Photo à la une © Leo Vidale

Depuis 2015, la société Triple-D est devenu la reine des scénographies écologiques dans les événements et festivals français et européens. Via du mobilier dédié, structures géantes, construction de scènes, bars, stands ou signalétiques, leur éco-conception en palettes démontables et réutilisables à l’infini répond à une prise de conscience green des organisateurs, avec qui ils travaillent main dans la main pour trouver des solutions adaptées. Pendant la période de confinement, face à l’arrêt de leur activité, Triple-D met en place un service en ligne pour vous permettre d’aménager vos salons, terrasses ou balcons avec du mobilier 100% fait main et en éco-conception. 

En février dernier, nous donnions la parole à Sylvain Denis, fondateur de la société Triple-D, pour comprendre leurs enjeux de scénographies écologique dans les événements et festivals. Nous republions à nouveau cette interview en relayant leur appel : face à leur cessation d’activité et en cette Journée Mondiale de la Terre, le Triple-D SHOP a ouvert une boutique en ligne sur laquelle vous pouvez commander leurs nombreuses créations et mobiliers afin d’aménager vos salons, terrasses et balcons pendant la période de confinement. 

Depuis quand existe Triple-D et comment le projet a-t-il vu le jour ? Qui en sont ses têtes pensantes ? Combien êtes vous aujourd’hui ?

Triple-D a vu le jour en 2015 sous la forme d’un collectif. A l’époque nous étions trois (Quentin Denys, Arthur Deslandes, et moi même Sylvain Denis, ce qui donna DDD, on notera la flemmardise aiguë dans la recherche du nom) et avions pour but d’organiser des évènements musicaux dans le milieu de la techno Parisienne. Nous y avons pris grand plaisir durant quasiment 2 ans, tant à apprendre par nous même différents métiers de l’évènementiel, mais aussi et surtout grâce à toutes les rencontres faites avec différents acteurs du milieu (déjà bien présents, ou alors débutants, comme nous). 

Pour nos évènements, le petit « plus » que nous pouvions avoir, c’était cet attrait pour la scénographie éco-responsable. Depuis que j’étais gamin, j’adorais bricoler du mobilier pour chez moi avec des matériaux de récupération, et au lancement de Triple-D, j’ai tout de suite injecté cette idée de créer nos scènes et autres aménagements avec de la palette, même si c’était le plus souvent de grosses galères (souvenirs de devoir descendre des camions de palettes à la main dans les Caves Le Chapelais, et les remonter à 6h). Ça nous a donné une identité, et on y tenait beaucoup !

Pour la suite du projet et le début de l’aventure entrepreneuriale, des collectifs ont commencé à nous demander de venir leur fabriquer des espaces chill et scènes pour leurs évènements. De fil en aiguille, je me suis retrouvé un jour dans les bureaux de Surpr!ze pour parler de l’aménagement d’un espace de 500m2 du Weather Festival 2016, ainsi que de la création de la Friche Richard Le Noir, qui fut le gros lancement de notre activité de prestataire. Ça a signé la fin du collectif car à l’époque on terminait nos études, et chaque membre du collectif partait dans sa voie professionnelle tandis que je restais dans l’événementiel, pris de passion et de motivation.

« De mon jardin à un box de stockage de 10m2, puis d’un local vide d’une boite de BTP, et enfin notre local actuel de quasi 500m2, le petit projet est devenu une réelle société. »

J’ai donc lancé la nouvelle activité de Triple-D, et continué de réaliser de l’aménagement d’évènements grâce à des palettes de récupération – et bien sur mon imagination. J’ai eu le plaisir et la chance d’être beaucoup aidé par les anciens membre du collectif, qui, quand ils le pouvaient, venaient participer aux chantiers. N’ayant contracté aucun prêt à la banque, et avançant petit à petit selon les opportunités, leur aide fût donc primordiale dans le lancement de la société. Par la suite, un ami d’école, Alexandre Aouizerat, m’a rejoint de 2017 à 2018 dans l’aventure, et la société avançait petit à petit, contrat par contrat.

