Déjà quatre ans que Tapage Nocturne fait bouger la Cité des Gones. On compte pas moins de 150 événements déjà organisés, belle performance, félicitations ! Résolument techno, Tapage Nocturne sait faire de beaux mélanges entre pointures et artistes en devenir. On a retrouvé entre autres : Ugandan Methods, Makaton, Rrose, Marco Bailey, Dax J, Regal, Boston 168, Perc, Ansome, Minimum Syndicat, Scan X, Emmanuel Top, Adam X ou encore Vril…

Pour situer le contexte, comment s’est créé le projet ?

Florent : Tapage Nocturne, c’est parti d’une histoire de potes. J’ai rencontré Victor au lycée, qui m’a présenté Alexandre, et paf : voilà l’équipe. D’un stage dans la boîte qu’avait Alex à l’époque, on a préparé notre première soirée en deux semaines. C’était les premiers pas, j’étais stressé comme un poux, et on en a pris plein les yeux. C’est drôle car aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte qu’une grosse partie des gens qui étaient présents à cette première ont pour la plupart une place spéciale dans notre parcours. Ce genre d’affaire, c’est des rencontres, de la passion. On ne le dira jamais assez.

Alex : J’avais mon agence d’événementiel et Victor donnait un coup de main sur des soirées. Autour d’une bière, on a eu l’idée de créer un collectif axé sur les musiques électroniques. C’était en 2012, avant la grosse effervescence. La suite, Flo l’a expliqué.

Victor : J’aidais Alexandre depuis un peu plus d’un an sur ses événements dédiés aux teens, et l’envie de faire autre chose est arrivé. J’en ai parlé à Alexandre qui m’a aussitôt suivi. Puis Florent, un mec que j’avais rencontré au lycée et avec qui on partageait la même passion pour la musique électronique (malgré le fait que j’écoutais de la bass music, et lui de la techno…).

Plusieurs collectifs lyonnais nous ont affirmé que Lyon a été ces dernières années, une ville plutôt axée sur la techno. Vous confirmez ? Savez-vous pourquoi ? Ça fait un bail que vous êtes sur le marché, vous avez observé des changements dans les attentes du public ? Si oui lesquels ?

Florent : C’est super relatif. À force de voyager, je me rends surtout compte que Lyon est encore assez « innocente » comparée à d’autres villes. On ne pousse pas les systèmes-son trop fort, on fait difficilement des soirées n’importe où, on voit bien que le public progresse, mais doucement… Et peu de promoteurs prennent vraiment des risques dès qu’il s’agit de jauges importantes, se mettent en danger à proposer des artistes qu’on ne voit pas en haut des affiches tous les week-ends. C’est le serpent qui se mord la queue !

Mais on peut dire que oui, Lyon possède une belle communauté techno. Remplie de gens super, qui ont un regard lucide et intéressant sur ce qu’il se passe.

Alex : Pour avoir participé au lancement d’Outrance, je peux dire que la psytrance et tous les styles assimilés ont aussi une très bonne place sur Lyon. Mais la techno est devant oui. C’est devenu un peu “le style préféré” des 16-22 ans, même si ça déplait à certains… C’est une mode peut-être, mais plutôt un état d’esprit, un retour aux sources. On vient pour la musique. C’est la priorité inconsciente. Dans l’EDM ou plus largement le clubbing, on sort autant pour la musique (et encore) que pour draguer et se mettre une grosse caisse. On ne s’habille pas de la même manière. Sans parler des codes vestimentaires.

Victor : Malheureusement pour moi (dédicace à mes technophiles), oui Lyon est pour moi une ville résolument techno. Non pas que je n’apprécie pas ce genre musical, bien au contraire. Simplement que depuis quelques années il devient “presque compliqué” de pouvoir sortir dans d’autres genres d’événements… Une ville parfaite pour les amateurs du genre. Une ville assez triste pour les personnes qui ont des goûts éclectiques.

