À Paris, Pasteur Charles est devenu l’émérite héritier d’une « maximal house » positive et élévatrice derrière les platines, truffée de garage house, de disco, de relents rave et punk. Fervent défenseur de la scène underground via son label Le Turc Mécanique, ce podcast d’1h est à écouter sans modération, fort et serré, comme le café du matin ou le peaktime d’une nuit. À expérimenter d’urgence le 4 janvier prochain lors de sa prochaine résidence à la folie paris.

Où et comment as-tu enregistré ce podcast ? (mood, histoire, technique…) 

Ce podcast a été enregistré chez mes frères Mata Mune et Metrolog de Codebreakers, qui ont tout ce qui faut à domicile, et notamment un mixer sur lequel l’effet « gate » est beaucoup trop proche du fader de droite. Ils savent particulièrement bien vivre et font très bien à bouffer, donc j’ai tâché de ne faire qu’une prise, la bolo d’abord.

Comment as-tu conçu le tracklisting ? 

J’aime bien l’idée de fermer les yeux et de me faire une image mentale combinée de tous les publics auxquels j’ai eu le bonheur de me confronter cette année. Essayer de rassembler un peu de tout ce qui a fait le sel de ces derniers mois pour dresser un bilan du mood de cette fin d’année, une bande à emporter qui viendrait clore la saison et rappeler des souvenirs à tous les gens que j’ai pu faire danser. 

Quels artistes / labels as-tu playlisté ? 

C’est un concentré de ce que j’envisage comme une « maximal house », avec des morceaux extrêmement riches et stimulants, ultra positifs et émancipateurs. Quand je joue, je ne veux pas te laisser tranquille une seule seconde, j’envisage ça comme un concert de punk. Chaque morceau doit réveiller le corps et l’esprit en générant des émotions franches. Donc j’ai été à fond dans cette vision là, concevant un jeu de dynamiques assez intense, « véloce », autour de ça.

Ça effleure aussi la rave sans y aller complètement, parce qu’il y a des excès qui doivent se vivre en direct et sonneraient un peu creux, vains, dans une mixtape. Et sinon, au rang des grands bonheurs, j’ai mis au tracklisting deux de mes producteurs français préférés, qui m’ont autorisé à balancer des inédits absolument dingues.

Quel serait le / les moments idéaux pour l’écouter ? 

Je sais pas vous, mais le moment où je danse le plus fort, c’est quand je me réveille, que je suis à moitié à poil et que je bois mon café. C’est étonnamment à ce moment précis que je suis le plus frais et que j’ai le plus besoin des sensations de force et de puissance que me procure cette musique.

Quelles sont tes influences musicales ? 

Cette idée de « maximal house » englobe forcément tout un tas de trucs, des oldies garage US aux vocaux gospels, en passant par des grooves chicago plus resserrés et des relents de disco. Mais j’y mets aussi tout un tas de trucs plus gras aux accents italo, des morceaux de rave intrépides, je vais où mon envie me porte en fait, à partir de ce corpus là.

Après si je dois parler de ce qui m’inspire, ce sont des DJs, des figures fortes qui portent en elles de grandes idées du monde et de ce que doit être la fête. En première ligne, évidemment, il y a Octo Octa et Eris Drew, qui ont été un énorme choc et dont la reconnaissance recente forme une vraie joie collective, un vrai espoir. Elles concentrent absolument tout ce que doit être la house, et plus largement la dance music, dans ce qu’elles sont, dans leur manière d’aborder un set, dans leur absolutisme, dans les valeurs qu’elles transmettent.

Après, quand je vois jouer David Vunk, Peach, Spencer Parker, Carista, je vois des gens qui suivent leur propre motto sans faillir en faisant exactement ce qu’ils veulent. Ils jouent leurs vies dès qu’ils passent derrière le booth et leurs sets donnent l’impression qu’ils vont changer le monde. 

Je sais pas quand ça a déconné dans la house, mais j’ai débarqué à un moment où c’était devenu un truc de pimpins de rooftop. Les personnes citées plus haut contribuent à remettre les pendules à l’heure. Quand je vois des types déguisés comme en école de commerce jouer des track terriblement inoffensives, je me demande ce qu’ils ont à transmettre, ce qui les poussent à passer de la musique, sur quoi se base leur énergie, quelle est leur urgence. La dance est une musique de combat, c’est une musique politique. L’hédonisme n’est pas gratuit, il célèbre des identités, des victoires et console les victimes d’un monde qui marche sur la tête. Il ne sert pas à « serrer des petites zouzes en afterwork » putain.

