Crédit photo : Nicolas Kern

Symbole d’une musique électronique qui brise depuis plus de 15 ans les barrières entre techno, disco, new wave, punk, rock et pop, Pascal Arbez-Nicolas alias Vitalic traverse et fédère les générations depuis ses débuts, avec son fameux « Poney EP » sorti en 2001 sur le label de DJ Hell (Gigolo Records). Profondément inspiré par l’electro-clash et la french touch qui l’immergent hors de la techno des années 90, Vitalic est ce mélange entre vitamine, live et profond secret, à l’insatiable soif musicale de découvertes, de couleurs sonores et machines en tous genres. « La Rock », « My Friend Dario », « You Prefer Cocaïne », et puis les albums plus récents Rave Age et Voyager explorent plusieurs chapitres de la vie de ce commandant de bord. Sans fioritures, la musique de Vitalic est franche, puissante et assumée, à l’image de celui qui la façonne, réaliste, presque pragmatique, toujours guidé par son instinct. Vitalic sera en live pour l’émission Cercle à la Rotonde Stalingrad à Paris le lundi 20 novembre.

Dima, Vitalic : pourquoi des noms à consonnances russses ?

Ce sont des noms qui sonnent bien et qui évoquent mes premiers voyages en Ukraine ou en Russie. J’ai commencé à voyager là-bas assez jeune, je devais avoir 16 ans… j’y allais pour découvrir la langue et le pays.

Des producteurs russes qui t’ont inspiré ?

J’y suis allé juste après la chute du Mur, du coup il y avait très peu d’electro, un petit club, mais rien de transcendant. Donc non pas vraiment.

Tu sors d’abord des releases sur vinyle. Dima qui explore la techno/acid, Hustler Pornstar qui touche presque du doigt la vraie house Chicago, ou l’univers sombre des raves industrielles avec Vital Ferox. À quel moment tu as eu envie d’ouvrir les portes à Vitalic et de faire autre chose ? 

À la fin des années 90, je n’en pouvais plus de la techno et j’avais complètement envie de changer de projet avec la volonté d’ouvrir à d’autres choses dans l’électro. Quelque part, amener plus de mélodies aussi. La fin des années 90 a signé l’arrêt de Dima, c’est le moment où l’électro est arrivée avec le label Gigolo Records, il y avait du Jeff Mills de supermarché au large. Ça ne me suffisait plus, et je n’étais pas le seul. On a écouté ce son-là de 1993 à 2000, 7 ans sur le même son qui, d’ailleurs, revient à la mode aujourd’hui ! C’est pour ça que quand Gigolo est arrivé, ça a tout bouleversé. J’ai voulu complètement changer de son et en faire partie. Ça c’est fait simplement : j’ai envoyé une demo.

C’est le courant electro-clash et la french touch qui t’ont porté ? 

Oui, je pense que c’était quelque chose de nouveau dans le sens où c’était électronique – mais pas que : ça amenait l’acid vers la funk, ça allait au-delà des rythmiques TR-909 et des sons classiques de techno…

Et c’est quelque chose que tu recommencerais ?

Oui peut-être, pourquoi pas ! Mais je sortirai des disques seulement si je pense y amener quelque chose, pas pour refaire ce qui a déjà été fait en 1993. Aujourd’hui c’est un peu ce que j’entends, et c’est bien cette nostalgie, c’est une bonne source d’inspiration dans la musique, mais pour ma part, ça ne m’intéresse pas de faire pratiquement la même chose. Il y a des choses qui cartonnent en ce moment et qui abusent de la TR-909, des boîtes à rythmes, et je me dis que c’est dommage dans l’électro qui est une petite industrie, ce serait bien d’y apporter de nouvelles techniques.