Je pense que le public techno lyonnais se compose d’environ 20% de véritables défenseurs du mouvement. Et de 80% de personnes qui suivent simplement leurs amis, la mode… Le gros du public techno est pour moi avant tout un public désirant simplement sortir faire la fête, rencontrer du monde, oublier son métro-boulot-dodo habituel. Malgré tout, je pense que la techno est un genre qui sera à l’épreuve du temps dans notre ville.

Copyright – Oriane Cotton

J’ai vu que vous mettiez en place le « Festibus » pour le Time Warp. Super initiative ! D’où cette idée sort-elle ?

Florent : À la toute base, le concept vient de Jibis, membre de l’association. Il y a cinq ou six ans, il tenait un concept de tournée des bars & clubs en bus qui marchait du tonnerre, puis il a tenté l’aventure sur un format festival. Le concept a été rapatrié sur l’association, et c’est la quatrième année qu’on propose le voyage.

De ces voyages, on retient des souvenirs un peu flous. Les bus deviennent des lieux de fêtes, on se fait toujours taper sur les doigts par les chauffeurs, mais c’est aussi ça qu’on veut propager comme ambiance. L’impression que tout le monde se connaît, l’asso part en colo.

On observe plusieurs concepts dans vos soirées. La Battle, la Nacht, Acid & Rave… Vous pouvez nous en dire plus sur chacun d’eux ?

Florent : Tout s’est fait naturellement. Au fur et à mesure. Les Acid & Rave viennent de notre envie de faire à Lyon les padre du genre, qu’on ne voit jamais, et qui, à chaque fois, nous laissent tous sur le c**. Quand tu vois que Chris Liberator, qui approche de la cinquantaine, fait un sans-fautes avec ses MK2 pendant quasiment trois heures et jouer avec le public comme s’il jouait au foot avec son fils, tu te dis que, ouais, l’expérience ça compte.

Les Nacht, c’est le concept dédié au Petit Salon. On y fait jouer du beau monde, on alterne entre nouveautés, pointures et projets atypiques. On y aura vu notamment AX&P (Perc & Adam X) ou Ugandan Methods (Regis & Ancient Methods).

Puis les Battles, c’est un projet sur lequel j’ai passé beaucoup de temps. Au début tous les labels refusaient ma proposition. J’ai rencontré Tom, de T/W/B, qui a cru à l’idée, et le second label, Overdraw, est arrivé dans la foulée. Avec ce concept, on a trouvé une manière d’innover un peu, de proposer de la fraîcheur. Pour le public, mais surtout pour les artistes qui jouent d’une autre manière (chacun joue deux fois, un set allant de 30 à 45 minutes), qui se mettent en danger, et qui peuvent provoquer des b2b quand ils le souhaitent. C’est une autre organisation, on sort des clous, mais on est vraiment fiers de proposer ça. La prochaine aura lieu le samedi 11 février avec un VS entre PLS, UK et Green Fetish, avec le grand retour de Keepsakes en Europe, accompagné de BR 1002, Harbot, Hemka & Danilo Incorvaia.

Alex : À propos de la Nocturne, au Ninkasi Kao, c’est notre soirée sur laquelle on tente le plus de choses, on prend des risques et c’est une belle aventure. Parfois, on travaille sous “Tapage Invite”, une soirée réalisée par une D.A. différente de ce qu’on fait sous les autres concepts, ou dans un autre lieu… Plus axée sur les coups de cœur.

Copyright – Victor Maître

Si vous pouviez décrire votre collectif en 3 adjectifs ?

Florent : On peut faire une partie de Bingo si tu veux.

Alex : Famille, Passion, Dévouement

Victor : Amour, Gueule de bois, Persévérance.

Vous êtes à 100% sur Tapage Nocturne ou vous avez des boulots à côté ? Dites-nous un peu qui vous êtes dans la « vraie vie » ?

Florent : Pfiou, ça en fait du monde. Pour pas mal d’entre nous, c’est un peu ça notre vie. Je pense que je suis le cas le plus désespéré, j’y passe toutes mes journées et le pire c’est que j’aime ça.

