À Paris, Zekid fait parler de lui grâce à son superbe travail de peinture sur vinyles. Sa particularité : cet autodidacte peint pendant les sets ou lives des artistes de musiques électroniques, et retranscrit ses émotions via la peinture en peignant des 33 tours. Ce jeudi 5 décembre, l’Espace Futur, à Paris, inaugurera 4 jours d’exposition où une centaine de ces vinyles seront en vente. Un beau cadeau de Noël.

Dès ce jeudi 5 décembre et jusqu’à dimanche, « Le Vinyle Shop de Zekid » s’installera à L’Espace Futur (16 rue de la Corderie, 3ème arrondissement de Paris), dans un concept store où seront exposés une centaine de ses réalisations, tous au prix unique de 50€. « Le concept est au-delà du simple visuel : c’est donner une fonction nouvelle à ces vinyles souvent trop oubliés aux fins fonds de nos caves ou de celles de nos ancêtres... », précise Arthur, en charge de la galerie. « La démarche de Yacine n’est pas qu’un enchainement de couches peintures, le vinyle n’est plus une galette noire que l’on écoute, c’est une toile ronde que l’on admire. »

Ce jeudi, dès 16h et jusqu’à 22h, des DJ sets rythmeront l’événement avec Keraw, Lewis et Tiano du collectif Roommates, Zipon et Spich.


Quel est le lien entre la musique que tu entends, ressens, et tes peintures? 

« Mes peintures sont toujours accompagnées de musique, ça me permet de me canaliser, de canaliser ma créativité personnelle. Je suis moins distrait et je peins mieux. Par exemple, quand je fais un live painting, le set que j’écoute m’entraîne pour peindre et me guide. À la soirée Hydrozbeul #1 organisée par Hydropathes au Printemps 2016, c’était totalement improvisé. J’ai ramené mes vinyles, et ensuite j’ai proposé de dessiner autour. J’ai commencé à 16h et ça a finit à 00h, le résultat était super. »

Quelle résonance un set peut-il avoir sur les couleurs ou les formes de tes dessins ?

«  On va dire que quand je peins, j’alterne principalement entre deux phases : « l’action »  où la peinture apparait sur l’oeuvre et la « réflexion » sur le futur de l’oeuvre, d’où je vais repartir, ce que je dois rajouter/modifier. Le set me permet d’alterner naturellement entre ces deux phases grâce à ses variations. »

Tu as commencé avec le graf, et tu peins aujourd’hui dans un autre contexte, sur un autre support et un autre format. Comment es-tu passé de l’un à l’autre ? 

« Le graf c’est mon école, pas comme un style, ni comme une manière de dessiner mais comme une école. Il y a eu des époques où chaque grand maître était de telle ou telle école, comme le gothique par exemple. Il y a beaucoup de débats aujourd’hui pour savoir si le graffiti est un art et je pense que c’est mieux que ça, c’est une école d’art. Ça a poussé des personnes comme moi qui n’étaient pas prédestinées à faire de l’art à perfectionner un trait, s’intéresser à la couleur… »

Tu ne te sentais pas prédestiné à peindre ? 

«  J’ai commencé sans avoir de culture artistique. J’ai développé la sensibilité que j’ai à mettre mon blaz un peu partout, à travailler et perfectionner mes peintures. Au bout d’un an et demi ou deux ans, j’ai commencé à être de plus en plus fier de mes graf, et je me suis amusé.

Ma première toile abstraite c’était en terminale. La mère d’un ami m’avait offert un chevalet pour Noël, et j’avais tout de suite acheté une grande toile. J’avais fait des pochoirs avec des formes abstraites, la toile est toujours chez elle d’ailleurs. »

Ta première peinture sur vinyle ?

« Je partais à Bruxelles chez ma meilleure amie, elle m’accueillait et je devais lui trouver un cadeau pour la remercier. Avant mon départ, je suis allé aux puces avec mon père et j’ai eu l’idée d’acheter un disque pour peindre dessus et l’utiliser comme support. J’ai tout de suite essayé de mettre du scotch dessus, de peindre puis d’enlever le scotch pour redécouvrir le noir du vinyl refletter la lumière… Ça m’a tout de suite plu et j’ai recommencé. J’y ai trouvé un terrau fertile car j’aimais la matière, la forme… et j’ai beaucoup entraîné mon style sur ce support. »

Pourquoi y préférer le format 33t ? 

«  Je préfère les grandes surfaces. Le 45t c’est petit mais je suis ouvert à tout, en ce moment j’experimente aussi sur les 45t. C’est un autre exercice car c’est vraiment plus petit et ça demande de s’appliquer sur les détails. Cette année, j’ai également travaillé sur un triptyque composé de trois disques. »

Quelles ont été tes meilleurs expérience de live painting et pourquoi ? Quels événements t’ont marqué dernièrement ? 

« En live painting, ma meilleur expérience était pour la soirée de La Bringue / Fée Croquer au Cabaret Sauvage. Ils m’ont installé sur une estrade en hauteur juste à côté de la scène extérieure, c’était trop cool! Je n’ai pas eu à mettre mon casque, j’entendais super bien et les sets de Armless Kid, Mud Deep et Larry Houl étaient top!

J’ai bien kiffé le Sarcus Festival aussi, l’idée de peindre sur deux jours était grave cool. Sinon, peindre la devanture du magasin a été un grand moment pour moi parce que c’était ma plus belle contribution à House Monkey. Refaire la peinture de la façade du shop c’était un gros enjeu à mes yeux, communiquer depuis la rue et donner envie de rentrer dans le magasin. Je suis devenu le « peintre » de House Monkey Family ce jour-là.

Sinon sur les formats club il y a une soirée que nous avons fait qui m’a marqué c’était la Kindergarden du collectif Roomates. Concevoir et monter une scénographie était une super expérience et on a vraiment eu trop de bons retours. Nous y avons répété l’experience du V2V (un peintre et un VJ) sur une scénographie que nous avons pensé et installé avec Antonin et Lucas du collectif. »

Quels sont les artistes qui t’inspirent le plus pour peindre ? 

« Je suis très inspiré par le travail de Seth Troxler. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois et de lui offrir une peinture sur vinyle qui trône dans sa maison à Ibiza (rires). Donc j’adore les sets de Troxler, particulièrement ceux enregistrés en festival, on sent l’énergie collective.

« Un des premiers sets que j’ai poncé en peignant (et j’y étais!), l’intro est folle et à partir de 1h y’a plus de respect! »

Sinon j’adore la musique de Jamie Jones, pour moi c’est vraiment le king du bouncy. Face à lui je suis qu’une petite fille américaine de 16 ans! »

« Cet été lors de mes sessions au shop, le disque que j’ai découvert et écouté le plus c’est l’album de Secret Value Orchestra, avec cette track que je réécoute beaucoup sur youtube quand je veux de la deep qui fait chialer. Big up D.KO! « 

Le morceau qui te donne envie de peindre ?

Snoop Dogg – Doggy style ou les morceaux de cet album.

Être peintre pour des événements, c’est mener la Dure Vie ? 

« Non, c’est un kiff. »

Plus d’infos du vernissage sur l’événement Facebook