fact Magazine and Resident Advisor, Alcachofa is a good example of these albums with no use-by-date. We could listen to it ten years from now and still be amazed by so much beauty.

A year later Thé Au Harem D’Archimède was released, on Perlon this time. Here Dr Villalobos puts on the white coat of a rhythmic scientist and distils the beats leaving only the essential; a micro-beats festival accompanied with a latin guitar on “Hireklon”, ping-pong beats on “Serpentin”, fantastical chants on “True To Myself”. Minimalist minimal.

A series of maxis would follow during the next two years: we remember the track “Ichso” on Cadenza. The same year he would drop “Fizheur Ziheur” on Playhouse. A primitive 37-minute pattern of brass disrupted by two or three trumpet solos. “Here you go”. Ricardo finds perpetual motion in immobilism using shrewdly filters and delays. A tour de force.

In the summer of 2007 he would unveil Fabric 36. At the risk of sounding pretentious, the Chilean presents here a mix composed entirely of his own productions, in which he disseminates two patterns of perfection, “Andruic & Japans” and “Primer Encuentro Latino-Americano” (a track that had leaked a few months before to the great displeasure of Ricardo). Also appearing on the album, a remix of “4 Wheel Drive”, first connection with Jorge Gonzales, Los Updates singer, who we would meet over in 2009 on “Baile” and “Driving Nowhere”.

The year 2008 would be marked by the birth of his son, Velasco Leon. Ricardo would dedicate the track “Enfants (chants)” to him before releasing Vasco on Perlon, first on double vinyl then on album, with the full session “Minimoonstar”; a misty melody, which embraces the percussions and xylophones, used as bassline. The next episode would come later in 2012 with “Emilio (2nd Minimoonstar)” on the Any Ideas EP.

2012. Dependant And Happy. More than an album. A philosophy. (The title referring to his emotional dependency rather than to narcotics, you bunch of scamps!) A philosophy in which Richard becomes a real introspective and almost forgets that he has an audience. Dependant And Happy is a schizophrenic album, seeking for rationality in the absurd and back again.

Over time, Ricardo would develop a taste for working in tandem: Luciano (Sense Club), Roman Flügel (RiRom), Fumyia Tanaka… Remember the secret weapon, he and Butch took perverse pleasure in drawing in all the festivals this summer, the Shepard tone, “Up”, this infernal rise that pins you down. Before that, he strived with Jay Haze to create two EPs in 2004,and notably two tracks: “Fenlow” and “Kick The Verb”, and we could not forget to mention “Peculiar” which samples a vocal of Marvin Gaye, result of the collaboration with Argenis Brito and two completely unknown blokes.

But the winning combo is when he meets Max Loderbauer. The two partners took the liberty of revisiting the catalog of the jazz label ECM for an electroacoustic odyssey Re: ECM (2011). They would do it all over again in 2013 with the velvety microhouse of “Mas Profundo Que Mis Pies”.

His productions are the completion of hours, silly me, of whole days spent one-to-one with his machines in pursuit of the divine frequency. The rhythm is a universal language of which he claims to be the interpreter. Having a Villalobos record in your hand is like having Willy Wonka’s Golden Ticket: a ticket for a wonderful world populated by claps, cracks and aquatic bleeps. His music intends itself to be timeless, organic. What remains is that his realm isn’t within easy reach of all and demands complicity on behalf of the listener. The most patient and assiduous will be rewarded.

Alex et Laetitia of Karat Records had already brought him to the roofs of Paris at the Electric, and they will repeat the operation this Friday 4th April 2014 with a line-up worthy of the greatest:  Katapult: Daniel Bell, the minimal techno maestro, Jef K and our beloved Ricardo. <3

And given that we’re cool at Dure Vie, we’re giving away some tickets.  😉  

BY NOÉMIE BARBIER