Physically Sick est un projet lancé l’année dernière par Physical Therapy, le boss du label Allergy Season, et le collectif Discwoman, tous originaires de New-York. Ce projet, c’est une compilation d’environ 40 titres en vente à prix libre sur la plateforme Bandcamp dont les fonds récupérés sont ensuite reversés à des associations caritatives.

Après le succès de la première édition qui a vu le jour en janvier 2017, ces activistes de la musique électronique ont décidé de reconduire ce beau projet. En achetant cette seconde compilation (qui comporte entre autres des titres de Tzusing, Anthony Parasole, Varg ou encore Matrixxman), vous permettrez à l’association Brooklyn Community Bail Found de venir en aide à des incarcérés new-yorkais en attente de procès.

Depuis leur création et jusqu’à leur épanouissement, la house et la techno ont constamment puisé leur énergie dans un sentiment de révolte. Une envie d’exprimer un certain sentiment d’injustice, de lutter contre les inégalités en voulant rassembler toutes les minorités sous une même bannière.

Cette volonté de faire bouger les choses et de faire passer un message fait partie intégrante de l’ADN de certains artistes et collectifs. C’est le cas de Daniel Fisher aka Physical Therapy, le boss du label Allergy Season, et le collectif Discwoman, fondé par Frankie Decaiza Hutchinson, Emma Burgess-Olson, que l’on connaît mieux sous son nom d’artiste Umfang et Christine McCharen Tran.

Avec son label Allergy Season, Daniel Fisher propose des EP qui se veulent être des remèdes contre les maladies de la société : discrimination, racisme, injustice, etc… L’artwork de chaque EP s’apparente d’ailleurs à une boite de médicaments. D’où la difficulté par exemple à faire la différence entre une boite de Rinadvil et le dernier EP du label :

Daniel Fisher sait utiliser les mots pour dire ce qui le dérange dans le monde actuel, et particulièrement aux Etats-Unis. C’est ce qu’il a d’ailleurs très bien réussi pour accompagner la sortie de la première compilation Physically Sick, qui sortait juste après… l’investiture de ce cher Donald Trump :

« Well, we just got back from the doctor and yes, we’re sick. There is a fetid smell, the pollen of hatred and bigotry, wafting through the air and our allergies are acting up. While there’s no known cure, we’ve come up with something to treat the symptom, a healthy dose of electronic protest music, a middle finger from the underground to the future powers-that-be. Taken once a day, this pack can help to alleviate the symptoms of discrimination and demagoguery, whether from proto-fascist politicians or insecure music forum commenters. »

Alors oui, ça n’est pas non plus Jean-Luc Mélenchon, mais voir un artiste house ou techno exprimer haut et fort son engagement, c’est rare. Et ça fait du bien, d’autant plus dans un climat global bien tendu où il est au devoir de chacun de se rappeler des valeurs sur lesquelles se reposent ces styles musicaux.

Les trois fondatrices de Discwoman manifestent quant à elles leur engagement par des moyens assez différents. L’état d’esprit, lui, reste le même. Leur objectif : promouvoir la représentation et l’accompagnement des femmes, membres de la communauté LGBT et personnes de couleurs dans un milieu de la musique qui tend souvent à les mettre de côté. Seules des personnes issues de ces communautés peuvent être représentés dans l’agence de booking qu’est Discwoman. Plus qu’une agence de booking, Discwoman se veut plutôt comme une plateforme d’accompagnement. Frankie, Christie et Emma, qualifiées de visionnaires dans le récent article du magazine The Fader, font profiter de leur expérience et de leur énergie pour fournir un support professionnel (gestion de contrat, merchandising, communication…).

La vision de Physical Therapy et Discwoman va donc bien au-delà de la musique. Et c’est logiquement qu’en 2017, ils décident d’unir leurs forces pour le projet « Physically Sick », une compilation d’environ 40 titres orientés techno, ambient, bass et expérimental, dont les revenus des ventes sont reversés à des associations.

Le 6 mars 2018, cette même équipe a délivré une seconde édition. Le nombre de titres est toujours impressionnant – au même titre que la diversité et la richesse des producteurs présents. Cette fois, les revenus des ventes seront reversés au Brooklyn Community Bail Fund. Leur mission : venir en aide aux new-yorkais appréhendés par la justice américaine pour des délits mineurs : possession de drogues, conduite sans permis, vol à l’étalage, etc.

Une fois interpellés, ces personnes sont contraintes de payer une caution. Sans quoi, ils restent emprisonnés en attendant le procès. Aux alentours de 1 000$, cette caution représente une somme considérable pour ces personnes en attente de jugement qui sont très généralement issues des milieux pauvres. L’association assure que payer cette caution leur est donc impossible dans 80 % des cas. Ils sont alors contraints de rester en prison, de perdre leur travail la plupart du temps, et tout simplement d’être privés de leur liberté, de leur foyer, alors qu’ils peuvent tout à fait être innocents. Leur seule alternative à la caution pouvoir retourner chez eux ? Plaider coupable. Ce mode de fonctionnement n’est donc clairement pas fait pour favoriser les personnes issues des milieux populaires.

C’est donc là qu’intervient le Brooklyn Bail Community Fund. Les bénéficiaires sont identifiés en collaboration avec les services sociaux de la ville, et leur caution payée dans une limite de 2 000$. Le système pourrait en déranger certains, car si ces personnes sont là, après tout, c’est qu’elles l’ont peut être bien cherché. Sauf qu’en France par exemple, la mise en liberté sous caution est décidée par un juge. La décision repose sur un minimum d’objectivité et n’est pas laissée à la seule appréciation de la police. Quand on connait l’amour des policiers américains pour les communautés latinos et afro-américaines, on peut donc se dire qu’après tout, ce genre d’organisme a toute sa raison d’être aux Etats-Unis.

En achetant donc cette seconde compilation, vous contribuerez d’une certaine manière à apporter un peu plus de justice dans cette Amérique au climat social nauséabond. Si vous avez un peu de Batman en vous, ou que vous aussi vous sentez un peu malade en voyant ce qui se passe dans le monde et celui de Donald particulièrement, prenez vos médocs. Disponibles ici ou dans toutes les bonnes pharmacies.