Dans le vaste monde de l’upload et des RIP, l’équipe des Yeux Orange, basée à Paris, semble régner en maître des lieux. Il y a quatre ans, ses deux fondateurs réunissent leur passion commune pour la musique électronique  et commencent à uploader sur leur chaîne Youtube, proposant également des podcasts de qualité jusqu’à entamer l’organisation dynamique d’évènements pour fédérer cette communauté inépuisable de collectifs, d’artistes et de publics.  Rencontre avec ces diggers hors pair, à la sélection on ne peut plus qualitative. 

Première question toute en simplicité : pourquoi « Les Yeux Orange » ? Vous nous présentez l’équipe ?

C’est une référence aux paroles d’un morceau de Jean-Pierre Castaldi, « Le Troublant Témoignage de Paul Martin » (qui a été remixé par le japonais KZA il ya quelques années). Au sein de l’équipe, il y a Noctambulo et Humangigz qui ont monté le projet il y a quatre ans, et Alan Dente qui a rejoint le crew il y a un peu plus de deux ans.

Comment en êtes-vous venus à la musique électronique ? Avez-vous chacun une affinité particulière avec un genre ou sous-genre qui s’y approprie ?

Noctambulo et Humangigz se sont rencontrés à l’époque dorée du forum et de la webradio CBS, créée par I-F dans les années 2000, et se sont donc beaucoup nourris d’Italo, de minimalwave, de cosmic disco et autres musiques vintage même s’ils écoutaient déjà de la techno et de la house. Alan Dente lui a découvert la musique électronique via le disco à Manchester au début des années 2010. Nous avons chacun des affinités plus ou moins marquées avec des sous-genres mais il est difficile d’en choisir un en particulier, car c’est assez réducteur. Allez, puisqu’on aime tous la disco d’une certaine façon, on va choisir ce track de Cappuccino.

D’où vous est venu l’envie de créer une chaîne Youtube ? Était-ce parce que vous aviez le sentiment que nombre de bons disques ne s’y trouvaient pas, et qu’il était temps de proposer du contenu exclusif ? Comment on tire son épingle du jeu dans l’univers du digging Youtube ? Suivez-vous, vous mêmes, d’autres chaînes de digging ?

L’idée de départ était en effet de partager des morceaux encore absents de Youtube, pour les faire découvrir. C’est vrai que l’on propose du contenu assez éclectique, avec d’une part des morceaux tout juste sortis, et de l’autre des vieux disques trouvés en brocante ou sur internet et numérisés. Il n’y a pas vraiment de règle pour tirer son épingle du jeu, on se contente de chercher de la musique et de la mettre en ligne, avec plus ou moins de régularité. On suit aussi d’autres chaînes youtube qu’elles soient orientées pur digging comme par exemple Knacki Dancing, Okonkole y Trompa, Creme2lacreme ou nouveautés comme Slav, Hurfyd ou ooukfunkyoo.

À partir de quel moment se décide-t-on à passer d’une simple aventure passionnée à la création d’une entreprise ? Êtes-vous confrontés aux droits d’auteur au quotidien ? Comment y palliez-vous ?

Les choses se sont faites progressivement, mais il est vrai que le démarrage de nos deux labels (Les Yeux Orange et Good Plus) ont vraiment accéléré le processus. C’était notre aspiration première depuis le début, donc on ne va pas s’en plaindre. Quant aux droits d’auteur on y est confronté de temps en temps avec les « strikes » sur Youtube, notre premier channel original ayant été fermé. On a donc créé plusieurs chaînes pour ne pas prendre trop de risques, jusque là ça a plutôt bien marché.

Quelles sont vos différentes méthodes de digging ? Si vous deviez choisir entre Soundcloud et Youtube, quelle est la plus riche mine d’or ?

