Chez Dure Vie nous sommes convaincus que la terreur et la haine ne vaincront pas. C’est pour cette raison que nous avons choisi de partager, nous aussi, #notreplusbeausouveniraubataclan. La veille de la tragédie qui a touché Paris vendredi dernier, notre rédacteur Yoel, dernière recrue en date, était venu écouter les prouesses d’un pionnier de la musique électronique française : St Germain. Symbole d’un métissage exquis entre l’Afrique et l’Occident, la house et le jazz, l’acoustique et l’analogique, Ludovic Navarre nous offre depuis les années 90 une musique riche et authentique. Retours et souvenirs d’un moment d’amour en live.

Voilà maintenant 20 ans que l’enfant prodige de l’acid jazz fait l’unanimité et ne cesse d’inspirer producteurs, DJ’s, mélomanes ou simples amateurs de musique. Ce pur produit français est aujourd’hui un artiste ancré dans notre paysage culturel et musical. Sa grandeur ne se limite pas aux frontières de la France puisque Ludovic Navarre a su, en 1995, dès les premières notes de son chef d’œuvre Boulevard sur F Communications ou avec Tourist en 2001 sur le mythique Blue Note Records, marquer profondément les oreilles de son public. Il y a déjà vingt ans, St Germain s’imposait comme porte parole d’une house deep et jazzy. Son secret ? Une alliance on ne peut plus fine entre sonorités électroniques et acoustiques, inspirées du jazz et du blues.

Avec la sortie en octobre 2015 de son album éponyme, St Germain n’avait pas le droit à l’erreur. Quatorze ans après Tourist, on découvre un album avec en prime une tournée ! Évidemment, Dure Vie était présent au Bataclan dès l’ouverture de la salle.

Une image quasi inimaginable. Le Bataclan affiche sur sa devanture, et en grosses capitales : ST GERMAIN. Je n’y crois pas mes yeux, moi qui pensais que je n’aurai jamais l’occasion de voir un live du mythique producteur !

Je découvre pour la première fois le Bataclan. Il est 19h20 et, dans l’entrée de la salle, une longue chevelure noire me croise. C’est bel et bien lui, et il a l’air enthousiaste ! Je franchis le seuil de la salle alors vide et, déjà, la joie est palpable. Deux personnes me mettent autour du cou, comme une médaille, le « PASS COLLECTOR » du concert. Après un petit passage au bar, je me dirige avec mon pote vers la scène afin de voir la configuration qu’a choisi le maître pour son live. Il n’y a personne sur la scène, mais nous ne sommes pas déçus. Une dizaine d’instruments acoustiques et électriques y sont installés avec soin et n’attendent plus qu’on les fasse chanter. Parmi ces instruments, guitares électriques, percu en tout genre, basse, contrebasse électrique, saxo, deux gros claviers et des instruments mandingues (kora électrique, n’goni, double n’goni… aux couleurs de ce nouvel album, et apparemment du concert [ÇA PROMET] !

Aux alentours de 21h, la salle est noire de monde. Le concert commence ! Il est clair que Ludovic Navarre met en avant le groupe qui l’accompagne sur scène comme s’il voulait nous faire découvrir les instrumentistes fantastiques qui ont travaillé sur son dernier album. Et ça marche ! On découvre avec plaisir ces musiciens venus de divers horizons. St Germain, lui, trône en chef d’orchestre en plein milieu de la scène, en retrait par rapport au groupe qu’il supervise. On peut le voir communiquer par des signes de tête pendant les moments de break ou lorsqu’un solo débute et se fini. La salle est hystérique. Je pense que tout le public ressentait la même chose que moi, du pur bonheur : « Je suis en train d’assister à un concert exceptionnel !»  Et cette joie est apparemment contagieuse ! Tout le monde sourit, crie, danse ! À côté de moi, un grand monsieur applaudit et ne cesse de filmer en faisant des signes à un des musiciens. Quelques minutes plus tard, il me dit que son frère est sur scène et qu’il ne veut pas louper une seule seconde. Encore une fois, j’ai le smile jusqu’aux oreilles. C’est beau, c’est grand, c’est bien fait…

Le concert débute sur des tracks extraits du nouvel album. On est en Afrique, mais une Afrique moderne, électrique. On entend des voix africaines sur des samples de blues, suivies d’un solo de kora, pour revenir sur du saxo, le tout rythmé par les accords du clavier et les énormes basses que dégagent la contrebasse. Bref, ça va dans tous les sens, mais c’est minutieux et réalisé à la perfection ! À chaque son qui se termine, le même rituel : la foule explose ! Comme par un élan de respect et d’excitation, on hurle, on applaudit, on saute, on acclame l’artiste. Les musiciens, tous excellents, mettent le feu à la salle. Ils jouent entre eux, dansent, lancent des applaudissements en rythme, contaminent la salle de leur bonne humeur.