Je fais de la techno de mon côté, pour le live et aussi pour le fun, mais de là à sortir un disque de techno, je pense que le ferai quand j’estimerai que c’est valable. C’est très efficace, on est revenus à la rave, les kids redécouvrent cette sensation (un peu plus safe d’ailleurs qu’à l’époque) d’aller dehors, dans les warehouses, en banlieue, ils sortent des clubs… C’est bien que ça change et que ça tourne, mais par contre quand on a fait le tour de l’horloge, musicalement il n’y a pas de nouveauté. On se contente un peu de copier la new wave et la disco, mais même si Gigolo l’a un peu fait aussi, il avait quelque chose de nouveau : la façon d’amener les vocaux, les techniques avaient évolué, et c’est cette non-recherche permanente que je reproche un peu en ce moment. Ça aurait été bien de le dénaturer un peu – pas forcément de l’améliorer !

En parlant de machines, la toute première que tu as acquise ? Quelle excitation tu avais ? 

C’était un MS20 de Korg. C’était génial parce que je n’y connaissais rien du tout, et j’étais devant ce truc qui ressemblait à un standard téléphonique sans rien y comprendre ! J’ai été complètement aveugle pendant quelques semaines, puis petit à petit on se rend compte que tel bouton fait telle chose sans pouvoir mettre de nom dessus, et c’est cet inconnu qui a façonné mon son d’une certaine façon.

Avec le développement des logiciels, tu trouves que la production s’est banalisée ou au contraire qu’elle ouvre des portes encore plus grandes ? 

Je pense que plus l’accès à quelque chose est simplifié, meilleur c’est. C’est vrai que quand j’ai commencé les machines étaient hors de prix, c’était difficile de trouver de l’information avec les débuts d’Internet excepté quelques forums… En somme bien loin de ce qui se passe maintenant, mais c’est une bonne chose.

Tu as notamment fait un live avec le magazine Future Music dans ton studio. Quelle vision as-tu de cette démocratisation  de la production ?

Franchement il y a des kids qui ont un bien meilleur niveau que moi, alors que ça fait 15 ans que je suis là ! C’est parce qu’ils s’y sont mis très tôt. À l’époque où j’ai commencé la production était complètement secondaire, c’était cool si le son était bon ou pas bon, l’important c’était quand on en trouvait un nouveau. C’est vraiment à partir de 2006 qu’on a complètement intégré l’aspect de la production dans un morceau.

Tu es heureux d’avoir pu vivre pleinement les années 90 ?

Je suis content d’avoir commencé à cette époque-là parce que j’ai quand même connu ce truc du vinyl, du CD, et le turnover était quand même plus lent, du coup on s’affichait plus « musiciens », et ça demandait un certain effort pour aller chercher un morceau. Mais j’adore notre époque, je peux chercher un morceau sur mon téléphone à 3h du matin que je sois en Roumanie ou en Espagne ! En fait je suis heureux d’avoir pu vivre les deux.

Et comment tu as vécu l’entre-deux ? 

Je pense qu’on a mal vécu cette époque, tout en aimant ce qu’Internet a pu apporter. On a eu peur de voir ce niveau de production devenir presque professionnel par des gens qui sortaient de nulle part, et puis surtout de se dire « merde, on vend plus de disques, comment on va faire ?« . C’était à la fois de la peur et de l’excitation parce qu’on était en plein dedans, mais c’était surtout l’inconnu.

Tu as commencé par le live avant de savoir tourner des disques. Quelle autonomie et quelle liberté procurent l’un et l’autre ? 

Je n’ai jamais réellement mixé sur vinyle parce que je ne suis pas DJ, je joue plutôt live oui. Avec le live, j’ai un contact direct avec les machines, je pense que c’est ça qui me plaît. Aussi ce côté aussi instantané, où quand je veux passer d’une séquence à l’autre, je le fais. Il y a ce truc vraiment sur le moment qui est très plaisant, et qui est moins possible sur le DJ set. Pour les DJ sets je coupe beaucoup mes morceaux, je les retourne, j’en fais des sortes de remix, mais malgré tout tu peux changer de style tout d’un coup dans un DJ set alors que c’est plus compliqué dans le live. Mais j’y trouve plus de liberté sur la durée et le contenu, ça dépend comment tu veux l’amener. Je m’amuse bien en DJ set, ça me fait du bien, ça m’aère par rapport au live où je joue exclusivement ma musique, mais mon exercice c’est vraiment le live.