En général, on emploie plutôt le terme de « digging » pour désigner le fait de chercher des vieux disques en brocante, vide-greniers, marchés aux puces, magasins d’occasion etc. C’est une activité qui prend du temps et que l’on ne pratique plus autant que les « hardcore » diggers, même si on le fait de temps en temps pour le plaisir. Pour la recherche de nouveautés, on se sert beaucoup des réseaux sociaux, ainsi que des différentes plateformes de vente en ligne telles que Juno, Clone, HHV ou Piccadilly Records pour n’en citer que quelques-unes. Entre Youtube et SoundCloud, tout dépend de la manière dont on s’en sert, mais SoundClound est bien plus riche quand il s’agit d’écouter des mixes ou des démos et autres « unreleased » d’artistes. Chaque plateforme a ses spécificités.

Si on vient chez vous, quel est :

– Le disque le plus improbable qu’on pourrait y trouver :

– Le plus ancien :

– Et si on venait prendre un café, lequel vous nous proposeriez de mettre en fond sonore ?

Mais là encore, difficile de n’en choisir qu’un !

LYO, c’est aussi un label avec déjà deux sorties signées par Wav Fuzz et N.stal. À l’écoute, on remarque que chaque disque a son propre univers, et se synchronise au niveau des sonorités, du titre, et de l’effet recherché. Comment se sont passées ces deux collaborations? C’était important de proposer une sortie française après avoir signé un premier EP made in USA ? Une prochaine sortie à venir ?

Les deux collaborations ont été assez différentes. On suivait Wav Fuzz sur SoundCloud depuis un moment, et on l’a contacté pour qu’il nous envoie des démos. Évidemment, puisqu’il est à Portland, les échanges se sont faits par internet. En revanche, pour n.stal, c’est lui qui nous a envoyé des morceaux au fur et à mesure, qui nous ont plu au milieu de la masse de démos enuuyeuses que l’on reçoit, et on l’a un peu aiguillé pour obtenir les trois tracks de l’EP. Il était en effet important pour nous de proposer une sortie d’un producteur français après Wav Fuzz, qui plus est parisien, simplement pour pouvoir le faire jouer à Paris ! On travaille actuellement sur une prochaine sortie mais il est un peu tôt pour en parler.

Plus c’est long plus c’est bon, puisque vous proposez déjà également près de 80 podcasts. Pour vous, quels sont les ingrédients pour proposer un bon set ? Avez-vous eu un coup de coeur parmi ceux déjà proposés ?

Pour proposer un bon podcast, il faut avant tout une sélection originale voire inédite. La fluidité du mix est importante aussi, mais ce n’est pas forcément indispensable. Certains DJs choisissent de faire une sélection sans mixer, ça ne nous dérange pas. Parmi nos coups de coeur on peut compter les podcasts de Charles Bals, SpAcelex, Mark Du Mosch, mais il y en a trop pour tous les citer.

Le 11 mars, vous êtes de retour à La Rotonde Stalingrand, où vous avez déjà organisé plus d’une dizaine d’évènements. On suppose que c’est devenu une solide collaboration entre vous ?

Quand on a commencé à organiser des soirées à La Rotonde, le Mini Club venait juste d’ouvrir, et la nouveauté de l’endroit nous a tout de suite attiré. Le son est bon, l’espace est bien agencé avec une large terrasse au fond de la salle, et les prix de l’entrée et des consommations sont très corrects pour un club Parisien. La capacité est certes réduite mais le public est présent à chaque fois à nos soirées, c’est ce qui compte le plus pour nous au final !

Les 5 meilleurs tracks que vous avez proposé selon vous en janvier 2017 ?

Tapan – Tarantella (Black Merlin Remix)

Ogris Debris – Lazer Gun (Adesse Versions Remix)

Octo Octa – Alt Dusk

Kimopots – Synthetic

Black Merlin – Hope

Ok, ça fait beaucoup de Black Merlin mais l’anglais est bien chaud en ce moment !

Chez Dure Vie, notre devise c’est : « La vie est dure, on vous l’adoucit ». Et on pourrait clairement l’appliquer pour vous ! Personnellement, qu’est-ce qui vous rend immédiatement la vie plus douce ?

Le soleil ! Pas seulement car c’est un ensemble de choses, mais c’est vrai que la perspective de jouer dans des festivals cet été adoucit considérablement notre vie de Parisiens parfois moroses (rires).

Évent 24 févrierLa Confirmation w/ Irène Drésel – La Colloc – Les Yeux Orange

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