Photo à la une © Le Chapiteau

Lieu de fête, bar bio et club emblématique de la cité phocéenne, Le Chapiteau de Marseille est devenu un lieu de référence depuis cinq ans. Nouvelle ligne artistique, programmation entre concerts et DJ sets, alternatives éco-responsables… Rencontre avec son équipe à l’orée de sa réouverture.

En 2017, Mariana et Arnaud fondent Le Chapiteau dans un vaste terrain du quartier de la Belle de Mai. Entre lieu de fête, bar bio et dancefloor ouvert en hiver comme en été, l’ambition était de « proposer un lieu de liberté dédié aux cultures électroniques tout en inculquant aux publics le goût des produits sains et responsables », expliquent-ils. Ces deux amoureux de bonne musique y ont alors l’envie de proposer une programmation événementielle encore inédite à Marseille, de promouvoir une consommation bio et locale, le tout dans une atmosphère détendue et bienveillante. 

Non loin du modèle de tiers-lieu sans pour autant en être un, l’espace bar en journée vire rapidement au club une fois la nuit tombée, ainsi qu’en lieu de fête open air à l’arrivée des beaux jours. Un lieu multiforme aux différentes configurations et format de soirées, « où se succèdent les scènes locale, nationale et internationale dans un enchaînement presque naturel où les nuits se suivent et ne se ressemblent pas ».

Sur place, la fête côtoie une dizaine de terrains de pétanque, une carte au large choix de pizzas et tapas locales, un lieu où il fait bon d’une sieste à l’ombre des platanes ou de se former au swing avec une compagnie de danse marseillaise. 

Comment observez-vous la scène électronique de Marseille et son évolution ces dernières années ?

La scène électronique de Marseille est un vivier qui regorge de talents et ne cesse d’évoluer depuis plusieurs années déjà, à l’image de la ville elle-même, en fait ! Alors que la cité phocéenne souffrait d’une mauvaise image – largement véhiculée par les médias, les yeux sont aujourd’hui braqués sur elle : capitale de la culture en 2013, destination phare à l’aube de la pandémie et à présent berceau d’une scène alternative riche en revendications.

Si une multitude de collectifs et artistes existent déjà depuis un bout de temps, nous pensons que ce nouveau regard a très clairement influencé la prolifération de projets fertiles, qui ont pris racine à Marseille mais s’exportent facilement aujourd’hui. Certes, il y avait Sara Zinger, Mila Dietrich puis Maraboutage et Ttristana qui s’étaient déjà fait une place dans la scène nationale voire internationale, mais on identifie de plus en plus de talents marseillais qui contribuent à faire vivre la scène locale et nationale.

C’est une sphère globalement solidaire, dont les maillons collaborent étroitement entre eux et investissent bien volontiers les lieux de culture et de contre culture : des endroits plus institutionnels – comme le Chapiteau par exemple – et d’autres qui le sont moins, notamment le Meta qui a pas mal fait parler de lui ces dernières années ou encore tous les spots de free que Marseille et ses alentours ont à offrir aux fêtards. Ce qui est marrant, c’est que la plupart des artistes de la scène électronique locale voguent entre ces deux types de lieux, c’est un monde moins cloisonné en interne même si les DJs sont très attachés à leur empreinte locale.

D’un autre côté, on observe quand même une certaine décentralisation de la fête : ce sont maintenant les collectifs et artistes des quatre coins de la France qui viennent à nous et de nombreuses soirées s’exportent parce que Marseille est tout simplement devenue plus attractive… et qu’elle en a encore à bien revendre, c’est certain !

Côté programmation, quels concepts mettez-vous en place pour l’année à venir (formats, artistes, collectifs…) ? La ligne artistique mêle à la fois talents confirmés, émergents et scène locale ? 

Le Chapiteau, c’est un peu un savant mélange de tout ça : encourager les talents émergents qui nous ont touchés en leur offrant un espace où ils pourront se produire, promouvoir la scène locale qui nous est chère et porte fièrement les couleurs de Marseille et de ses environs, et enfin inviter des artistes de la scène internationale tout en adoptant des prix accessibles pour que tous les publics puissent en profiter. Organiser un tremplin pour jeunes DJs un soir et convieanr Chloe, Louisahhh, La Fraicheur ou Pablo Bolivar le lendemain, c’est donc tout à fait vraisemblable pour un lieu comme le nôtre !