On peut être très créatifs dans les deux, certains DJs ont le talent de vraiment sentir le public et de s’adapter, alors que pour ma part, je suis quelque part plus fermé en DJ set parce que j’impose mes trucs, même si ça n’est pas à la mode, même si ça n’est pas le son du moment. Si j’ai décidé coûte que coûte de mettre tel vieux morceau, je le fais quand même. Je ne suis pas un DJ qui va vraiment regarder la piste de danse ou la suivre – c’est t’aime ou t’aime pas (rires).

 

Pour reparler de l’époque de Gigolo, à l’époque j’habitais en Angleterre et DJ Hell était le patron du club The End (l’équivalent du Rex à Londres), et un soir il a complètement vidé la salle parce que je pense que le public s’attendait à quelque chose de plus techno, à la Jeff Mills. Je me souviens qu’à la fin on n’était plus beaucoup, et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris que c’était le DJ qui allait tout changer chez moi. Il a mis du Donna Summer, des trucs déglinguos, et c’est ça qui m’a fait passer à Vitalic.  Je ne prétends pas être un grand DJ et donc amener un peu le futur de la musique (parce que le live reste ce que je préfère faire), mais c’est ça qui me maintient en vie. Si ça plaît pas, tant pis !

En parlant de ça, j’ai l’impression que plus tu risques, plus tu cherches à faire des choses hétérogènes et à brusquer ton public, plus il s’emballe jusqu’à devenir intransigeant et te catégoriser « EDM » pour ton album Rave Age. La critique, ça te mine ou ça te stimule ? 

Je pense qu’il faut être en accord avec soi-même sur le moment. Quand Rave Age est sorti, j’étais d’accord avec ce que je faisais. Avec le recul ça n’est pas celui que je préfère, même si « Stamina » est devenu le tube de mon live et que tout le monde devient dingue dessus. À l’époque j’étais vraiment dedans, je voulais mélanger cette techno un peu live, faite vraiment pour la foule, avec quelque chose de pop. Ça n’a pas été bien interprété, encore une fois ce n’est peut-être pas le meilleur, mais à l’époque je l’ai vraiment fait avec mon cœur ! Du coup je ne regrette pas. C’est vrai que je m’en suis pris pas mal quand Rave Age est sorti, mais tout le concept autour – faire un album live en studio pour être la bande-son d’une tournée avec des morceaux très rock et des morceaux plus pop, je trouvais ça arty. Dans ma vision du moins, c’était arty. J’ai cherché à faire une sorte de vision warholienne de l’électro entre un mélange pop et des choses qui flirtent avec les bords, finalement c’était ça l’idée un peu dangereuse. C’est vrai qu’il est dur à l’écoute vu que c’était prévu pour être une bande son d’un live.

Je pense qu’il y a toujours eu ce sens critique. Quand j’étais ado, les gens étaient hyper hardcore. Il y a certains disques que je n’étais pas prêt à écouter et auquel je me suis acclimaté des mois ou des années après, mais je pense que cette époque là m’a donné sens, et comme en électro le public est en bonne partie assez jeune, donc ça va avec. Après il faut regarder son « œuvre » (même si c’est un peu pompeux), tout ce que j’ai fait depuis 97/98, et voir tout ce que ça raconte avec peut-être des moments où ça matche avec les gens, des fois pas, mais je pense que c’est l’ensemble qui compte. Au moment où je l’ai fait en tout cas ça avait un sens pour moi, et c’est ça qui est important.