Alex : Flo à 100%, Jibis a un autre projet à côté et sa carrière musicale, Kevin Moulin notre graphiste est à temps partiel et auto-entrepreneur à côté. Victor donne plus que des coups de main de temps en temps, Nicolas et Mélanie sont des bénévoles bien investis alors big up à eux ! Pour ma part, je suis bénévole, j’ai une agence événementielle à côté et j’ai créé une start-up avec des associés qui s’appelle Owl, une appli qui permet aux utilisateurs de trouver les événements musicaux qui correspondent à leurs goûts.

Victor : Pour ma part, je suis plutôt comme un électron libre… j’ai été salarié durant 1 an sur Tapage Nocturne. j’ai ensuite été créé l’application Owl avec Alex et d’autres associés et… Il y a quelques mois j’ai tout lâché pour préparer un tour du monde !

Copyright – Victor Maître

Racontez-nous la soirée Tapage Nocturne qui vous a le plus marqué ?

Florent : Je pense qu’une bonne partie de l’équipe sera d’accord là-dessus, chaque Showcase de l’association est un joyeux et grand bordel. On est entre nous, c’est uniquement les artistes de l’association qu’on voit se trémousser derrière les decks et on retrouve pleins d’amis dans la foule. On a fait les deux derniers au Terminal, qui ont franchement un des meilleurs accueils de la ville, et à chaque fois c’est le cirque ! Pas besoin de 1000 personnes pour passer une soirée pleine d’amour !

Alex : Je pense toujours à notre première soirée organisée sur le tard un mercredi soir dans un club à 15€ l’entrée avec une ligne musicale house puis techno puis dubstep, et j’en passe. C’était ça le projet à la base : mélanger plusieurs musiques électroniques au cours d’une seule et même soirée… finalement, on fait 450 personnes et on se dit “ouah !”.

Je retiens aussi en 2013 notre première Fête de la Musique pour laquelle on attendait 400 personnes sur une place du Vieux Lyon, et pour laquelle on a arrêté de compter après 4000…

Victor : Beaucoup de soirées ont été plus que folles en tous points… Mais celle qui m’a le plus marqué est sans aucun doute cette Fête de la Musique. C’était juste avant le bac pour Florent et moi. J’ai vu un appel à projets de la mairie deux jours avant sa clôture, pour organiser un événement à cette occasion… Du coup, je n’ai – bien sûr – pas révisé mon bac pour bosser dessus ! C’était notre premier événement d’une telle ampleur… Et ma première petite larme de joie à la fin d’un événement (oui, je suis un fragile).

Y a t-il un artiste que vous avez particulièrement aimé recevoir ?

Florent : On en a reçu entre 300 et 400 aujourd’hui. Mais on est fondus de quelques-uns d’entre eux. Les Boston 168 sont de vrais amours, ils nous ont même apporté une bouteille de vin rouge en cadeau la dernière fois ! Keepsakes et sa copine sont aussi des personnes super, on aura partagé quelques 8.6 et de la charcuterie sur les quais un soir d’été, de vrais nanards. Et puis, évidemment, Ansome, complètement taré. Love sur lui.

Alex : Je les aime tous…

Victor: Donner un seul nom est effectivement assez compliqué…. Nicolas Cuer, Romulus, Teho, Tran pour la partie techno ont été de sacrés coups de cœur. Mais il y a aussi la partie bass music (oui, Tapage Nocturne en a fait !) où nous avons par exemple reçu Infrastep (8er$ aujourd’hui), Clozee, Scarfinger

Une anecdote « Hard Life » à nous raconter ? Et comment vous avez géré la chose ? 

