À l’heure où réalités augmentée et virtuelle gagnent du terrain, le monde de la nuit semble lui aussi être – enfin – disposé à se prêter au jeu.  Alors à quoi ressemble la rave 3.0 de demain ? C’est ce qu’a tenté d’imaginer le collectif FEMUR avec son projet événementiel de rencontre entre arts numériques et musiques électroniques issues de la scène alternative : Signal Space. Pour sa deuxième édition, qui a lieu à nouveau durant la Paris Electronic Week fin septembre, Signal Space investira l’Aérosol les 27 et 28 septembre prochain.

Quelle différence entre réalité virtuelle (VR) et réalité augmentée (AR)  ? La réalité virtuelle permet de se déplacer et d’interagir dans un monde en trois dimensions – inspiré ou non du monde réel – tandis que la réalité augmentée est le mélange de la réalité virtuelle à la vie réelle. Pour sa seconde édition, Signal Space s’étend sur deux jours et fait fusionner questionnements et productions artistiques pour proposer une vision prospective de la rave du futur. Alors que certains artistes plasticiens ont déjà franchi le pas en peignant sans toile ou en sculptant dans l’air, la pratique du DJing voit elle aussi ses codes bouleversés avec l’apparition de la réalité virtuelle.

Parmi les artistes présents le jeudi, Sara Lisa Vogl, artiste berlinoise qui se définit comme shaman de la réalité virtuelle, mixera à travers un dispositif en  VR. Ce premier jour, au format concert / afterwork (de 17h à 01h) accueillera aussi plusieurs performances en live audiovisuel (A/V) tel que le duo UVB 76, Hasar de Doria ou encore Acescence, ainsi que des performances audiovisuelles avec les collectif la Wh4f et FEMUR.

Le vendredi, de 20h, à 6h, les collectifs Subtyl et Bottom, qui eux aussi cherchent à promouvoir une fête novatrice et libérée où chaque personne est invitée à quitter le statut de simple consommateur de musique passif pour devenir un acteur du moment présent, présenteront de nombreuses premières : Sina qui présente son projet live A/V « Rond comme un Cube » en collaboration avec data productionDJ Varsovie performera son rare live et on découvrira la performance A/V d’une association d’artistes encore secrète sous le nom de Balagan. La programmation se veut éclectique.

Mais hormis toutes ces performances, pourquoi qualifier Signal Space comme une rave augmentée ? C’est sans doute car chaque édition de Signal Space se construit d’une scénographie spécifiquement adaptée à la thématique et au lieu. Cette année, plusieurs dispositif de vidéoprojection « augmenteront » le hangar de l’Aérosol, comme si celui-ci était vu à travers des lunettes de réalité virtuelle.  Et si Signal Space assure de plonger les spectateurs dans un futur pas si lointain, son but est aussi de questionner notre rapport à la technologie grâce à la thématique de ses projections liée à la surinformation. Brisant le mur et la frontière entre espace numérique et spectateur, le collectif Bottom apportera une partie théâtrale à Signal Space.

L’événement qui sort des sentiers battus s’avère à la fois prometteur et original avec sa vision rafraichissante de la rave. Pour l’occasion, nous avons posé quelques questions à ces trois collectifs au sujet de cette collaboration qui semble totalement judicieuse.

Qui êtes-vous ?

Femur : Notre volonté est de proposer un pont entre musiques électroniques et créations artistiques de toutes formes. Cette envie se matérialise par la réalisation de scénographies et de mapping, par l’organisation d’événements pluridisciplinaires ou l’accompagnement graphique de labels. Après l’organisation de la première édition de Signal Space en collaboration avec la Paris Electronic Week, on a décidé de renouveler l’expérience cette année, en plus gros, en plus grand et a plus nombreux car les collectifs Subtyl et Bottom viennent nous appuyer sur la soirée du vendredi.

Subtyl : Depuis 2011, Subtyl propose divers résidences dans des espaces industriels abandonnés. Artistiquement, le collectif s’inspire des cultures festives allant des rituels à la rave pour proposer de nouvelles expériences visuelles et sonores, souvent participatives.

Qu’apportez-vous chacun au projet ? Comment va-t-on retrouver l’esprit de chacun d’eux à l’événement ? 

Femur : Quand nous avons proposé à Bottom et Subtyl de rejoindre l’aventure Signal Space nous étions déjà proches et on a vite découvert des points communs – aussi bien sur le fond que sur la forme. Même si nous ne traitons pas le sujet de la même manière nous sommes tous les trois guidés par l’envie de proposer quelque chose de différent et de nouveau. Que se soit Subtyl avec ses lieux comme le Mega Destock ou Bottom avec le théâtre, l’important est de surprendre. Du coté de FEMUR, notre objectif est vraiment prospectif : imaginer ce que pourrait être la fête dans 5 / 15 / 50 ans ?

Subtyl : Femur sont à l’origine du projet. Comme on fait souvent les zouaves dans des entrepôts, on s’est mis à collaborer sur plusieurs projets. On est un « collectif de collectifs », on essaye donc de rapprocher nos démarches au maximum, tout en respectant l’identité de chacun. On a vraiment tout fait autour d’une table, à plusieurs: le line up, la prod, les fautes d’orthographes.

Bottom : On va chacun apporter ce qui fait notre force individuellement mais cette fois-ci au service d’un collectif et d’une grande famille. On travaille personnellement avec FEMUR depuis nos débuts sur nos scénos et mapping/vjing. Et cet été on a vécu une belle histoire d’amour avec Subtyl qui nous a invité sur leur Méga Destock, donc c’est trois collectifs qui se connaissent et se complètent. Que ce soit l’expérience et la fougue de Subtyl, l’inventivité et la qualité visuelle de FEMUR, nos choix artistiques sur le line up avec résidents et coups de coeur : on va tous apporter nos compétences. On espère aussi apporter nos publics, dont on est très fier.