Plus proche de moi, je pense à AZF. Les gens retiennent d’elle la puissance de sa musique, moi j’ai toujours été fan de sa manière de « rentrer dans l’arène ». C’est dans ces grandes idées que je m’inscris modestement : je fais mon truc comme personne d’autre, je vis chaque set comme le seul qui compte. J’essaie de véhiculer quelque chose d’honnête et de beau et je crois que ça fonctionne pas mal. En tout cas, on finit tous en sueur et heureux de ce qu’on a vécu quand les lumières se rallument, alors je crois que je suis sur la bonne voie.

Tu es aussi à la tête du label Le Turc Mécanique, comment l’as-tu fondé et quels sont les projets dont tu es le plus fier / à venir ? 

Actuellement, ce qui me rend le plus heureux avec ce label, c’est qu’il ait réussi a garder la tête hors de l’eau à une période où je n’avais plus la force de le porter comme il le merite. Ce label de punk, au sens large, va sur son 8ème anniversaire et le temps peut user. Cette année, j’ai pas forcément été au top de mon investissement dessus, mais mon acolyte, Durebise, a sauvé le bateau du naufrage comme un vrai guerrier. 

Ces derniers temps, j’ai enfin réussi à trouver un équilibre plutôt harmonieux entre mon envie de me battre pour la scène souterraine, fière et étrange qui y est représentée et mon investissement total et absolu dans la dance et tout ce qui l’entoure. Donc le label est reparti comme en 40, prêt à mettre des secousses partout sur le territoire, avec de nouveaux disques plus que jamais excitant pour 2020.

Le 4 janvier tu organises ton prochain événement à la Folie. Pourquoi ce lieu ?

La Folie est un lieu qui me parle, parce qu’il n’a aucun équivalent. Sous couvert d’une grande douceur, cette guinguette planque un club ultra bouillant à taille modulable qui se prête vraiment à la fête pure et vraiment heureuse. Et derrière toute cette joie, il y a des marqueurs et des actions en directions de causes auxquelles je souscris, qui vont de bingos à destination du Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants à une taxe sur la guestlist en faveur d’Acceptess Transgenre. Sur la dernière édition de ma résidence, on a même lancé un pot à tips au DJ booth. Une bonne chanson = un pieçon, qu’on a refilé à Minima Gesté et Catherine Pine’O’Noir pour la caisse du-dit bingo.

C’est un lieu qui veut améliorer l’époque, alors c’est excitant de faire partie de cet élan. Et c’est ce qui se rapproche le plus d’une safe place, d’un lieu où chacun peut exprimer son individualité au sein d’une énergie collective, sans risquer d’y être brîmé de quelque manière que ce soit. Évidemment, j’adore ça. 

Comment as-tu construit le plateau artistique ?

Cette résidence doit être un reflet de ce qui compte pour moi dans la dance music actuelle. C’est un espace de liberté personnelle mais d’émotions collective, par la rencontre, le partage et l’envie des différents acteurs de la teuf d’y participer. Je veux y réunir des fortes têtes, des gens qui m’inspirent quelque chose, dans leur démarche, dans leur charisme, dans leur musique, croiser des énergies complémentaires. C’est aussi l’occasion de présenter à la capitale des gens avec qui j’ai eu l’occasion de jouer ou de passer du temps en tournant et de prolonger la relation que j’ai avec des DJs que je n’ai que trop peu l’occasion de voir en vrai. C’est une pure célébration de l’idée de communauté de la dance.

En dehors de mes merveilleux amis parisiens Clara Mula et Mayflo, on aura donc au plateau :

– Kendal 4A97, le nouveau héros français de l’italo, recruté par Vunk et Cardini et représentant idéal de la folle scène actuelle de Toulouse et auteur du meilleur track de 2019
–  Azo, experte des rave à la belge et résidente des fascinantes soirées LGBTQ+ Benection, qui me fait le plaisir de partager un B2B de closing. 
GL8 et Arno N’Joy des Ilots Electroniques, incarnation parfaite de l’acharnement à mettre une ville comme Tours sur la carte de la dance, y éduquer un public et faire vivre ça les oreilles grandes ouvertes. Et surtout deux DJs incroyables.
Zazu, qui est une nouvelle figure issue du crew du Made à Rennes et qui est l’une des rares personnes à taper juste en abordant le registre afro. Elle débarque tout juste sur le front, mais ce qu’elle a livré jusque là est juste scotchant. 

Qu’est-ce qu’une « belle fête » pour toi ? 

Il n’y a pas « une » belle fête, il y a des moments, tous uniques, de rencontre, de mouvements, de surprises et de joie commune. Ça peut être en journée, de nuit, dehors, dedans, dans un appart ou un méga club, ce qui compte en somme, c’est d’en sortir plus fort, le cœur rempli et la joie qui pétille au fond du regard, avec des souvenirs à chérir. Et ça, on ne peut pas le standardiser.

Retrouvez toutes les informations de la soirée du 4 janvier sur l’événement Facebook, et le podcast entier ci-dessous.