Le label, disquaire et distributeur physique français Yoyaku se met à l’ère du digital avec AZE, sa nouvelle plateforme de découverte et d’achat de musiques électroniques en ligne. L’objectif : proposer des sorties jusqu’à présent «vinyl-only », avec une attention particulière pour les labels français. 

À la fois décliné en label, en disquaire et en distribution physique, Yoyaku est devenu l’un des prismes français spécialisé dans le vinyle. Mais à ses débuts pourtant, cette vocation n’était pas à l’ordre du jour. 

« C’est un “accident” si nous sommes aujourd’hui un distributeur physique. », explique Benjamin Belaga, à la tête de Yoyaku. En 2015, l’entité souhaite distribuer l’une de ses toutes premières sorties vinyles, et s’adresse pour cela à Juno, l’un des sites de distribution physique les plus connus sur le marché de la scène électronique.

Face à leur refus, Benjamin entreprend alors de financer le pressage du vinyle, et d’en assurer la distribution. Heureux hasard, la sortie est un succès : plus de 3000 copies sont pressées et plus de 200 disquaires-partenaires les contactent pour commercialiser le disque. Cette première pierre à l’édifice se solde quelques années plus tard par leur service yydistribution, qui distribue aujourd’hui plus de 150 labels et presse près de 120 000 vinyles par an. 

© Yoyaku

La machine lancée, Yoyaku va plus loin et développe au fil des années sa créativité en acquérant des machines professionnelles comme des outils de sérigraphie, des imprimantes 3D ou laser, et monte son propre studio de création et de production graphique, Atelier14. Grâce à ça, l’équipe devient autonome et collabore avec des artistes établis comme Maayan Nidam, Thomas Melchior, Chez Damier ou Cabanne parmi beaucoup d’autres, et fait prospérer la culture du vinyle chère à la scène électronique. 

Le vinyl only plie face à l’avancée du digital 

« En tant qu’artiste, sortir sa musique sur support vinyle est probablement l’une des plus grandes fiertés, d’une part pour son aspect matériel et tangible, d’autre part pour sa qualité sonore incomparable. », poursuit Benjamin. Un gage de qualité que les labels distribués par Yoyaku ont bien compris, en ayant choisi l’option physique plutôt que digitale. 

En 2020 pourtant, la pandémie entraîne une complication connexe et non-négligeable : la crise des matières premières, dont le polymère indispensable à la fabrication du disque vinyle. Son origine découle de la baisse de la production de pétrole, conjuguée à une importante pression économique des industriels (selon le communiqué de la SMA), et s’accompagne de fortes tensions sur le bois, et donc le papier, essentiels dans la production des pochettes. 

Au-delà de ce facteur de productivité, Benjamin est lucide quant à l’avancée du digital. « Nous avons alors réalisé que la culture du “vinyl-only” était finalement une lubie que l’on retrouvait davantage auprès de la jeune génération. », explique-t-il, alors que les demandes de sorties sous format numérique sont de plus en plus pressantes, tant de la part du public que des artistes. « Rendre accessible à tou.te.s une grande partie des productions de musique électronique jusqu’alors réservée à une élite est devenu nécessaire. »

AZE Digital, le nouveau Traxsource à la française 

nullDepuis 2018, Yoyaku a déjà entamé l’approche de la digitalisation de son catalogue de références. « Notre musique sortait exclusivement sur vinyles. Puis est venue la discussion avec nos labels dans l’optique de leur proposer à leur tour cette évolution, qui a été reçu positivement. », poursuit Benjamin. Le disquaire physique au 14 Boulevard de la Chapelle dans le 18ème arrondissement s’étend alors à la boutique en ligne, à l’image d’autres disquaires européens comme Hardwax ou Clone. 

© AZE

Mais quid d’une plateforme française digitalisée pour représenter l’étendue de la scène électronique ? « Il était alors difficile pour nous de s’identifier aux plateformes existantes de musiques électroniques. Nous ne sommes pas très “Beatport top 100” compatibles. », plaisante Benjamin. Avec un réseau de plus de 2000 labels, les premières ébauches d’un catalogue digital avec Yoyaku se dessine, et la plateforme AZE est lancée quelques mois plus tard, accélérée par la crise sanitaire. 

Cette nouvelle plateforme de découverte et d’achat en ligne de musiques électroniques référence déjà plus de 4000 morceaux, avec une sélection de sorties ultra-pointues et d’autres plus nichées. Maceo Plex, Ricardo Villalobos, Molly, S.A.M, Steve O’Sullivan, Maayan Nidam, Dewalta, François X, Voiski, Seth Troxler, Craig Richards… Les titres sont uniquement téléchargeables en wav pour assurer un son sans perte de qualité, et Yoyaku entend bien proposer un catalogue solide de références françaises. 

Toutes les informations sont à retrouver sur le site internet d’AZE Digital