Photo à la une © Chloé Pernet

Samedi 16 janvier, à 14h, plusieurs collectifs, artistes et professionne.le.s du secteur culturel, mené par l’Union des collectifs festifs LGBT, appellent à un rassemblement citoyen à Paris et dans d’autres villes de France. Le mouvement se joint à la mobilisation de la culture face à la fermeture des théâtres, musées et cinémas, et l’étend à celui pour les libertés. 

Le nouveau mouvement Culture 4 Liberty, porté par les professionne.le.s de la culture et du secteur musical, appellent à un « large rassemblement citoyen » à Paris mais aussi dans toutes les grandes places des villes de France ce samedi 16 janvier, à 14h. Mené par l’Union des collectifs festifs LGBT, les organisateurs.trices souhaitent fédérer tout le secteur culturel dans un rassemblement pacifique entre discours, prises de paroles libres et interludes musicaux, pour faire valoir la « force des mots et la puissance de la musique » face à « la violence physique » et un « règne de la peur« .

Parmi les collectifs déjà engagés, PossessionFlash CocotteTrou aux Biches, Transgenik, La Toilette, MYST, Menergy, La Monarch, Barbieturix, Les Disques du Lobby, Discoquette, Fée Croquer, La Horde, La Creole, SocleMicroclimat et d’autres artistes hérités des musiques électroniques (dont Vitalic qui mixera pendant l’événement) ont établi le projet et rédigé un manifeste à lire ci-dessous. À Paris, le rendez-vous est fixé à la station de métro Daumesnil à 12h. 

Retrouvez toutes les informations sur l’événement Facebook, et vous pouvez d’ores et déjà rejoindre L’Appel de la Culture pour la défense des libertés en signant le formulaire en ligne ou en partageant le #Culture4liberty. 

LA CULTURE UNIE POUR LA DEFENSE DES LIBERTES
ASSEMBLEE CITOYENNE LE 16 JANVIER

La musique s’est soudainement éteinte il y a quelques mois, le monde de la culture s’est vu interdire de travailler il y a déjà presque un an et nous observons avec inquiétude que nos libertés individuelles, notre liberté d’expression, nos droits fondamentaux, notre art de vivre, notre démocratie sont également sur le point de s’éteindre.

Ne laissons pas mourir toute la force créatrice de notre génération sans réagir. Mobilisons-nous ! Réunissons-nous massivement samedi 16 janvier pour un rassemblement pacifique alternant discours, prises de paroles libres et interludes musicaux. Nous appelons à amplifier la mobilisation de « la culture contre la fermetures des théâtres, musées et cinémas » et à étendre le mouvement de « la marche pour les libertés ». Faisons en sorte que toute sorte de violence physique cède la place à la force des mots et à la puissance de la musique.

Artistes, créateur.trice.s, danseur.euse.s, musicien.ne.s, intermittent.e.s, technicien.ne.s, producteur.trice.s de soirées, de spectacles, de festivals, de collectifs de soirées LGBTQI+, de freeparty, et tou.te.s les professionnel.le.s de la culture, unissons-nous, utilisons nos savoirs, nos techniques et nos compétences fédératrices pour libérer la parole que les confinements et couvre-feux ont mis en sourdine. Libérons les débats à tous les étages de la société, et faisons de la créativité notre arme essentielle. Imaginons et esquissons les lignes du monde dans lequel nous voulons vivre et construisons les remparts contre les attaques menées contre les libertés. Faisons de l’art le vecteur de la contestation sociale et politique, par ses contenus et ses formes.

Organisons le samedi 16 janvier des rassemblements citoyens sur les places symboliques des villes et villages de France. Libérons la culture ! Défendons nos libertés !

