Le nouveau collectif féminin Vénus Club rassemble 20 DJs et artistes « remettre les notions de passion et de bienveillance » au centre de la scène des musiques électroniques. Rencontre.

Elles sont DJs, productrices, organisatrices d’événements, activistes ou passionnées. Le collectif français Vénus Club a récemment vu le jour dans le but de créer de nouveaux “safer spaces”, à la fois dans l’expérience de la fête et dans sa dimension professionnelle. Avec vingt résidentes et une « centaine de satellites » qui les suivent de près ou de loin, cet espace inclusif insiste sur sa volonté d’être « sans jugement ni préconception sur la technique, le geste ou la connaissance« . 

Chaque dimanche, des podcasts sont proposés sur la chaîne Soundcloud du collectif. Dans le futur et dès lors que cela sera possible, le Vénus Club prévoit d’organiser des apéros mix privés, d’animer de sessions d’initiation au mix pour encourager plus de DJs femmes à mixer, d’organiser des conférences et des talks, d’organiser des événements ouverts à tou.te.s et de monter leur agence interne de booking et de management. La fondatrice du Vénus Club, ABS8LUTE (Elodie Vitalis), nous explique la genèse du projet. 

Comment avez-vous formé ce groupe de 20 ? De quel constat êtes-vous parties pour vouloir monter le Venus Club ?

Tout est parti d’un appel que j’ai lancé sur un groupe Facebook de filles passionnées de musique techno. Je voyais que la plupart de mes potes mecs qui mixent se retrouvaient souvent entre eux pour jouer et avaient leur petit crew pour kiffer ou évoluer, alors que moi je mixe seule dans mon salon.

La plupart de mes potes sont bienveillants, pourtant mais je pense qu’inconsciemment j’avais intégré le fait que je n’étais pas forcément légitime par rapport à ceux qui mixent sur vinyle depuis 10 ans ou qui tournent déjà dans des petites teufs.

Avec cet appel, je voulais donc savoir si d’autres filles avaient envie de se retrouver pour passer des après-midi ou des soirées à mixer, se faire découvrir des sons et évoluer ou s’améliorer par la même occasion. Je ne m’attendais pas vraiment à avoir beaucoup de réponses et pourtant des dizaines de filles se sont manifestées en postant leur mixes !

Comme le second confinement est arrivé entre-temps, on n’a pas pu se réunir mais vu l’engouement et le potentiel, on s’est dit qu’il fallait que l’on sorte quelque chose, en l’occurrence des podcasts. Le groupe des 20 s’est formé assez naturellement : les plus dispos et les plus motivées ont commencé à travailler et le collectif est né. 

Le confinement a-t-il été révélateur pour ce projet ? 

Totalement ! Le projet n’aurait pas pris cette direction s’il n’y avait pas eu le confinement, du moins pas tout de suite. Au départ il s’agissait surtout de mettre en place des apéros mix, c’est-à-dire des petits événements privés pour permettre à quelques filles de se retrouver, de mixer, d’échanger et de partager notre passion commune pour le son.

Le premier était prévu le 31 octobre, soit quelques jours après le début du deuxième confinement, et a donc été annulé. On a toutes été très frustrées et comme on ne savait pas combien de temps cette situation allait durer, on a voulu conserver cet élan en sortant des podcasts. On était tellement motivées qu’on se retrouvait toutes en visio chaque dimanche pour monter le projet ! Et après presque 4 mois de travail, il a enfin pu sortir, et avec des ambitions un peu plus grandes.

Avez-vous le sentiment que la scène électronique n’est pas encore “safe” pour les femmes ? 

Effectivement la scène n’est pas encore totalement safe pour les femmes. Cela se vérifie avec le mouvement #Musictoo – qui est d’ailleurs arrivé très tard par rapport aux autres milieux – mais aussi dans nos vécus.

Ce sont souvent des petites choses très insidieuses et qui parfois sont faites de façon inconsciente par les hommes mais qui vont nous faire nous remettre en question. Ça va être le mec en soirée appart qui va te proposer de jouer mais qui ne va jamais te laisser mettre ta clé ou accéder aux platines. Ça va être la personne qui va préférer parler à ton collègue homme alors que tu fais partie de l’orga au même titre que ce dernier. Ça va être l’ingé-son qui va d’office supposer que tu ne sais pas brancher ton matériel.

On ne fait pas de généralités bien entendu, mais le fait est que si le collectif s’est créé aussi naturellement, c’est qu’il y avait un vrai besoin. On ne cherche pas à taper sur les hommes, on veut juste se créer nos propres opportunités pour évoluer et accéder à la scène.

Pour ce faire, il y a nos apéros mix : on essaie de se réunir par petits groupes pour jouer entre nous et créer l’émulation. Il y a les podcasts hebdomadaires : chaque jeudi sur notre Soundcloud, une Vénus partage son univers musical le temps d’un mix et d’une mini interview. Et puis il y a les sessions d’initiation au mix ouvertes à toutes qui ont commencé en virtuel pour la théorie et qui se poursuivront en physique lorsque la situation sanitaire le permettra. À terme, l’idée serait de devenir une petite agence de booking pour faire tourner les Vénus dans les soirées à Paris et en province.

Vous pouvez suivre l’actualité du Venus Club sur Facebook et Soundcloud