De mon jardin à un box de stockage de 10m2, puis d’un local vide d’une boite de BTP, et enfin notre local actuel de quasi 500m2, le petit projet est devenu une réelle société. Je la gère aujourd’hui seul, et j’ai la chance d’avoir une équipe du tonnerre constituée de 4 CDI à temps plein, et d’une vingtaine de personnes travaillant sur facture avec nous, intervenant selon nos besoins sur nos productions. Ce sont pour la majorité des rencontres, d’anciens stagiaires, bref, des gens avec une relation de confiance s’est installée, et qui souhaitent m’accompagner à leur manière dans l’aventure. 

Scénographie, location ou créations de mobiliers, aménagements d’espaces… Quelles sont toutes vos casquettes ? 

C’est vrai que nous avons tout un tas de caquettes ! C’est toujours un peu compliqué d’être focalisé sur une seule chose lorsque qu’on adore tout construire, et trouver des solutions à tout. Du coup, ça se ressent sur notre catalogue je pense, il est très large et s’adapte vraiment aux besoins de nos clients. Aujourd’hui on pourrait dire que nous avons deux gros services, l’un est la location de mobiliers et autres structures, tout un panel de mobiliers issus de notre catalogue, et l’autre c’est la création et la menuiserie sur mesure.

Triple-D à Dour

En interne, on s’occupe de dessiner, créer, modéliser des scènes, décorations, stands pour salon.. et, avec nos clients, on s’occupe de donner vie à leurs évènements. Ça peut donc partir d’un évènement musical, comme à un festival, une soirée d’entreprise, un salon, un magasin.. Partout ou vous aurez besoin d’aménagement, on pourrait réfléchir à une solution !

Votre mobilier est en éco-conception. Quels matériaux / supports utilisez-vous pour respecter les principes de développement durable, et dans quelle démarche éco-responsable vous placez-vous ? C’est une nécessité pour vous aujourd’hui ?

Oui oui oui ! C’est plus qu’une nécessité, c’est vraiment un but, un objectif auquel nous sommes très attachés. Même si j’ai monté Triple-D directement après mes études, j’ai beaucoup travaillé en parallèle pour faire des rencontres, et observer des projets sympa, et puis vivre aussi. La palette c’était sympa, mais pas comestible, notamment deux ans dans le festival We Love Green à la production de la scénographie, et depuis 2016 au Dour Festival où je m’occupe encore aujourd’hui de mettre en place la scénographie et l’aménagement du site. J’ai très vite pu m’apercevoir grâce à tout ça que l’évènementiel c’est génial, mais nom d’une pipe, ça jette énormément.

Éduqué par une mère qui me disait de ne jamais rien jeter, j’ai tout de suite réfléchis à des solutions d’aménagement pouvant être totalement démontables, et utilisables de plein de manières différentes. Le concept était donc née : utiliser des morceaux de palettes d’occasion, et dessiner du mobilier qui est entièrement démontable, et dont les morceaux une fois démontés peuvent être utilisés à l’infini pour fabriquer d’autres gammes du catalogue.

Triple-D à Solidays

Dans les faits, ça veut donc dire que l’intégralité du catalogue de Triple-D tient actuellement dans une zone de stockage réduite, car nous n’utilisons en fait toujours que les mêmes matériaux. Pour la suite, et l’évolution du catalogue, nous achetons évidement du bois (certifié PEFC, qui est une certification qui promeut la protection et la gestion durable des forets dans le monde), et pratiquons l’impression sur bois à encre végétale pour nos signalétiques ou autres décoration (adieu le PVC et autre akilux horribles que l’on retrouve partout en évènement, le bois est réutilisable, et bien plus beau !). Pour nos chutes, nous avons la chance d’avoir un fournisseur de palette top et très bien équipé, nous lui apportons toutes nos chutes et il s’occupe de les traiter dans son gigantesque hangar, et chaque gramme de bois est donc revalorisé. 

Il est certain que nous pouvons encore améliorer et pousser notre concept plus loin, mais cela sera le fruit d’expériences et de rencontres que nous avons hâte de faire.

Vous êtes devenus un acteur incontournable sur la scène électronique française, avec qui vous travaillez régulièrement sur des événements. Quels sont ceux qui vous ont marqué ?