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On essaie aussi de faire venir nos artistes et collectifs coups de cœur de la scène nationale pour les faire découvrir au public marseillais : Hors Sol, Barbi(e)turix, Microclimat, Bande de Filles, Make It Deep, Quartier Libre ou encore Glittoris de Paris, Lab’Elles de Lyon et Montpellier, Boussole Records de Toulouse, Damon Jee de Biarritz et tant d’autres, parfois au-delà des frontières comme Darkart Records ou 2000 and One ou Healdreams… 

Concernant nos concepts et formats, il nous tient à cœur de nous renouveler au fil des saisons pour offrir des soirées qui correspondent aux attentes de nos publics. Pour 2021-2022 par exemple, nous avons lancé de tous nouveaux concepts de soirées correspondant aux esthétiques musicales qui nous paraissaient représenter le Chapiteau : Digression pour la techno qui tabasse, House Sweet House pour la house, chouRAVE pour la rave, OK Boomer pour les années 70s, 80s, 90s et 2000, Bass Tempo pour la drum&bass, Global Warning pour les soirées regroupant des artistes aux influences des quatre coins du monde…

Ces événements s’ajoutent aux concepts qui avaient déjà fait leurs preuves jusqu’ici, comme la BRUT ou la soirée avec le collectif résident Animals Industry, toujours tournées vers la techno, les légendaires dimanches Dub’n’pétanque ou encore les événements Rinse, dans le cadre de notre partenariat avec la webradio. Les esthétiques électroniques sont donc reines ici, mais la programmation est variée car il en faut pour tous les goûts.

Le Chapiteau est aussi un lieu responsable. 

Il s’agit en effet du premier bar bio qui s’est installé à Marseille. Nous étions désireux de proposer une alternative responsable et locale dans la mesure du possible, ce qui se ressent évidemment dans notre offre de boissons et de nourriture.

Nous collaborons avec des producteurs sensibles aux questions environnementales, qui partagent nos valeurs : la Brasserie Orgemont, spécialiste en agroforesterie, fournit la bière française, et la Brasserie Lion, la bière belge, les Chais du Fort proposent le pastis bio qui est servi au Chapiteau, toute notre carte des vins ainsi que nos alcools hard sont bio et accessibles. Tous nos softs, allant du soda aux jus en passant par les sirops, sont également bio. En revanche, pas question de gonfler les prix, l’objectif étant de proposer des produits de qualité à un tarif toujours abordable et bien en deçà de ceux pratiqués sur le marché.

Nous travaillons aussi avec Club Maté, qui nous fournit d’une part leur boisson énergisante naturelle et d’autre part du mobilier recyclé à base de leurs typiques caisses à bouteille jaunes, qui s’ajoute à notre propre mobilier exclusivement conçu à partir de palettes. Enfin, il va de soi que tous nos verres sont consignés et que les pailles sont formellement bannies de notre enceinte. 

Ensuite, plus globalement, on souhaite aussi que notre démarche artistique soit tout aussi responsable : pour les bookings, on évite les trajets en avion et on profite de la présence de certains artistes dans notre région pour les programmer à ce moment-là. Nous sommes également en train de travailler sur un projet de charte à destination des DJs pour les encourager à adopter une attitude éthique et responsable, tant lors de leur passage au Chapiteau que dans tous les lieux où ils se produisent. 

Le lieu met en place un système de prévention, vous nous en parlez ?

La sécurité et la prévention font partie des préoccupations centrales du Chapiteau depuis sa création. Nous souhaitons que les personnes qui foulent notre dancefloor se sentent à l’aise en toutes circonstances et qu’elles soient libres d’être elles-mêmes dans un environnement respectueux de toustes. 

Nous avions déjà mis en place une campagne d’affichage et engagé une équipe toujours prête à réagir en cas de problème, mais nous avons décidé en 2021 de pousser davantage la prévention sur les lieux en déployant un dispositif englobant qui permette d’agir sur un maximum de points.

Celui-ci inclut deux chartes public et équipe, que nous demandons à toutes les personnes présentes au Chapiteau de scrupuleusement respecter, un protocole de prise en charge des victimes couvrant un large panel de situations en rapport avec les VSS, la RDR et les agressions physiques, verbales et oppressives, une campagne d’affichage ciblée, la mise à disposition de matériel de prévention en partenariat avec l’association Plus Belle la Nuit, la mise en place d’un numéro d’urgence en cas de problème et la formation complète de nos équipes.

© isisdepoche

Il s’agit aussi de nous assurer que les publics ont bien pris connaissance de notre politique et de nos valeurs, en les informant d’emblée lors de leur entrée sur les lieux que nous ne tolérons aucune agression ou comportement à caractère sexiste, homophobe, transphobe, grossophobe, validiste et plus globalement oppressif et que nous nous tenons à leur disposition si ils rencontrent un problème au Chapiteau. C’est donc avant tout un travail de médiation et d’anticipation pour que la fête soit et demeure un espace de liberté et de savoir vivre.

Et côté système-son ? 

La qualité sonore est aussi au centre de notre attention. En plus de la vingtaine d’enceintes disposées au plafond du club depuis son ouverture, nous avons mis en place un système en quadriphonie et en multidiffusion, qui a pour objectif de garantir un rendu sonore optimal. Nous avons aussi profité des fermetures imposées par la pandémie pour installer une cinquantaine de panneaux acoustiques, réadapter toutes les installations et refaire les câblages pour avoir plus de clarté et de précision sonores.

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