Tu disais dans une interview « parfois même je me sens un peu esclave des attentes de ma musique en terme d’énergie ». La musique, c’est un moyen de se dépasser pour toi ?

Quand j’y arrive, c’est là où c’est gratifiant. Si t’écoute uniquement le public, tu vas à ta perte, ça c’est sûr. C’est la différence entre un producteur et un musicien. Même Rave Age qui est un peu à part, je n’ai pas écouté mon public, je n’ai pas fais ce qu’on attendait de moi, et parfois ça demande une sorte d’effort – parce que ce serait peut-être plus facile de faire ce qu’on attend précisément de toi. Mais ça n’est pas un gage de réussite parce que la musique, c’est surtout une histoire de moments. On parle encore de « La Rock » et « Poney« , les gens ont aimé ces tracks parce que c’était à un certain moment, aujourd’hui ça ne serait pas pareil si je le refaisais. C’est aussi ça qui fait la beauté de la composition et de la musique !

Tes albums ont tous des « couleurs différentes et leur propre direction » et pourtant ils ont le même « vocabulaire musical » (je te cite), tu avais envie de retracer l’histoire de ta vie en plusieurs chapitres ? 

Le vocabulaire musical vient de ma façon de faire de la musique, donc on retrouve des éléments sur tous les albums. Quelque part ce serait difficile pour moi de ne plus utiliser ce vocabulaire-là. Je pense que c’est à la fois une chance et une sorte de handicap, si je veux faire quelque chose de complètement différent ça me demandera vraiment un effort. C’est une sorte de « journal intime révélé » – donc pas si intime que ça, comme une sorte de bande son de ma vie, de mes moments rock, de mes moments techno, de mes moments disco… C’est vrai que si on met tous les EPs ensemble ça raconte ma vie oui, évidemment. Mais il y a des écrans, des doubles lectures et tout un réseau de filtres qui font que ça n’est pas lisible si facilement.

Quels sont les thèmes qui t’ont fortement inspiré et qui t’inspirent aujourd’hui ?

C’est marrant parce que je me rends compte que les thématiques viennent souvent après coup, elles naissent d’elles-mêmes, souvent sur la fin du travail. Je ne fais jamais de brainstorming, je préfère quand ça arrive en chemin. Par exemple Voyager est arrivé un peu avant l’aboutissement de l’album parce que je me suis rendu compte que tout était cosmique et que ça parlait beaucoup de voyages. Je me laisse souvent porter, c’est l’inconscient qui parle ! Sur mon premier album (OK Cowboy), j’ai même un journaliste anglais qui m’a expliqué mon album et je me suis dis « c’est vraiment ça!« , alors que je ne m’en étais pas rendu compte. Ça peut être des histoires personnelles, des films, la musique des autres m’inspire évidemment, des sensations, un peu de tout… Quand j’étais pilote j’étais à fond sur le thème des avions, puis des voitures, il y a aussi eu les road movies… J’ai des périodes comme ça.

Dans une autre interview tu disais « Je me demande parfois ce que je n’ai pas fais ? » Tu as semble-t-il essayé différentes choses dans ta carrière : croiser la techno, la new wave, le disco, le punk-rock, la pop moderne… Un style qui t’attirerait et que tu n’as pas encore exploité ? 

J’aimerais faire un album avec une sorte de piano/voix de synthétiseur. Pas la mienne malheureusement parce qu’elle n’est pas incroyable (rires), je ne pense pas avoir ce talent-là sinon je l’utiliserais plus souvent, pour l’instant c’est pour les petits vocaux un peu plus légers disons.

Vitalic c’est un peu le tube de médicament qu’on prend quand on a besoin d’un boost. T’es quelqu’un d’impulsif  de manière générale ou c’est juste une part de ta personnalité que tu incorpores dans ta musique ? 