Je ne m’en rends pas vraiment compte je t’avoue, par moment quand je rencontre quelqu’un qui me dit connaitre Triple-D, je n’y crois jamais en me disant que c’est bizarre, on est juste un prestataire lambda parmi des tonnes de mastodontes du marché qui eux sont capables de choses vraiment incroyables !

Concernant nos clients, ils furent au début, de nombreux collectifs parisiens, Newtrack (Alternative Projects), Possession, Vryche House.. entre 2016 et 2017, nous avons l’occasion de rencontrer et collaborer avec plus de 50 collectifs, et cela nous a ouvert les portes des festivals. 2017 fut incroyable, je n’arrêtais pas d’être contacté par des festivals, sans rien faire ou demander, alors que je rêvais pour beaucoup depuis des années de pouvoir y travailler, ou même seulement voir l’intérieur et l’organisation. Je me souviens que, le seul mail de démarchage que j’ai envoyé depuis le lancement de Triple-D, fut à Solidays, et la réponse du directeur de production de l’époque (Rémi, je te fais une bise si tu es cité) m’avait répondu en me disant que Paris était une petite capitale, et qu’il connaissent bien Triple-D et son travail. CÇa m’avait scotché, et très clairement donné un grand élan de motivation à continuer de bosser sur ce projet.

Aujourd’hui, nous avons peu de contrats avec des collectifs, déjà car nous ne pouvions plus suivre certains sur les lieux exploités, et aussi car ceux avec lesquels nous avons grandi ont pour beaucoup arrêté. Mais grand nombre des acteurs de ces collectifs sont restés proches de Triple-D, et nous continuons de nous croiser, travailler ensemble, ou d’être amis.

Niveau festivals, ça s’enchaine ! 42 dates de festivals en 2019, ça donne un rythme différent à vos étés, ça c’est clair. Parmi eux, il est sûr que nous avons nos chouchous, Dour, We Love Green, Solidays, Nuits Sonores, Marvellous… Ce sont des équipes avec lesquelles nous avons vraiment plaisir de travailler chaque année, et ça nous donne toujours plus envie d’être à 200%. Et chaque année, nous en rencontrons de nouveaux tout aussi top. Côté corporate, nous travaillons avec un bon nombre d’agences, dont La Koncepterie, YMCM Prod, Halloween Agency, Le Trot, et nous sommes fiers et heureux de réussir à les accompagner dans leurs évènements, tout en trouvant des solutions adaptées à chaque fois. Pour tout contrat, il s’agit avant tout de rencontres, et pour ça l’évènementiel reste vraiment un milieu incroyable. 

Selon vous, la scène musicale française n’est pas assez alerte de l’enjeu du développement durable ? Quelles sont les alternatives possibles ?

C’est toujours un peu compliqué de juger, car à la fois nous pouvons voir des acteurs très concernés par cet enjeu, comme d’autres s’en moquer royalement. Ce qui est sûr, c’est que ça avance. Le monde de l’événementiel français prend conscience – et l’atout le plus important, c’est que le public et les clients (marques, entreprises, collectivités..) l’ont eux déjà bien saisi, et demandent des évènements soucieux de l’environnement, ce qui poussent les organisateurs à réfléchir de manière green et trouver des solutions adaptées.

Actuellement, notre petit combat, c’est de réussir à faire comprendre aux organisateurs que l’aménagement éco-responsable est bien plus abordable qu’ils ne pourraient l’imaginer, et qu’il faut supprimer cette idée reçue du bio cher et inaccessible. Un évènement soucieux de l’environnement n’est pas forcement lié à un budget lourd et risqué.

Pensez vos évènements en fonction de votre stock et matières à disposition, ou celles de vos prestataires, et non le contraire : cela évite les achats éphémères et la sur-consommation. De plus, n’oublions pas également que penser environnemental c’est très bien et obligatoire, mais il faut également ne pas laisser de côté le social, très délaissé en événementiel, et y prêter grande attention, comme les conditions de travail ou les salaires bas, etc. 

Vous pouvez suivre Triple D sur la page Facebook et le site officiel