Le programmateur du club Sacré à Paris, Martin Munier, livre à son tour sa playlist du confinement. 23 titres à dévorer dans son canapé, d’Axel Boman à Superpitcher, de Yussef Kaamal à Romare.  

Comment se passe le confinement ?

Plutôt bien, même si le temps commence à devenir long. J’ai de la chance d’être en bonne santé tout comme mes proches. Avec ma femme on se prépare à l’arrivé d’un bébé ce qui va complètement changer notre vie, et nous confiner naturellement pour quelques semaines supplémentaires.

Je profite aussi d’être loin du club pour apprendre l’Ouzbek et comment changer une couche en trente secondes. Je ne laisse pas complètement Sacré de côté puisqu’on vient de lancer une APP iPhone & Android qui diffuse Sacré Radio, une web radio ou tu peux écouter 24h/24h une sélection des artistes qui ont joués ou qui vont jouer à Sacré. C’était pas du tout un univers que je connaissais, mais franchement, je prends un grand plaisir à créer la programmation, gérer les playlists en fonction de l’heure et les différents podcasts à collecter. 

Je prends aussi le temps de consulter et écouter tous les mails promo que je reçois et qu’habituellement je classe dans un dossier à consulter plus tard. J’ai la chance de recevoir beaucoup de musique de copains ou de parfait inconnus et parfois je tombe sur de vraies pépites !

Bref, je passe une bonne partie de ma journée en pyjama sur mon canap devant l’ordi, alternant entre des sites de peluches pour bébé, des avis sur les poussettes, Spotify et mes mails. 

Quelles sont les conséquences du confinement sur le Sacré ?

J’ai encore du mal à mesurer les conséquences pour Sacré. Comme tout le monde culturel, les bars et les restaurants, on est dans un flou total nous concernant. Aujourd’hui c’est simple : Sacré est fermé. Aucun chiffre d’affaires ne rentre, notre compte bancaire est gelé en attendant le prêt de l’État.

Avec l’équipe du bureau, on bénéficie du chômage partiel, on n’est pas les plus à plaindre. J’ai une énorme pensée pour toutes les personnes avec qui je bosse tous les jours comme nos extras barmans, nos ingénieurs son & light, nos DJ résidents, nos agents de sécu… Eux sont pour le moment complètement laissés de côté car j’ai cru comprendre qu’il n’était pas si simple de bénéficier du fond de solidarité quand on n’est ni intermittent ni auto-entrepreneur…

Comment gères-tu les annulations et reports des dates ?

Vu que c’est une crise mondiale tout le monde est dans le même panier, les annulations et reports des dates se font naturellement. Côté club, je n’avais pas encore commencé la programmation de la rentrée septembre, j’ai donc tout décalé après l’été.

C’est côté concert que ça se complique fortement. Toutes les tournées internationales sont annulées. Les tourneurs / manageurs n’imaginent pas de retour à la normale avant 2021. L’économie d’une tournée d’un groupe est très faible, parfois il suffit d’une ou deux dates qui sautent sur une tournée de quinze pour que ça ne soit plus rentable. Chaque pays navigue à vue en fonction de ses problèmes, ça devient impossible de planifier une tournée Européenne. On ne devrait pas voir d’artistes internationaux sur nos scènes avant un petit moment. Peut-être un bon signe pour notre superbe scène locale, mais ça veut aussi dire que nos artistes français ne vont pas bouger de France pendant longtemps !

Quelle vision as-tu de l’avenir ?

Il va falloir être patient pour retrouver l’ambiance qu’on avait avant le confinement. J’imagine que pour une partie de la population ça ne sera pas le moment d’être regroupé devant une scène ou un comptoir…

Heureusement il y aura toujours des clubbers, des habitués et des fans de notre musique sur les dancefloors mais malheureusement ça ne suffit pas pour faire vivre un club ou un festival. J’ai peur que les gens qui suivaient leurs potes en soirées et les gens qui venaient boire un dernier verre après leur resto ne reviennent pas chez nous avant un petit moment. Sans oublier aussi les touristes qui représentaient 15 à 20% de notre clientèle…

On va devoir être encore plus créatif et inventif pour attirer les gens sur nos dancefloors, et donc surement prendre encore plus de risques, mais parfois, ça a aussi du bon de se réinventer. 

Vous pouvez suivre Sacré sur le site internet officiel et la page Facebook, et la playlist à nouveau ci-dessous.