Du 9 avril au 11 août, la grande exposition événement « Electro – De Kraftwerk à Daft Punk » ouvre ses portes à La Philharmonie de Paris. Voici ce qui vous attend.

Il y a foule. Sur des dizaines et des dizaines de mètres, toute la sphère musicale et culturelle de Paris se presse pour venir assister à l’exposition événement de 2019. Initiée par La Philharmonie de Paris, « Electro – De Kraftwerk à Daft Punk » est une mini-révolution dans le monde muséal : pour la première fois, cet espace contemporain dédié aux musiques symphoniques et acoustiques accueille dans son immense écrin d’aluminium les musiques électroniques, signe d’une fascination moderne pour ces sonorités pourtant vieilles de 50 ans. 

L’immersion est totale 

Dès les premiers mètres, le ton est donné. Si les passionnés et néophytes du genre, amateurs et curieux, experts machinistes, friands de sensations ou réfractaires de cette musique doivent se rencontrer, l’exposition ne doit pas être muséifiée. En pénétrant dans la salle, on est d’abord là pour comprendre physiquement : plongés dans le noir, c’est dans une ambiance de club que les visiteurs sont immergés grâce aux 127 tracks de la bande sonore de l’exposition réalisée par Laurent Garnier, et aux photographies de plusieurs mètres d’Andreas Gursky qui ornent les murs. Bienvenue dans les bras des danseurs. 

© Andreas Gursky

Présentations faites, une vaste chronologie interactive synthétise avec succès la retrospective des musiques électroniques de 1941 à 2020. Et là encore, on est loin des pavés rébarbatifs : exit le cours d’histoire et place au contenu excitant et immersif, entre photos, instruments iconiques d’origines et vidéos à écouter grâce à des casques distribués à l’entrée. Des « fous du son » incompris à son florissant âge d’or actuel, les dates-clés remplacent les descriptions ennuyeuses et s’accompagnent de nombreux instruments, synthétiseurs, vocodeurs, boîtes à rythmes et modules générateurs pour que chacun puisse s’imprégner du jargon théorique et technique essentiel. Au bout, la moralité de l’histoire est unanime avant de poursuivre la visite : les musiques électroniques ont traversé des décennies d’expérimentations et de luttes pour leur reconnaissance, mais aujourd’hui, vous êtes là. 

Un labyrinthe d’archives et d’installations 

Sur presque 800 mètres carrés, toute l’exposition est formidablement construite en recoins et niches immersives, promesse de multiples sensations à vivre, voir, toucher et entendre. Pas de sens obligé ou de couloir prédestiné : comme dans un club ou un festival, vous êtes l’acteur décisionnaire de votre visite, et tout le monde se rencontre. C’est génial.

Dans ce labyrinthe, on découvre les scénographies technologiques du studio 1024 dont le fameux Square Cube d’Etienne de Crécy, l’installation spéciale Technologic Redux designée par les Daft Punk eux-mêmes et inspirée du clip mythique de Technologic, la célèbre harpe laser de Jean-Michel Jarre, la salle dédiée à Kraftwerk munis de lunettes 3D, ou les instruments bizarroïdes du génie français Jacques.

© Installation de Jacques

Au détour d’un couloir, on peut activer une sculpture robotique, explorer les nombreuses archives des flyers historiques et psychédéliques des raves acid ou déchiffrer les photographies du Trésor, puis on lève la tête pour regarder une vidéo de la Love Parade de Berlin, observer minutieusement la reconstitution miniature du Berghain ou se tordre la tête sur une sculpture de vinyles métalisée. Bref, c’est une boîte de Pandore qui émerveille par son aptitude à créer la surprise à chaque détournement de regard, et à retranscrire l’imaginaire qui enflamme aujourd’hui les musiques électroniques grâce à tous les arts visuels qui l’accompagnent. 

Vous qui dansez ou écoutez ces musiques, l’exposition est aussi l’occasion de comprendre leur message actuel, terrassées pendant de nombreuses années par leur image de contre-culture politique et sociétale, et engagée par des générations et scènes du monde entier. De l’underground pionnier des DJs noirs-américains de Chicago et Détroit aux rave-parties clandestines d’Europe portées par la jeunesse de Manchester, Paris ou Berlin, de la répression d’une scène diabolisée par l’image de la drogue et de la communauté LGBTQ à la génération post-révolutionnaire de Tunis ou du Caire, mais aussi des ghettos de Durban ou Rio, c’est toute la beauté des musiques électroniques qui est retranscrite pour tous ceux qui s’y plongent. Jean-Yves Leloup, commissaire en charge de l’exposition, notera aussi une représentation évidente des femmes DJs et productrices en relançant le Tumblr V I S I B I L I T Y, qui réunit depuis 2015 « les photos d’artistes féminines à travers le monde, suite au constat de la faible documentation du travail des femmes dans le domaines des musiques électroniques.« 

Jeff Mills, Jean-Michel Jarre, les Daft Punk au milieu des visiteurs  

Au milieu des visiteurs, les acteurs principaux de l’exposition sont camouflés par le noir tamisé ambiant. Comme des enfants, on croisera Jeff Mills timide devant sa TR-909, Jean-Michel Jarre en train de discuter avec des passionnés devant ses synthétiseurs, et même l’apparition furtive de Guy-Manuel de Homem-Christo (moitié de Daft Punk) à l’entrée de la visite, signe que l’événement est rare. 

La chose qui frappe, c’est que malgré la techno euphorisante qui tape dans les oreilles, personne n’ose hocher la tête ou esquisser un pas de danse. Logique première d’une exposition qui permet de se concentrer sur l’essentiel : s’intéresser et comprendre. Pourtant, dans un couloir, un visiteur danse, bras en l’air, et nous fait esquisser un sourire en lâchant à quelques personnes « maintenant vous comprenez, l’électro c’est l’amour de la danse !« .

Après avoir déambulé et être repassé devant certaines œuvres, la seule manière de savoir où l’exposition se termine est symbolisée par un écriteau en néon multicolore qui signe « la fête est finie« . Alors que les visiteurs immortalisent ce dernier cliché pourtant plein d’espoir, le message sera celui d’un « au revoir et à bientôt » aussi chaleureux que l’ambiance dans laquelle vous avez été accueillis au commencement de la visite. 

Merci à l’équipe de La Philharmonie pour leur confiance en tant que partenaire officiel. Ne manquez pas vous aussi l’exposition Electro, De Kraftwerk à Daft Punk, du 9 avril au 11 août à La Philharmonie de Paris.

Infos et billetterie sur le site internet