Généralement quand on passe plusieurs semaines à attendre un événement quel qu’il soit, ont fini toujours un peu déçu le jour J. Comme quand on vous vante trop les mérites d’un film qui n’atteint pas nos espérances.

J’avais très peur de subir cet effet là avec le 51st State Festival. Cela faisait deux mois que je comptais les jours qui me séparaient de cet événement. J’avais révisé tous mes classiques, égrené le line up, écouté des dizaines d’heures de mix d’artistes allant de Roy Ayers à Marshall Jefferson, planifié mon programme et tout ce qui vas avec. Tout cela aurait du rationnellement parlant me conduire à un processus classique de déception post festival lié à des attentes trop hautes.

Pourtant, malgré ces espoirs certainement trop élevés, le festival s’est avéré être quasiment toujours à la hauteur.

Il faut noter que les organisateurs avaient fait le bon choix en investissant Trent Park, un énorme jardin dans le Nord de Londres. La facilité d’accès en transport (une dizaine de stations seulement du centre ville) donne le sentiment d’être en pleine campagne. Même si le festival n’avait lieu que sur un ou deux hectares de cet immense parc, cela restait quand même très plaisant d’être dans un endroit aussi bucolique. Pouvoir s’allonger dans l’herbe quand l’envie vous prend. D’autant plus que le soleil était au rendez-vous !

Ensuite, deuxième gros point de satisfaction, le système son était lui aussi excellent. Souvent, quand on regroupe plusieurs scènes sur un espace trop réduit, les sons se croisent et la qualité d’écoute diminue fortement. Pourtant, malgré les différentes scènes présentes ce jour là, toutes avaient une qualité sonore très bonne. Les organisateurs avaient bien étudié leur affaire en plaçant judicieusement certaines scènes sous des chapiteaux pour couvrir le son et assurer les arrières en cas de pluie. Chapiteaux qui, une fois n’est pas coutume, étaient suffisamment grands et bien aérés.

La population quant à elle était assez étonnante, avec une moyenne d’âge un peu plus élevée que celle que l’on a l’habitude de voir dans un festival. Phénomène compréhensible lorsque l’on réalise que certains des artistes présents, Roy Ayers notamment, sont dans le circuit depuis un certain temps. Naturellement cela attire une population un peu plus vieille. Il faut aussi noter que le concept de festival est très ancré dans la tradition musicale et festive anglaise et qu’il fait parti des mœurs locales depuis un certain temps.

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© Marc Sethi

Mais maintenant passons aux choses sérieuses : la musique. Clairement un voyage dans le temps. En marchant le long du parc en arrivant en tout début d’après-midi nous fûmes accueillis par le morceau légendaire de Franckie Knuckles, Your Love. Annonçant ainsi la couleur d’un festival qui allait voir s’enchaîner les morceaux les plus classiques de la House.

Notre premier set fût celui de Todd Terry, qui s’avéra un peu décevant. Sa sélection étant bonne mais manquant d’originalité. Pourtant l’artiste jouit d’une très bonne réputation.

Le groupe Soul II Soul arrivé peu après (quoiqu’avec un peu de retard), offrit quant à lui un visage vraiment intéressant. Le groupe est composé d’un trio de chanteuses, d’un chanteur principal Jazzie B, de trois violoncellistes électriques et de plusieurs instruments. Il offrit un live de très bonne qualité, animé par le jeu de scène de Jazzie B. Un contraste vraiment plaisant par rapport aux restes des artistes présents ce jour là qui jouaient sous un format de DJ set beaucoup plus classique. Ce live s’avéra donc être une expérience vraiment originale, donnant beaucoup plus le sentiment d’être à un concert de funk qu’à un festival de musique électronique. Un changement bienvenu, qui permettait d’effectuer le lien entre la House beaucoup plus mécanique d’aujourd’hui et celles des origines, plus instrumentales et funky.

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© Marc Sethi

L’autre grand coup de cœur de la journée fût le set du trio Body & Soul. Une des raisons pour lesquelles nous avions fait le déplacement en premier lieu. Le trio composé du génie Joe Claussell, de Danny Krivit et François K (rien que ça) a pu jouer pendant 2h30 en format B2B. Format souvent un peu réducteur, mais qui grâce à l’alchimie unit les membres du groupe Body & Soul et prend une tournure vraiment nouvelle. Chaque artiste jouant vraiment son propre style le temps d’un morceau et laissant ensuite la place à l’autre. Chacun ayant son identité propre, à la fois très différente des autres mais aussi intégrée à l’ensemble. Le plus spectaculaire restera Joe Claussell. À la fois pour sa gestuelle qui lui donne une présence scénique hors normes. Mais aussi pour sa musique qui, appuyée par des percussions tribales, donne une dimension nouvelle à la Techno.

Pour tous les amateurs de musique américaine, le 51st State est donc vraiment le rendez-vous idéal. Le line up propose une palette vraiment riche d’artistes. L’organisation remplit tous les critères de celle d’un bon festival.

À faire définitivement l’année prochaine si vous êtes à Londres !

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© Marc Sethi