Au moment où la crise économique s’annonce dramatique, les décisions gouvernementales poussent l’ensemble des professionnel.le.s dans la précarité. Les deux reports successifs de l’ouverture des lieux culturels des 15 décembre et 7 janvier sont un ultime coup de grâce porté au secteur. Environ 700 clubs ont déjà mis la clef sous la porte et plus d’un tiers sont menacés. L’ interdiction depuis bientôt un an des concerts, des clubs, des soirées alternatives pousse tout le secteur de la musique indépendante dans une grande souffrance économique et ce sont une nouvelle fois les artistes les premiers à en pâtir. Les cinémas n’ont vu affluer en 2020 qu’environ 30% de la fréquentation annuelle moyenne à tel point que l’on s’interroge sur leur survie et leur capacité de concurrencer les plates-formes numériques, les exploitant.e.s de salles de théâtre et de concert étouffés par les charges fixes n’arrivent plus à assumer les loyers et ont du enfermer des salles.

Beaucoup d’artistes, d’auteur.trice.s et d’acteur.trice.s du secteur sans statut ne reçoivent pas d’aide et nombre d’entre eux.elles sans revenus depuis plusieurs mois se trouvent aux portes de la pauvreté. La perte économique pour l’ensemble des festivals annulés s’estime entre 4 et 5 milliards d’euros et dans notre secteur composé à 80% d’indépendant.e.s plus de la moitié des acteur.trice.s de la culture risquent la faillite. En ayant désigné de façon partiale nos oeuvres et créations comme « produits non essentiels », les autorités gouvernementales ont réduit la culture avec un mépris sans pareil à un produit de consommation dont la société doit se passer en temps de « crise sanitaire ». La privation d’activité qui nous est imposée est en train de tuer la culture à petit feu, et quand les oeuvres meurent, le peuple meurt avec elles.

Notre sentiment d’injustice augmente quotidiennement à la vue des métros bondés et des foules poussées à s’agglutiner dans les grands magasins, de la tenue autorisée de d’offices religieux de 800 personnes quand les cinémas, les musées, les théâtres restent fermés malgré leur aménagement adéquat pour accueillir des jauges restreintes et appliquer des protocoles sanitaires strictes.

Cette mise en péril dramatique du secteur culturel a été entamée dès les premiers jours du confinement de mars. La musique, le théâtre, le cinéma se sont soudainement éteint et nous observons avec inquiétude que nos libertés individuelles, notre liberté d’expression, nos droits fondamentaux, notre art de vivre qui constituent le socle de notre démocratie sont sur le point de s’éteindre.

En septembre dernier, nous étions alors sortis de l’état d’urgence, quand des lieux comme Disney Land où LePuy du Fou étaient autorisé à accueillir 5 000 personnes, des effectifs de dizaines de policiers armés et cagoulés ont pénétré dans trois soirées LGBTQI+ accueillant quelques centaines de personnes dans le respect des normes établies. Ils ont arraché et perquisitionné le matériel, ont évacué sans ménagement toute une frange de notre jeunesse pour signifier que « la fête est finie ».

Des artistes, musiciens et comédiens de rue ont reçu des amendes alors qu’ils partageaient paisiblement leur art. Le 29 septembre, la préfecture du Morbihan a non seulement interdit les rassemblements festifs à caractère musical, mais aussi la circulation de véhicules transportant du matériel de musique. Depuis les fêtes de noël et du nouvel, des organisateurs d’évènements festifs ont été mis en examens ou écroués pour « mise en danger de la vie d’autrui » et chaque producteur.trice de la vie culturelle bravant aujourd’hui l’interdiction d’exercer sa profession se verrait criminaliser de la sorte.

Nous, ces millions de femmes et d’hommes, artistes, actrices et acteurs de la culture sommes rongé.e.s par l’angoisse de l’incertitude. Regardant chaque jour la précarité se rapprocher du rideau de nos scènes vides, nous répondons qu’en ces temps de crise nos créations sont indispensables et sont l’essence même de notre société. Nos arts soignent, nourrissent, élèvent, enseignent et en sont le ciment.

