Déjà quatre ans après le succès de Swim, Dan Snaith alias Caribou revient avec un 6ème album co-écrit avec Jessy Lanza qui l’accompagne actuellement sur sa tournée. Le producteur canadien, aussi connu sous le nom de Daphni, fait partie de ces artistes qu’on peine à classer dans un style en particulier. S’inspirant des sons à mi chemin entre expérimentale, Idm et breakbeat qu’il produisait à l’époque sous le nom de Manitoba, il tend aujourd’hui vers une électronica aux accents rock et pop psyché, décloisonnant ainsi les genres pour en produire un nouveau, le sien. Cependant, sur Our Love il change de direction et explore de nouveaux horizons en s’inspirant du paysage électronique actuel.

L’album s’ouvre sur le premier ep extrait de l’album, le fameux « Can’t do without you » qui a sûrement fait partie de votre bande son des vacances, un son nostalgico-romantique qui sent bon le sable chaud et où l’on retrouve la même intensité que dans Sun. Petit bonus, l’artiste s’est chargé de le remixer lui même, clouant le bec à Tales of Us & Mano le Tough et leur tentative échouée.

S’enchaine ensuite « Silver », planante balade en forêt aquatique, puis « All I ever need », titre au gimmick assez entêtant même si ça sonne un peu comme du hot chip en 2008. Viens le tour d’ « Our love », qui similairement à « Can’t do without you », s’axe sur une mélodie mélancolique et douce ainsi qu’une rythmique tout en cymbales sauf qu’en plein milieu on a le droit à un break assez étonnant avec des basses à la Disclosure puis une reprise à coup de synthés très 90’s house. Un morceau résolument taillé pour les clubs qui s’éloigne assez brutalement de ce à quoi Caribou nous avait habitué jusqu’ici. Ce n’est pas moche mais ça fait comme un petit pincement au cœur. Il dit l’avoir composé pour la performance live, c’est donc de cette manière que nous allons l’écouter :

Caribou – Our love (live)

 

Passons ensuite à « Second Chance » où Jessy Lanza vient décorer de sa voix un son aux teintes RNB qui n’est pas sans rappeler les productions qu’on peut entendre sur du FKA Twigs ou du Banks. Avec la profusion d’artistes du genre, pas sur qu’on ai besoin qu’il s’y mette aussi.

Sur « Julia Brightly », petit interlude aux synthés intergalactiques, Dan Snaith nous montre une seconde fois son affection pour la house en utilisant une rythmique empruntée au style garage. On a clairement l’impression d’être à bord d’un vaisseau spatial et c’est plutôt logique puisqu’au prochain morceau nous atterrissons sur Mars où nous sommes accueillis dans une ambiance deep surplombée d’une mélodie aérienne.

Après ce voyage hors de la stratosphère, time to go « Back Home » mais attention le périple ne se fera pas sans mal. En effet, si le début ressemble étrangement à celui du superbe « Jasmine » de Jai Paul, le refrain, joué par un synthé qu’on avait pas entendu depuis l’époque fluo kid, se base quant à lui sur la même mélodie que chante Pharell Williams sur le pont de « Get Lucky ». Du coup c’est mignon, c’est joli quoi, mais c’est pas très innovant et quand même vachement moins cool qu’avant.

Jai Paul • Jasmine

L’album s’achève sur « Your love will set you free » qui est à mon sens le morceau qui se rapproche le plus de son ancien album. Les violons d’Owen Pallett se marient parfaitement aux sonorités psychédéliques et apportent une certaine fraicheur à l’ensemble. Vers la fin, des vieux bip de nokia 3310 sortent de nul part mais heureusement on revient sur le thème et tout se termine dans le calme et la tendresse.

En définitive, Caribou nous offre là un album aux inspirations multiples faisant ainsi preuve d’une évolution qui ne sera pas forcément du goût de tous ses fans. De la house à la new wave RNB, c’est comme s’il avait piqué des ingrédients aux styles qui ont la cote en ce moment pour les intégrer à sa recette. Du coup on ne sait pas trop où il va, et on se demande surtout s’il a fait ce choix par réelle affection pour ces genres ou par simple adaptation au marché actuel.  Tout ce qu’on sait, c’est qu’il a déclaré dans une interview qu’il avait produit cet album avant tout pour son public et non pour lui,  avec pour objectif de rendre la connexion la plus directe possible entre lui et l’auditeur. Ça partait donc d’un bon sentiment et c’est bien dommage puisque le résultat est plus lisse et moins complexe, et donc moins intéressant que les précédents albums. Un peu déçue donc, mais même si c’est pas forcément ce quoi on s’attendait, il faut admettre que ça sonne plutôt bien dans l’ensemble. En empruntant une nouvelle direction artistique « à la mode », Dan Snaith aura peut être perdu quelques fans mais en aura gagné beaucoup plus.

Avant de se quitter, retour 7 ans en arrière avec ce morceau de Caribou qui n’a pas pris une ride.

Caribou • Niobe

BY JULIE JANODY