Le public a maintenant chaud. Je n’ai plus la notion du temps tellement j’apprécie ce grand moment de musique. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Après de gros applaudissements, le batteur se lance. Quelques secondes plus tard retentit la majestueuse voix de Nina Simone « I want you to get together » . Mon pote s’écrie « OH MEC ! ROSE ROUGE !» Et là, mon smile s’étend jusqu’à ma nuque ! C’est un des premiers EP que je me suis acheté et je n’aurai franchement jamais pensé écouter ce track en live… Je suis au paradis et, en face de moi, Dieu. Derrière ses machines, il reste sérieux, garde le contrôle de tout, lâche ses kicks d’une rondeur absolue et ses voix africaines nous remuent de l’intérieur.

Quelques minutes plus tard, un des musiciens prend le micro et présente les musiciens à tour de rôle. La salle applaudit chaleureusement. Puis, le saxophoniste, avec respect, s’exclame : « Et enfin, la légende Ludovic Navarre ! »  Et là, toute la salle se met littéralement à hurler, à taper des mains et à sauter pendant un long moment. Tout le monde veut transmettre à ce grand homme son admiration pour son travail. On peut sentir de l’amour se dégager de chacun et converger vers cette seule et même personne. Son émotion est d’ailleurs visible. Il nous remercie avant de reprendre les hostilités. Le concert touche à sa fin, le public le sait et veut donc profiter un max de la dernière partie. Le saxophoniste pose son saxo, s’empare d’une flute traversière et joue les premières notes de « So Flute ». Le batteur, le bassiste et le clavier l’accompagnent tout en douceur tandis que Monsieur Navarre balance tranquillement ses kicks d’une efficacité indiscutable.

 

La lumière s’éteint, les musiciens quittent la scène sous des tonnerres d’applaudissement. Je n’ai jamais entendu une salle réclamer autant un rappel. Deux minutes plus tard, les musiciens reviennent, suivis de près par le chef d’orchestre. Ils nous délivrent deux tracks issus de son dernier LP.

Cette fois ci, le concert est bel est bien terminé. Tout le monde quitte la scène, mais le public n’est pas du même avis. Il continue d’acclamer le groupe, d’applaudir, de taper des pieds de plus en plus fort tout en criant « UNE AUTRE ! UNE AUTRE ! » Même si on n’y croit pas trop, on décide avec mon pote de rester encore un peu, au cas où… Et là un musicien apparaît, suivi d’un autre, puis d’un troisième. Et là, encore une fois, Ludovic Navarre entre sur scène. J’y crois à peine. C’est la première fois que j’assiste à un concert avec deux rappels. Mais cette fois, le public sait que c’est la dernière. Alors tout le monde danse, sourit, explose, s’enlace jusqu’à la dernière note qui retentit quelques minutes plus tard.

Pour conclure, je ne peux que confirmer le talent et la finesse qui font l’exception du producteur parisien. Après 14 ans de silence, le maestro n’a pas perdu cette touche si unique qu’il apporte au jazz et à la musique électronique. Son album est une réussite et va chercher ses inspirations dans la musique mandingue qui est trop méconnue du grand public et, qui plus est, en situation extrêmement difficile face aux extrémistes qui veulent la réduire au silence, au Mali notamment. Et le live qui l’accompagne a marqué au fer chaud les esprits de tout ses fans, rassemblant un public âgé de 16 à 60 ans.

« Je tiens également exprimer ma peine quant aux événements qui ont eu lieu dans Paris et sa banlieue la nuit du 13 novembre, à peine 24h après le concert de St Germain. J’écris cet article en essayant de retranscrire au maximum le bonheur que ce live m’a apporté. J’étais en effet sur un petit nuage au Bataclan, à peine 24 heures avant que le drame n’arrive. Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui est arrivé à la sécu, aux barmen, à toute l’équipe du Bataclan, au public, mais aussi à toutes les victimes qu’ont fait ces attentats. »

Report réalisé par Yoël