Fondateur des événements INSOMNIA rec. et expatrié à Barcelone depuis maintenant 2 ans, Marwan Sabb est de retour à Paris ce vendredi 5 Juillet, invité par le Rex Club pour un all night long inédit. Rencontre avec l’un des référents français de la « techno-minimal », et son analyse de la scène électronique en France et en Europe.

Tu as fais tes débuts à Paris, mais tu vis à Barcelone depuis 2 ans. Pourquoi ce choix ?

J’ai choisi de quitter Paris pour trois raisons principales : le soleil, la mer et surtout l’inspiration. J’ai ce besoin de bouger pour être et rester inspiré. J’aime voyager et découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles personnes, de nouvelles cultures. Tout cela m’aide beaucoup dans mon processus de création. 

Je reviens tout de même souvent sur la capitale car les soirées INSOMNIA rec. que j’ai créé il y a 5 ans sont toujours à Paris, entre les warehouses et les meilleurs clubs de musiques électroniques : le Rex Club, La Machine du Moulin Rouge, le T7 Paris ou encore le Café Barge où l’on organise nos afterhours. J’avais tout simplement besoin de changement, même si Paris restera toujours mon premier amour.

INSOMNIA Rec. © GEOFFREY HUBBEL

La culture des musiques électroniques s’épanouit grandement à Barcelone comme à Paris. Ce sont deux villes très différentes. Les cultures se distinguent, la façon d’appréhender la musique électronique aussi, car ce sont les gens qui font la culture !

Comment décrirais-tu l’évolution de la musique électronique par rapport à ton expérience personnelle ?

Je dirais qu’elle est très bénéfique pour la société d’aujourd’hui. La musique électronique touche de plus en plus de jeunes (et moins jeunes), de toutes origines, de toutes religions, de tous bords politiques ! Sur un dancefloor, le temps d’une soirée, tout le monde est à égalité. 

Ce métier me passionne autant car avec la musique, on parvient à rassembler les gens malgré ces temps difficiles. C’est le propre de la musique électronique d’avoir autant de mixité sociale. De tous temps, elle a permis de palier aux crises sociales et sociétales. 

Concernant mon expérience personnelle, la musique m’a beaucoup apporté. Ayant servi dans l’armée Française (Chasseurs Alpins) pendant plusieurs années et en mission en Afghanistan pendant 6 mois, la musique a été pour moi une échappatoire, une deuxième vie. Elle m’a sauvé et elle fait partie intégrante de ma vie.

Qu’est-ce que des artistes comme Dubfire (gagnant d’un Grammy Award avec son ancien duo Deep Dish) ou Marco Carola ont apporté à la scène musicale ?

Dubfire & Marco Carola ont plus de 25 années de carrière dans la musique électronique. Ils procurent du bonheur à leurs fans à chacun de leurs set ou live. Surtout dans les années 90’ et 2000, où ils ont inspirés, avec leur productions, des centaines de jeunes DJ dont je fais partie. 

Vous citez Dubfire & Marco Carola, mais la liste est bien plus longue: Jeff Mills, Derrick May, Ricardo Villalobos, Richie Hawtin, Sven Väth, Laurent Garnier et j’en passe… Chacun d’entre eux possèdent ce je-ne-sais-quoi à la fois précis et impalpable qui les rend uniques dans leurs genres. 

J’ajouterais aussi qu’un DJ/producteur, très connu ou non, pourra toujours inspirer les autres à condition qu’il s’écoute, qu’il croit en lui, tout en écoutant et en s’inspirant (et non recopiant son idole). Il doit justement avoir ce petit truc, qu’il puise autour de lui et à force de travail: ce petit truc qui fait la différence, apporte un renouveau, un énième souffle au genre électro.  

La musique électronique a beaucoup d’avenir car de nombreux talents ne cessent de la renouveler. Et c’est ce qui est plaisant et encourageant dans ce mouvement alternatif. Depuis quelques années, la « techno-minimale roumaine » a fait son apparition sur les dancefloors internationaux. 

Tu t’es largement inspiré de ce courant. Peux-tu nous en dire un peu plus ? En quoi est-ce différent des productions des années 1990-2000 ?

Cette forme de techno a été mise en lumière au milieu des années 2000 par un certain Ricardo Villalobos, qui a prit sous son aile l’artiste roumain Raresh, un des boss (avec Petre Inspirescu & Rhadoo) du label qui a été l’instigateur du genre : [a:rpia:r]. 

Même si Ricardo Villalobos et ZIP (un des fondateurs du label Perlon, il y a 20 ans) sont les précurseurs de cette techno-minimal, les artistes roumains s’en sont beaucoup inspirés au fil des années et ont su ajouter cet élément en plus, plus ‘micro’, cet ingrédient magique propre à eux, notamment grâce à leur culture musicale, qui aujourd’hui leur vaut ce succès fulgurant dans l’Europe et dans le monde.

Cette techno/micro-house/minimale ne diffère pas tellement de celle de la fin 90’, il suffit de se référer à des tracks d’Herbert par exemple, pour ne citer que lui. La musique, dans tous les styles, connait un éternel recommencement, et les jeunes talents sont là pour faire évoluer les genres en y ajoutant du sang neuf tout en s’inspirant des classiques des pionniers. C’est aussi le cas dans la mode par exemple.

Au final, peut-on dire que la minimale est le nouveau Rock ?

On pourrait dire cela de la musique électronique en général oui ! Car comme dans chaque mouvement alternatif, elle déplace des montagnes. 

La techno est-elle encore « underground » ?

Le mot ‘underground’ est relatif car il y a de l’underground dans tous les styles. Je trouve qu’aujourd’hui ce mot ne veut plus rien dire. Au final, le principal c’est juste d’écouter de la musique de qualité, d’être curieux et ouvert sur différents styles, car ces derniers sont tous reliés en quelque sorte. 

Un style de musique que tu aimes aujourd’hui t’emmènera forcément vers un autre, surement plus pointu, car la curiosité amène la curiosité, et c’est là, toute la beauté de la musique. Pour ma part c’est le Hip Hop et le Rap qui m’ont emmené à la House Music et la Techno…

Quels sont tes projets pour 2019 ?

Continuer la production musicale car après mes différents voyages de cette année, je suis full inspiré ! Je travaille déjà sur un EP sous mon alias électro « Muse About ».

Mon but aussi c’est de continuer à partager et faire « raver » les gens le temps d’une soirée. Je suis peut-être utopiste mais je crois vraiment que la musique est la clé de la paix dans le monde tant elle permet de rassembler les populations autour d’une même passion. 

J’ai la chance de pouvoir jouer dans de beaux événements à travers le monde, mais également d’en organiser, donc pour 2019, je vais continuer à vivre ma passion à 100% ! 

Interview par Ariane Cairoli.

Retrouvez Marwan Sabb ce vendredi 5 juillet en all night long au Rex Club de Paris.