Cela fait 10 ans que La Mamie’s agite les nuits et les jours du « Grand Paris », et tout aussi paradoxale que cela puisse sonner, celle-ci n’a toujours pas pris une ride. L’année dernière, les six DJs du collectif ajoutent même une nouvelle corde à leur arc et lancent le label Mamie’s Records, avec un premier EP signé Kodäma. Auparavant « inconnu » au bataillon, le groove électro-acoustique singulier du duo néo-soul ne cesse depuis de convaincre, récoltant les éloges de Gilles Peterson et Bradley Zero et alignant les victoires aux tremplins musicaux. Pour cette seconde sortie, le label rompt avec le défrichage et signe le retour sur microsillon de Playin’ 4 The City, projet solo/groupe live parrain de la deep-house française.

Playin’ 4 The City n’évoquera peut-être pas grand-chose à la « génération D.KO », pourtant l’homonyme est l’un des symboles de cette époque où quelques amoureux de musique ont œuvré à construire le catalogue d’une deep- house « à la française », à contre-courant des carcans de la French Touch alors en plein boom.

À l’origine du pseudonyme se trouve le musicien Olivier Portal, formé à l’école du jazz et fils du saxophoniste/clarinettiste Michel Portal. Pour Inner Sense, « Olivier Portal, c’était la réponse française à la deep-house américaine, à la suite de Shazz et St Germain ». Un avis que nombre de house heads aguerris semblent partager sur la toile aux grés de leurs commentaires sur Discogs et Youtube. L’alias Playin’ 4 The City fait sa première apparition en 1996 à l’occasion de la sortie du maxi « First EP » d’Olivier sur Straight-up Recording.

Straight-up, c’est l’histoire d’une bande de potes. Un label fortement influencé des sonorités house de New-York, du New-Jersey et de Chicago, guidé par le feeling et une passion musicale commune. Le projet naît au milieu des années 90 lorsque qu’Olivier rencontre Bétino Errera (gérant au grand cœur du disquaire éponyme de la rue Saint Sébastien) alors chargé de la distribution chez Karamel. Il jouera un rôle central dans l’émulation de la scène deep-house française aux côtés de labels comme Basic Recording, Rotax de Pascal Rioux ou Dédicace de Melik. Straight-up faisant office de « tremplin », non seulement pour Playin’ 4 The City mais aussi pour DJ Deep, Julien Jabre, Franck Roger ou Next Evidence.

À l’époque, les sorties du label sont assez confidentielles car peu exposées au grand public, ils ne sont qu’une poignée de DJs à les jouer. À partir de 1998, l’alias Playin’ 4 The City devient parfois pluriel, Karl The Voice, Mandel Turner, Fred Mélosax et/ou les Donatien rejoignent Olivier et le groupe se produit en live dans quelques lieux dédiés de la capitale comme les soirées Atmosfear au What’s Up Bar ou Legends au Rex Club. Fin 90, la musique de P4TC s’écoute et se découvre principalement sur les pistes de danse ou sur les ondes de Nova dans les émissions de DJ Deep. Par la suite, Olivier sera l’un des rares (si ce n’est le seul) français à proposer, avec une partie du groupe, une résidence mensuelle dans un club de Chicago, le (aujourd’hui défunt) Mad Bar.

La « patte » P4TC est une deep-house chaleureuse au groove empreint de cet amour viscéral d’Olivier pour le jazz et la soul. Une signature musicale qui pourrait rappeler à certains égards « Boulevard » de St Germain (le morceau Chicago Nights en est un bon exemple), mais dont l’esprit « live » et les « envolés lyriques » si particulières d’Olivier aux claviers l’éloigne de l’étiquette « lounge  » que les oreilles néophytes attribuent souvent à Ludovic Navarre. Envie de vous faire une idée ? Écoutez l’album « 8 Urban Soundtracks » ou les nombreuses collaborations d’Olivier sur Straight-up comme l’excellent maxi Funk Force Project avec DJ Deep ou l’onirique « After the rain » de Sun Orchestra, avec Franck Roger.

Avec ce nouvel EP appelé « Mighty« , Olivier Portal retranscrit aisément l’ambiance et la palette sonore propre aux performances live du groupe. L’EP débute avec « Lord & Master », hommage gospel au swing bien garage auréolé de la voix de Marylin David, que l’on avait déjà aimé sur « Caught-up ».  Puis vient « Medicated Skin Care », morceau deep-house dans la pure tradition « Straight-up ». On s’imagine plutôt bien le titre captiver les danseurs les plus téméraires d’un club sombre à 5h du matin. La vibe de « Time 4 Passion » est plus estivale, funky et légère, portée par la basse de Slikk Tim (connu pour son alter-ego électro-funk, Gary Gritness), multi-instrumentiste talentueux et ami de longue date d’Olivier. « No Compromise », enfin, est le morceau le plus dancefloor-oriented de l’EP avec sa ligne de basse et son kick incisif façon Kerri Chandler, et se prête plutôt bien à la fin d’un warm-up, comme annonciateur d’une ascension des BPMs vers le peak-time.

À l’occasion conjointe de la sortie de l’EP et des 10 ans du collectif, Verveine Production & Mamie’s Records présenteront le nouveau live de Playin’ 4 The City au New Morning le vendredi 8 décembre.