Photo à la une © Thomas Brandy

Tour-Maubourg sortait la semaine dernière son premier album Paradis Artificiels chez Pont Neuf Records. Un sublime opus du producteur français devenu référence en termes de symbiose entre house et jazz, et qui livre dans cette nouvelle sortie une esthétique plus personnelle, moins taillée pour le club, entre house, downtempo, soul et acid-jazz. Rencontre. 

Depuis combien de temps travailles-tu sur ce nouvel album ? Quel a été son processus de construction global ?

Ça va faire à peu près deux ans que je travaille cet album. Enfin, cela fait deux ans que l’idée est sérieusement sur la table avec Pont Neuf Records. On a commencé à y réfléchir lors de la sortie de “Solitude Collective” en 2018, et les premiers morceaux sont arrivés début 2019. Dans le processus global de construction, je dirai que je n’ai pas vraiment prévu de m’éloigner de la house ou de ce que je produisais auparavant, mais certains changements m’ont poussé à expérimenter d’autre sons ou textures que celles auxquelles j’étais habitué. 

Courant 2017, j’ai commencé à louer un studio dans un complexe du nord est de Paris (abritant notamment Villette 45) avec Behzad & Amarou de feu Concrete et Clouclou de La Mamie’s. Ce changement de cadre, de méthode de production (je suis passé des plugs et soft au hardware), mais aussi les rencontres que j’ai pu faire y faire ont eu un gros impact sur ma musique. Ayant énormément de machine sous la main et une méthode de production nouvelle j’ai voulu expérimenter de nouvelles textures sonores. De ces expérimentations j’ai composé une quinzaine de morceaux qu’on a ensuite réduit à ce que l’on considérait comme les neufs meilleurs. Du moins ceux qui permettaient de raconter une histoire d’un bout à l’autre du disque. 

C’est donc un disque hybride, très important pour moi, car il me ramènera toujours à une période de découverte, humaine et musicale. Malheureusement le temps a fait son oeuvre, et la colocation a dû s’arrêter, mais j’en garde des souvenirs incroyables, et une certaine nostalgie.

Le nom de l’album fait référence à Baudelaire. Tu définirais-toi même ta musique comme “mélancolique” ? 

De manière générale, je voulais faire référence à Baudelaire pour sa vision de l’artiste. J’y faisait déjà référence dans mon précédent EP avec le titre « Albatros » inspiré du poème du même nom. Baudelaire y compare l’oiseau à un être majestueux quand il est dans les airs et totalement inapte à la vie au sol, et qui devient donc la cible des moqueries des marins. J’ai l’impression, comme l’albatros, d’être totalement à l’aise dans mon élément, dans un studio, mais presque incapable de comprendre le monde qui m’entoure, d’avoir un coup de retard en permanence. 

Le titre “Paradis Artificiels” est aussi associé à l’idée d’altération des sens. Je veux dire que selon moi on cherche tous à altérer notre conscience, par des moyens qui nous sont propres. Pour certains ce sera la drogue, pour d’autres le sport, pour moi c’est la musique. Et à chaque fois que je construis un morceau, il devient un peu un paradis artificiels le temps de sa création, et j’espère que ce morceau deviendra le paradis artificiel de quelqu’un quand il l’écoutera.

Je considère ma musique comme mélancolique, mais disons que ça n’a jamais été une volonté en soi. J’essaie quand je produis d’aboutir à quelque chose de “beau” et j’imagine que la mélancolie ou la nostalgie sont des sentiments assez forts chez moi, donc je trouve ça naturellement beau.

Quelles sont tes autres inspirations ?

J’ai toujours du mal à définir mes influences. Elles me semblent toujours lointaines, assez éthérées. Bien sûr on retrouve des classiques comme St Germain, Moby époque “Play”, Ron Trent sur d’autre morceaux ou encore Nicolas Jaar pour son travail sur les textures qui m’a profondément marqué lors de la sortie de son album “Space is only noise”.

Mais la plus grande influence, probablement la plus implicite, vient des gens qui m’ont entouré musicalement pendant les deux ans au cours desquels j’ai produit l’album. Que ce soit Behzad ou Clouclou avec qui j’étais en studio, ou d’autres membres de Villette 45 (où je partage aussi un studio avec tous les gars de Pont Neuf désormais) pour qui j’ai une immense estime et c’est assez extraordinaire de pouvoir évoluer au milieu de gens qui te tirent vers le haut, te font progresser, voir aller dans des directions que tu n’aurais prise autrement. 

Tu t’es éloigné de la musique plus club sur cet album. Est-ce en lien avec la période actuelle ?

Non, l’album était presque terminé avant l’arrivée de la pandémie. C’est plutôt le format album qui m’a amené à m’éloigner du club. J’aime beaucoup l’idée de raconter une histoire quand je travaille sur un disque. Là comme on est sur un album, en 8 ou 9 morceaux on a de facto plus de marge que sur un EP, et je me suis simplement laissé glisser. J’ai surtout voulu faire des morceaux qui me ressemble, sans contrainte de tempo, de puissance ou de style, c’est pour cela qu’on trouve beaucoup de choses différentes.

De quel morceau es-tu le plus fier ?

J’aime vraiment tous les morceaux de l’album, et c’est difficile de choisir. Mais je dirais “Ode to Love”, le premier single. Musicalement c’est un morceau assez simple mais j’ai mis beaucoup de temps à le terminer. Il partait initialement dans une direction plus club, avec un beat en 4/4, et même si j’aimais bien le morceau quelque chose me dérangeait. J’ai décidé de le reprendre totalement quelques jours avant d’envoyer au master, et je pense que ça en valait la peine. Aussi, comme on a tourné un clip autour de ce track il a forcément une valeur particulière à mes yeux.

L’album Paradis Artificiels est disponible sur toutes les plateformes d’écoute et de téléchargement