Pas vraiment, en fait. Je suis plutôt l’eau qui dort mais dont il faut toujours se méfier. J’aime bien le terme « musique à planer » parce que je vois des musiciens qui savent très bien le faire, des morceaux très longs de plusieurs minutes, mais moi je n’ai pas ce talent-là. Ça n’est pas là où je suis le meilleur, du coup j’écoute ceux des autres sans en faire moi ! Mais c’est vrai que j’apprécie ça, oui.

Le côté rétro-futuriste sur ton dernier album Voyager, c’était voulu ? 

Oui, c’est complètement assumé. Encore une fois c’est un thème qui est venu de lui-même et qui suit son temps. Tu m’aurais dis il y a deux ans que j’allais faire un album avec une pochette où tu mettrais deux filles avec un arc-en-ciel dans l’espace, je t’aurais dis non ! Mais en fait, une fois que tout ça a été digéré, je suis allé jusqu’au bout.

Tu présenteras ton live ODC aux Nuits sonores cette année. On se souvient encore de ton incroyable live avec VTLZR. Tu nous en parles ? 

On va présenter un tout nouveau live qui raconte une histoire différente. VTLZR c’était en lien avec Rave Age, donc basé uniquement sur l’énergie, beaucoup de puissance, avec une mise en 3D du public dans la lumière. Là c’est un autre album, une nouvelle histoire, et ça racontera quelque chose de différent. Pour les musiciens c’est pareil, je suis le lien avec mon dernier album. VTLZR c’était une vision un peu rock de la techno, j’étais avec deux musiciens et on considérait cette restructure comme le « quatrième » musicien en fond de scène, alors que là c’est le cosmos, le voyage, la navette spatiale, et j’avais envie d’être seul aux commandes de mon matériel.

Comme un pilote ?

Oui c’est ça ! J’avais dis à l’équipe « je veux un cockpit et je serai pilote de ce cockpit« . C’est une bonne comparaison.

Les synthés Buchla semblent être ton péché mignon. Qu’est-ce qu’il a de plus ?

Il a une âme ! Et aussi une instabilité, quelque chose de très aléatoire qui fait que ça peut être souvent lui qui prend le contrôle sur toi et pas l’inverse. Il faut laisser faire ça d’ailleurs, c’est un peu la philosophie de la marque : laisser la machine faire sa vie. Comme je ne fais pas de la musique purement expérimentale ou du sound design, j’ai essayé de faire rentrer ça dans ma musique. Tu te laisses aller sur la machine pendant des heures et ça détermine des trucs très intéressant, voire inutilisables. Je suis spécialiste des bruits d’insectes en ce moment (rires), j’en fais comme ça, pour le fun, c’est pas très utilisable mais ça tape et ça peut emmener loin !

Aujourd’hui j’ai l’impression qu’on revient un peu à la musique concrete et à l’expérimental avec Jacques par exemple, comme pour se détacher un peu du sampling et revenir à une pure création du son. T’en penses quoi ? 

Jacques c’est quand même du sampling, c’est juste qu’il les met en boucle. Mais je trouve ça vraiment intéressant. Musicalement ça n’est pas vraiment mon truc, parce que pour le coup ce sont des boucles qui s’étalent et ça existe depuis un moment, mais par contre ce que j’adore c’est qu’il a SON truc, il est complètement en-dehors et il n’y a définitivement qu’un seul Jacques sur la planète ! C’est ça que j’aime et que je trouve attachant chez les musiciens, c’est quand le projet est unique, contrairement à des gens qui font des choses aux kilomètres et qu’on peut complètement interchanger.

Tu es musicien à la base ?

Oui je faisais du trombone au début, mais je n’en fais plus aujourd’hui.

Que penses-tu du débat inutile aujourd’hui entre « instrumentiste » et « musicien » ?

Pour moi on peut être musicien sans même faire de musique ! Je pense qu’un philosophe pourra être d’accord avec moi : on peut être des choses sans les pratiquer ou même les exercer. C’est une base à mon avis. Tu peux juste créer de la musique dans ta tête, créer des chansons et ça fait de toi un musicien.

