« LISTEN! ». Avec ses lettres capitales et son point d’exclamation, le nom du festival sonne comme une injonction nous urgeant presque de prêter une oreille plus attentive à cette « musique du futur », entendu « scène émergente », que le projet affiche comme l’un des piliers de sa programmation. Du haut de ses trois ans, le festival entend devenir une référence européenne, jouant de sa position géographique privilégiée, pour attirer les aficionados de musique des quatre coins de l’Europe.

Belgique, musique et fête forment un trio romantique dont les frasques libertaires ne datent pas d’hier. Historiquement, le « Plat Pays », comme le chantait Jacques Brel, est le point de départ de nombreuses (r)évolutions musicales, porte-voix aux côtés de l’Angleterre des scènes alternatives d’outre-Atlantique, avec toujours une longueur d’avance sur nous autres français. En témoigne des courants comme le « Belgian popcorn » dans les années 70, le phénomène « New Beat » à la fin des années 80 et l’invasion Techno / House dans les clubs belges la décennie suivante… Teuf libérée et bonne musique sont enracinées dans la culture populaire belge.

Et pourtant, jusqu’il y a encore peu, Bruxelles, capitale du bon-vivre (et accessoirement de l’Europe), ne possédait curieusement pas de grand festival de musiques électroniques à même de fédérer les acteurs locaux tout en s’ancrant au cœur de la ville. « Chaque ville avait son festival excepté Bruxelles ; d’importantes capitales culturelles comme Paris, Londres et Amsterdam sont accessibles en à peine deux heures… C’était plutôt surprenant que ce genre d’événement manque encore à Bruxelles sachant que nous vivons au cœur de l’Europe » relevait Dirk De Ruyck, co-fondateur du festival, dans les lignes de RBMA l’année dernière. C’est inspiré, tant sur la forme que sur le fond, par des événements comme l’Amsterdam Dance Event, les Nuits Sonores et le Sónar que le Listen! A Brussels Future Music Festival voit le jour.

À l’épicentre de ce projet mûri depuis 2012, on trouve comme bien souvent une rencontre fondatrice et complémentaire. Ici celle de Lorenzo Serra, Dirk De Ruyck et Serge Vanderheyden. Lorenzo et Dirk sont des figures établies des nuits belges, œuvrant depuis près de 20 ans sur divers projets musicaux comme les soirées Dirty Dancing, Libertine Supersport, le Culture Club à Gand ou le label Eskimo… Serge, quant à lui, était d’ores et déjà organisateur de gros événements publics dans la ville. Il apporte à l’équipe un réseau et de précieuses connaissances en termes de fonctionnement des pouvoirs publics et de sponsoring.

Prévue pour avril 2016, la première édition a failli voir court suite aux attentats qui toucheront Bruxelles à peine un mois avant le lancement du festival. Face au climat de peur qui s’installe, certains artistes annulent leur venue, les préventes chutent… L’équipe prend la décision difficile, mais non moins salutaire, de poursuivre jusqu’au bout et à juste titre. Après un premier succès encourageant, le Listen Festival signe une seconde édition à plus de 15.000 personnes en 2017. Chiffre plus qu’honorable pour une jeune initiative et qui assoie sans aucun doute la pertinence de l’existence d’un tel projet dans la capitale belge.

« A Brussels Future Music Festival »

Bien ancré dans son temps et rodé dans son discours, le festival se veut « horizontal, transversal et multiculturel ». L’équipe met l’emphase sur le « collaboratif », réunissant le temps de quelques jours les principales forces vives de la scène bruxelloise sous une même bannière, ainsi que sur l’ « urbanité », invitant le public à découvrir la ville par l’intermédiaire (notamment) de son parcours du jeudi (coucou Nuits Sonores).

Artistiquement parlant, la programmation se veut axée sur la découverte et l’actualité, proposant une vitrine de ce qui se fait de mieux à Bruxelles et en Belgique (50% du line-up) face aux meilleurs de la scène internationale. Décloisonné, le hip-hop y côtoie la techno, l’electronica les galettes disco, house, leftfield de diggers expérimentés. En parallèle de nombreuses activités annexes (et gratuites) sont proposées à destination du public et des professionnels : foire aux disques et aux synthétiseurs, exposition, workshops, conférences, projections… rythment l’entre-nuit.

Record Fair au  Square Brussels et conférence avec Kai Alcé & Jovonn en 2017.

Au programme de cette année, du jeudi au dimanche, ce sont quatre journées et soirées de concerts, DJs sets et autres événements qui prendront place dans 17 lieux emblématiques de Bruxelles parmi lesquels Flagey, Beurschouwburg, Gallerie Horta, ING Art Center, Bonnefooï, Les Halles Saint-Géry … avec Antal, Floating Points, Bicep, Luke Slater, John Talabot, Le Motel… Le programme complet à découvrir ici.

Notre sélection d’immanquables cette année

JEUDI

La soirée d’ouverture du festival est le résultat d’une brillante collaboration entre deux institutions belges, le label Stroom et Crevette Records. Résultat : un plateau de live comme on a très rarement l’occasion d’en voir en Europe. On y retrouvera les nappes célestes de Johnny Nash & Suzanne Kraft, le groupe post industrial/ambient O Yuki Conjugate, de nouveau sur scène après 23 ans de break, les drums proto-house et synthés italo des Napolitains de The Mystic Jungle Tribe.

VENDREDI

Actress b2b Mount Kimbie: L’une des grosses headlines de cette édition. Curieux de voir ce que va donner la rencontre entre ces deux pivots de la scène anglaise.

Byron The Aquarius : Multi-instrumentiste au service d’une House « cannabique » dans la tradition de Détroit, les apparitions de Byron The Aquarius sont encore assez timides en Europe. Cette nouvelle tournée est l’occasion de voir celui qui se qualifie de « Quincy Jones de la House » à l’œuvre.

Nosedrip [local] : Encyclopédie musicale et architecte de la vibe. A privilégier sur n’importe quelles têtes d’affiches.

AliA [local] : Full support pour cette jeune DJ talentueuse de 18 ans, figure montante de la scène « soulful » belge.

SAMEDI

Mr Scruff : Tu sais que musicalement tu vas prendre une claque quand les soundchecks du DJ durent aussi longtemps que son set. L’année dernière, le célèbre DJ anglais m’avait scotché en calibrant le système-son de l’Aéronef de Lille façon F1 à De School.

Intergalactic Gary : Pilier de la scène hollandaise en provenance de La Hague. Des sélections versatiles et une technique impeccable…l’aboutissement de plus de 30 ans de pratique des DJs booth.

DJ SoFa [local] : L’un de ces DJs « off the radar » qui vous font faire le tour du monde en 80 disques.

Mr. Scruff © Copyright – Eilon Paz

DIMANCHE

DJ Stingray : Personnalité médiatisée de 2017, un juste retour pour ce vétéran de l’électro-futuriste de Détroit … L’un des actes à ne pas rater pour les néophytes du genre.

Chris Ferreira [local]: Je chantais encore « Gravé dans la roche » que Chris postais déjà des reviews détaillées de morceaux sur Discogs. Une personnalité humble et discrète qui recèle une passion irrassasiable pour la musique.

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