3 mots pour définir votre collaboration sur l’événement Signal Space ?

Amoureuse – Excitante – Futuriste

Beaucoup de performances inédites (HYBRID, live A/V…) sont prévues, ce qui diffère des programmations de nombreux collectifs. Que pensez-vous de la scène actuelle ?

Femur : Mettre les live AV / VJ / VR DJ (…) en avant est l’essence même de Signal Space. Quand on veut qu’une scène se développe, il faut mettre tous les acteurs de cette scène en avant. Un VJ est un artiste au même titre qu’un DJ. Il n’y a aucune raison qu’un VJ joue 12h pour les 7 DJs du line-up, et qu’il n’ait pas – ou rarement – sa place sur les artworks. De plus, quand une soirée commence à 22h et fini à 12h, le style musical varie, les VJs doivent varier avec. Cette année on a booké Holy Bottom de Raw agency et pour nous c’était évident de le combiner à l’univers sombre et burlesque de DJ Varsovie.

Bottom : La scène actuelle est intéressante, il y a un retour de qualité dans certains clubs qui commence à faire confiance à des collectifs pleins d’envies. Et une stabilisation de l’essor dans la proposition warehouse avec des collectifs qui savent maintenant ce qu’ils font. Après il y a un problème majeur qui est la proposition musicale, identique pour quasi tout le monde, avec les mêmes artistes qui font la tournée des collectifs parisiens. La prise de risque se fait rarement.

Qu’est ce que cet événement va apporter de plus à la scène parisienne ?

Femur : On espère qu’elle la fera sortir du présent. Signal Space doit être une bulle temporelle où la technique se mêle à la musique, parfois même de manière anachronique. On utilise énormément le mot ‘rave’ car pour nous il est important de faire écho aux premières soirées qui ont promu cette envie de liberté et de foisonnement artistique bourré de couleurs. Notre objectif c’est que le spectateur explore cette sensation de découverte de nouvelles expériences tout aussi jouissives les unes que les autres. Et, une fois retourné dans le présent, qu’il se dise « Mais qu’est ce que je viens de voir ? J’en veux encore ! »

Bottom : Que les collaborations ne devraient pas être uniquement faites pour cumuler une audience. Mais pour que chacun apporte ce qui fait sa différence, son originalité et son identité : logistique, visuelle, artistique, énergie. Une soirée ce n’est pas qu’un line-up, et beaucoup oublient tout ce qu’il peut être fait autour. On espère que les gens hausseront leur niveau d’exigence après ça.

Quel type de public souhaitez-vous toucher ?

Femur : Bien évidemment on sait que ce format ramènera principalement de jeunes connaisseurs des musiques électroniques. Mais ce public, de par sa sensiblité artistique propre, est de plus en plus intéressé par les propositions pluridisciplinaires et innovantes dans le milieu festif. Si cette année nous avons dû renoncer à le faire, à terme nous ciblons aussi les enfants. Proposer un circuit pédagogique autour des cultures électronique, des initiations au mapping ou à la VR ainsi que des activités ludiques d’apprentissage cela nous semble primordial pour éduquer – à notre échelle – les futurs VJs, DJs et artistes.

Subtyl : La France a connu 3 générations de ravers. On aimerait vraiment toucher ces différentes générations. A Atonal on voit beaucoup de gens plus âgés qui aiment les évènements défricheurs et veulent plus qu’une fête le week-end. C’est pour ça qu’il y a plus de place aux projets expérimentaux. La nouvelle génération quant à elle est hyper mobilisée quand il s’agit de défendre la scène locale ou les jeunes artistes comme DJ Varsovie ou Marai. Enfin, Umwelt devrait mettre tout le monde d’accord et lier le passé et l’avenir de la rave dans son set.

Bottom : Un public libre et conscient. Avec le grain de folie qui les rends si beaux. Mais on ne se fait pas de soucis connaissant le public de nos collectifs respectifs.

Quel est le futur de la rave selon vous ?

Le mieux, c’est quand même de venir vivre l’expérience directement avec nous, avec les artistes et les curieux le 27 et 28 septembre à L’Aérosol !

Si on vous demande d’imaginer une soirée Signal Space dans 5 ans, vous répondez….

Femur : Déjà on espère qu’il ne s’agira plus d’une simple soirée mais d’un marathon de plusieurs jours non-stop. Entre concerts, expériences et initiations, on l’imagine aussi dense et saturée que notre vision du futur. Toujours aussi intimiste, presque familiale, pas froide ou aseptisée mais un joyeux bordel qui ne dort jamais et questionne continuellement les nouvelles possibilités apportées par les nouvelles technologies, les évolutions sociopolitiques, le manque de thunes, les changements climatiques…

Subtyl : Dans 5 ans les JO et le Grand Paris auront énormément transformé la capitale. Il est certain que la fête indépendante se replira en banlieue. Après l’ère industriel, c’est l’ère post-bureautique qui nous attend. On fera la fête dans les étages des grandes compagnies d’assurances qui auront licencié à tour de bras avec l’apparition des IA. Plus personnes ne voudra de warehouse, tout le monde fera la fête dans des open spaces en ruines, on recyclera les photocopieuse en stroboscope et on dansera sur de la moquette grise. Ce sera très corporate, pour le grand bonheur de notre président.

Bottom : Ce ne sera plus un signal mais un ralliement immanquable.

 

Plus d’informations : Femur / Subtyl / Bottom
Signal Space : DAY 1 / DAY 2 / Billetterie

Crédit photo : z-photo