« Sans les cultures de la nuit, les théâtres, les opéras, les bals, les boites, les clubs où l’on s’élève comme nul par ailleurs, où l’on socialise sans entrave, où l’on se libère, apprend à se connaitre, la société fait bien plus que perdre sa soupape, elle se dégrade, se détraque. » (Manifesto XXI)

Le manque de sociabilité et la fermeture des lieux dédiés fragilise la santé physique et mentale de la jeunesse. Depuis les confinements successifs, plus de la moitié des jeunes de 18 a 30 ans présentent des troubles du sommeil et sont inquiets pour leur santé psychique et les jeunes LGBTQI+, d’autant plus vulnérable à l’isolement social, subissent une augmentation sans précédent des violences physiques et verbales dans leur cadre familial.

Nous refusons de laisser sombrer la culture face aux inconséquences des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron. La gestion de cette crise sanitaire s’avère toujours plus incompétente et aggrave une situation économique déjà profondément fragilisée. Ne laissons pas mourir toute la force créatrice de notre génération sans réagir. Mobilisons-nous !

Artistes, créateur.trice.s, danseur.euse.s, musicien.ne.s, intermittent.e.s, technicien.ne.s,producteur.trice.s de soirées, de spectacles, de festivals, de collectifs de soirées LGBTQI+, de free party,et tou.te.s les professionnel.le.s de la culture, unissons-nous, utilisons nos savoirs, nos techniques et nos compétences fédératrices pour libérer la parole que les confinements et couvre-feux ont mis en sourdine. Libérons les débats à tous les étages de la société, et faisons de la créativité notre arme essentielle. Imaginons et esquissons les lignes du monde dans lequel nous voulons vivre et construisons les remparts contre les attaques menées contre les libertés. Faisons de l’art le vecteur de la contestation sociale et politique, par ses contenus et ses formes.

Les arts, les lettres, la danse, la musique, le théâtre, le cinéma ont de tout temps été les penseurs et les créateurs des libertés. La multitude de pensées et d’oeuvres conjuguées ont dessiné par leur grande diversité et leurs harmonieuses contradictions ce qui fait aujourd’hui notre culture, celle du pays des lumières, des libertés, des droits de l’Homme et du citoyen.

Aujourd’hui plus que lors des sept dernières décennies, la culture doit défendre nos libertés.

Organisons ce même jour des rassemblements citoyens sur les places symboliques des villes et villages de France.

Libérons la culture, Défendons nos libertés !

1-Nous demandons l’abrogation totale des projets de loi « Sécurité Globale » et plus précisément l’article 25 qui permettra à des agents de police de pénétrer armés dans des ERP en dehors de leur service. Une mesure extrêmement dangereuse bien plus permissive que ce qu’autorise le droit américain!

2- Nous nous opposons fermement au projet de loi de « Gestion pérenne des urgences sanitaires » qui intégrerait l’état d’urgence sanitaire dans le droit commun et constituerait la plus grave atteinte à nos libertés individuelles et collectives fondamentales. Une fois cette loi votée, la France entrerait dans un état d’urgence sanitaire permanent et suspendrait l’ensemble de nos libertés fondamentales: la liberté d’entreprendre, la liberté de rassemblement, la liberté de se déplacer, la liberté de réunion … aux décisions du premier ministre. L’organisation de tout rassemblement culturel serait rendu illicite et ses organisateurs criminalisés, par ordre du premier ministre « selon la situation sanitaire ».

3-Nous appelons à la création urgente d’un large processus de réflexion et de consultation citoyenne sur l’état des libertés fondamentales et des instances qui les protègent.

4- Il est vital que nous puissions reprendre nos activités. Nous demandons qu’un protocole sanitaire soit enfin déterminé à échelle nationale et que son application soit le seul critère pour autoriser nos activités au regard des contraintes sanitaires de la Covid-19. Nous savons tous que nous allons devoir vivre avec le virus pendant plusieurs mois encore, nous devons être fixés sur les conditions qui permettent d’exercer nos activités.