J’ai beaucoup entendu parler de ce fameux tour bus qui t’accompagne souvent lors de tes tournées… Il a un petit nom ?

Non (rires). En fait on change de nom à chaque tournée, en fonction des lieux où l’on va. Le « Kangor Raclette Sexpop Tour » par exemple, ça c’était il y a plusieurs années. On donne le nom des villes et une activité qu’on y fait, ça varie !

Comment se passent tes tournées ?

On se retrouve à Nation le jeudi soir, on est en général une dizaine de l’équipe technique et quelques invités, et puis on se réveille le lendemain dans une autre ville. Le live est monté le matin, les balances l’après-midi, on joue, et puis on repart sur les trois dates du week-end. En fait, j’adore ça. Je me rends compte que quand je ne joue pas j’ai un peu tendance à m’ennuyer. Je suis incapable de partir en vacances 5/6 jours juste pour me reposer, si je ne joue pas quelque part des fois je n’en peux plus. En avril j’ai joué douze fois en douze jours, j’étais lessivé, là c’était trop, mais en général deux week ends sans jouer ça n’est pas du tout un cadeau pour moi – contrairement à d’autres artistes qui s’arrêtent pendant trois mois. Je me sens vite « sans vie ». J’aime tout dans son ensemble : le fait d’être avec une équipe, d’avoir un projet commun, ce mouvement-là qu’on a à être ensemble sur la route, il y un côté très fun, on s’entend très bien et c’est vraiment plaisant. C’est aussi gratifiant d’avoir un public très réceptif. C’est tout un ensemble de choses.

Les tracks de l’album sont accompagnés d’un clip et les pochettes en sont toujours léchées. Tu penses qu’une image peut tout autant capter que la musique ?

Je pense même que c’est parfois plus important que la musique ! Il n’y a pas que mon image, il y a aussi l’image du projet, l’histoire personnelle… Je pense que si j’avais appelé mon Poney EP juste « Pascal Arbez » (ndlr: son vrai nom) sur un petit label électro français, ça n’aurait pas eu le même impact. Ma fausse biographie, le fait que j’arrive par derrière, en me cachant, tout ça y a vraiment participé. Sur Voyager on retrouve de belles photos de Charlie Le Mindu, des super vidéos de David Huguenot-Petit, et tout ce travail a participé à redonner quelque chose d’arty à mon projet. Je veux que les clips soient narratifs ou pas narratifs, descriptifs ou pas descriptifs. Ça dépend du morceau et des propositions que j’ai.

En parlant d’image, « Vitalic », c’est un nom de scène qui parle à tout le monde. Certains DJs misent tout sur leur apparence et leur personnage, alors que toi tu es volontairement quelqu’un d’assez discret. 

Oui, c’est une volonté parce que d’une, c’est très court terme de miser beaucoup sur son physique, et c’est aussi une histoire de nature. J’aime beaucoup la new wave, avec ces mecs très discrets qui en dévoilent le minimum. Je regarde des fois sur Instagram des gens qui n’ont aucun talent à part d’être beau, il n’y a pas de substance là-dedans. Moi je suis plus du côté new wave, ma vie est vraiment à 80% centrée sur ma musique et dédiée au projet, et les 20% qui restent me sont réservés. Une fois que je descends de scène je n’ai pas vraiment envie de raconter mon histoire personnelle, je pense que ça n’est ni important ni intéressant. Et ces 20% là te font respirer, crois-moi. Je n’ai aucune envie de prendre une photo de moi tous les jours dans la salle de bain avec l’air mi-triste ou de commenter les élections. Et ce n’est surtout pas ma nature ! J’aime ce secret-là.

Et finalement, qu’est-ce qui te rends la vie plus douce ?

Les moments déconnectés courts (en ce qui me concerne) avec mon entourage propre. Des choses très simples.

Vitalic : Facebook / Soundcloud / Discogs / Songkick