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Dans son premier EP Travail du Pied sorti récemment sur Beat X Changers, le producteur et DJ parisien Mayflo a voulu rendre hommage à un courant peu implanté en France : le footwoork, produit 100% chicagoan et descendant de la ghetto house, surtout connu pour son style de danse à pleine balle, entre la house dance, les claquettes et le breakdance. Un sous-style électronique héritier de jazz, rock et afro, aux variantes breakbeat et jungle que ce batteur de formation vous résume en 1h de podcast exclusif à écouter sans modération.

Où et comment tu as enregistré ce podcast ?

Je l’ai enregistré chez moi dans mon homestudio/chambre à coucher en bon bedroom producer que je suis.

Qu’as-tu voulu transmettre ? 

L’idée de ce mix était d’essayer de montrer d’où vient la Footwork, de la replacer dans un contexte. Pour ça, j’ai divisé le mix en deux.

La première moitié montre un peu l’évolution progressive de la Ghetto House de Chicago en Juke de plus en plus rapide. La seconde moitié montre des genres différents de Footwork qui se font, surtout à Chicago mais pas uniquement. Promouvoir cette culture est un truc qui me tient pas mal à coeur : quand le style s’est exporté vers l’Europe à partir de 2012 grâce aux labels anglais Hyperdub et Planet Mu, la France est passée complètement à côté.

C’est aussi dans cette idée qu’on a organisé l’année dernière avec mon pote Lucien une soirée « All I See Is Red » au DSXL. On a invité RP BOO, considéré comme l’un des deux fondateurs du genre et qui n’a jamais l’opportunité de jouer en France. On a reçu un soutient de toute la communauté de fans du style ici, notamment Skwig et Amor Satyr qu’on a invité à jouer à nos côtés. Ça a donné l’un des événements les plus dingues auquel j’ai eu la chance d’assister. Du coup on va essayer de remettre ça bientôt, stay tuned ça va encore être une tuerie !

Tu nous parles de ton EP Travail du Pied ?

C’est le premier projet que j’ai réussi à boucler de A à Z. Je produis dans mon coin depuis plusieurs année, mais je n’avais jamais réussi à passer le pas et à concrétiser. Ce qui a commencé comme un nom-blague s’est vite transformé en une motivation : j’avais enfin quelque chose qui me tenait assez à coeur pour aller au bout du délire.

J’ai donc commencé quelques morceaux, puis je suis parti m’installer à Berlin pendant 6 mois, et ça m’a permis d’avoir le souffle nécessaire pour terminer le tout. Entre les premières démos et la fin de la compo, j’ai dû prendre 1 an je pense.

La ligne directrice qui s’est imposée assez naturellement, c’était d’essayer de puiser dans mes racines Hip-Hop et Jazz avec lesquelles j’ai grandi, de les revoir avec un prisme Footwork. Un truc que je trouvais important dans ce projet, c’était surtout de laisser sortir quelque chose d’assez spontané, mais aussi d’essayer de produire de quelque chose de grand public, pas uniquement pour les fans de Footwork.

Comment expliquer le “Footwork” à quelqu’un qui ne connait pas ? 

C’est un produit 100% Chicago. C’est le descendant de la Ghetto House de Dance Mania, des DJ Deeon, DJ Funk et autres Paul Johnson. À force de l’accélérer, de la rendre de plus en plus en plus saccadée, ça a donné la Juke dans les années 90.

Un truc fondamental, c’est de comprendre à quel point cette musique est intimement liée à la danse : les DJ sont danseurs, et vice versa, et les différents se règlent en battle sur le dancefloor pour être le « king of the circle ». C’est d’ailleurs les danseurs qui ont poussé la musique à évoluer plutôt que l’inverse.

Et puis fin 90 début 2000, on bascule dans la Footwork avec RP BOO et DJ Clent, les deux se revendiquant comme fondateurs du mouvement. Après eux viennent DJ Rashad (RIP) et son crew Teklife qui propulsent le style à la vitesse supérieure.

La musique est à 160 BPM, elle est rythmée par des sub kicks de 808 qui jouent sur des passages de binaire à ternaire, la drum machine construit des structures rythmiques complexes pour représenter un challenge pour les danseurs, et le tout est couronné d’un usage abondant de samples aussi bien vocaux qu’instrumentaux.

Ce qui est intéressant avec ce style, c’est que malgré son côté assez codifié sur sa construction, il peut intégrer à peu près n’importe quel style de musique. C’est ce que racontent DJ Rashad et DJ Spinn dans le sample d’interview pour RBMA que j’ai mis au début du podcast. Si les ponts avec la Trap et la Jungle sont assez naturels, il y a plein de cross-overs avec du Rock, du Jazz, de l’Afro… C’est ce qui rend le style aussi créatif !

Quel serait le ou les moments idéaux pour l’écouter ?

Personnellement je suis défenseur de l’idée qu’on peut écouter n’importe quoi à n’importe quelleheure. J’avoue que le mix est un peu sportif par moment, donc si vous voulez danser c’est pourvous. Après, matin, midi, soir, il n’y pas d’heure pour ça !

Petit conseil : checker les pas de danse survitaminés sur Youtube, puis lâcher son meilleure jeu de jambe pour épater ses amis sur le dancefloor. Succès garanti !

Vous pouvez suivre Mayflo sur Facebook, Soundcloud et Resident Advisor. Le mix est disponible en écoute ci-dessous.