La culture dans toutes ses formes d’expression doit survivre à la période actuelle.

5-Nous demandons que des événements en plein air, dits « open air », puissent se dérouler dans des espaces publics désignés, à dates fixes et régulières. Ces événements permettront à des acteurs du secteur musical et culturel de s’exprimer librement et gratuitement. Il faut sanctuariser des rassemblements festifs à vocation non commerciale qui sont des terrains d’expérimentation du « vivre ensemble », de la fraternité et de la citoyenneté.

6- Nous revendiquons une augmentation « significative » des budgets alloués à la culture et une réorientation de leurs fléchages. Les 5 milliards d’aides que l’Etat a alloué à la culture pour faire face à la crise sanitaire sont insignifiant face aux 50 milliards d’euros d’aides que l’Allemagne a apporté au secteur culturel. Le déséquilibre entre les 81 millions d’euros d’aides pour le seul Opéra de Paris face aux 2 millions d’euros d’aides pour les 400 festivals est porteur d’un cynisme méprisant.

7-Nous demandons d’être considérés au même titre que tout acteur de la culture et donc d’être « à la table » des discussions avec le Ministère de la Culture et sous sa responsabilité et non pas celle du Ministère de l’Intérieur. Nos activités sont avant tout culturelles, nous voir uniquement sous l’angle du débit de boissons revient à nier l’art que nous réalisons et les communautés que nous défendons.

8-Les évènements que nous organisons sont des refuges pour nos communautés respectives. Nous cultivons les identités et les valeurs intrinsèques à ces communautés et nous expérimentons les dispositifs qui permettent de défendre nos publics (réduction des risques, lutte contre le harcèlement sexuel, lutte contre les discriminations…).

9-Nous demandons l’abrogation de l’amendement de la loi sur la sécurité quotidienne de 2001 (dite la loi Mariani), qui permet aux forces de l’ordre de saisir arbitrairement le matériel de sonorisation.

10-Nous demandons que l’article 25 de la loi de sécurité globale soit retiré. Cet article autorise les membres de la police et de la gendarmerie à porter leurs armes en dehors de leur service dans les établissements recevant du public, sans possibilité de s’y opposer. Nous sommes convaincus que nous ne serons plus en sécurité avec cet article, au contraire, nous risquons encore d’y perdre nos libertés.

11-Concernant le projet de loi prorogeant le régime transitoire institué à la sortie de l’état d’urgence sanitaire, nous appelons à la vigilance pour que ne rentre pas dans le droit commun la possibilité que les préfets ordonnent des fermetures administratives sans autre justification que la crise sanitaire.

12-Nous demandons la création de Maisons Publiques des Musiques Électroniques à échelle nationale, qui permettront de rassembler publics et acteurs de ces musiques dans tous les départements français. Ces lieux permettront de cultiver la création musicale et scénographique, le dynamisme événementiel et la promotion des arts de la fête, quel que soit le contexte sanitaire et économique.

13-Nous demandons la création d’un cadre de soutien à la culture des musiques électroniques qui permettra la création d’un fond d’aide à destination de tous les acteurs de ce milieu.

14-Nous demandons la création d’un nouveau statut simplifié permettant aux acteurs des musiques électroniques de sortir du cadre de l’auto-entreprenariat ou de l’associatif bénévole et d’être mieux identifié des pouvoirs publics.

15-Pour les événements dont la tenue a été officiellement validée par les pouvoirs publics (mairies, préfectures, etc.), nous exigeons la prise en charge rétroactive des frais d’annulation par l’Etat lorsque l’annulation est relative au risque sanitaire.

16-Au vu de la crise actuelle, nous appelons à l’organisation d’Etats Généraux des Musiques Électroniques et des Citoyen.e.s qui permettront de travailler avec nos interlocuteurs publics sur des pistes de sortie de crise et une reprise vitale de nos activités.