Florent : Une soft alors. Quand on a fait Chris Liberator à l’Annexe, le matos sur lequel il devait jouer n’était pas en état. Il a commencé ses trois heures de set, et dix minutes après, il me regarde en me disant qu’il ne pourra pas jouer, qu’il avait quelques CDs promos avec lui mais qu’il ne tiendrait pas longtemps. Je t’explique pas ma tête, trouver du matos en pleine nuit c’est mission impossible. Et 50 minutes plus tard, après avoir tourné dans tous les clubs de la Presqu’île, on revient avec deux MK2 fraîchement révisées que la Maison Mère nous a prêté. Explosion de joie, la fête repart de plus belle. Un grand big up à eux pour ça.

Alex : La même Fête de la Musique de 2013 pour laquelle on avait donc finalement pas suffisamment d’agents de sécu, ou encore notre bar qui malgré tout n’a pas tourné, et l’épicerie d’à côté qui a ravitaillé sa boutique trois fois sous mes yeux. Oui, le public achetait chez lui plutôt qu’à notre bar…

Victor : Notre toute première soirée, où, hasard du destin, nous avions programmé deux artistes qui avaient une ex en commun… Quelques verres d’alcool plus tard, un conflit a éclaté entre les deux et ils avaient bien failé leurs sets. En ramenant l’un des deux à l’aéroport, il m’a dit complètement ivre: “Je suis désolé j’ai fait de la merde… Promis je reviens jouer gratuitement quand tu veux !”. Chose que nous avons fait plus d’un an après, sous un de ses nouveaux projets. C’est avec cet échange que nous sommes finalement devenus ami et qu’il a même déménagé sur Lyon !

L’esprit Tapage Nocturnes en 3 tracks ?

Florent : Quand il faut en découdre :

Quand t’es décousu :

Alex : Je conseille un petit tour sur notre soundcloud.

C’est qui les potes de Tapage Nocturne ?

Florent : On est proches de pas mal de collectifs et de structures, pas forcément que des promoteurs. Que ce soit PLF & VSS, gérés par Vincent & Benjamin, des chics types, Encore, Elektro System, qu’on apprécie beaucoup, le label T/W/B avec Tom et même en dehors de Lyon avec Berlinons Paris, Raw Agency

Alex : Pas de jaloux !

Victor : Il y a tellement de collectifs avec lesquels nous avons construit des relations plus qu’amicales… Art Feast, XLR Events, Ratchet Lab, Zoo Corp, Origin… et Outrance bien sûr ! Pour ne citer qu’eux.

Les artistes de la scène locales qui vous font vibrer en ce moment ?

Florent : On peut parler de deux de nos résidents, avec Sanjib et Istigkeit qui proposent vraiment un travail excellent en ce moment, une dub techno / expé fine, pleine de groove. Une force imposante et tranquille. Aussi Simon & E-care, de CLFT, qui m’ont mis sur les fesses plus d’une fois. Le surnom +8 n’est pas usurpé. Acid, techno, badass ! Et Diane, sans aucun doute. Prêtresse des warm-up, déesse des peak time. Enfin un peu de soleil, le travail de Folamour et toute l’écurie de Moonrise Hill Material apporte un vrai vent de fraîcheur.

Alex : Y’en a tellement, ce sont des copains !

Victor : Je dirais Miimo et Hergé pour leur côté micro house que j’apprécie énormément, Jibis et Max Mash pour la qualité irréprochable de chacun de leurs sets, Diane pour sa diversité. Pour finir, mes coups de cœur du moment (qui ne sont pas des artistes techno cependant) sont Seth XVI, Trinix et Cleim Haring.

Avez-vous prévu de bouger en-dehors de Lyon pour organiser un évent ?

Florent : Des nouvelles très vite !

Alex : Si le Dieu de la techno le veut !

Victor : Inshallah… !

On a la chance d’annoncer en exclusivité votre programmation du premier trimestre 2017. Vous nous en dites plus ?

Florent : On peut parler de retour aux sources. On va retrouver de gros coups de cœur déjà passés par chez nous, des exclusivités, de la nouveauté ! Recevoir à nouveau les Boston 168RegalTruss… C’est vraiment un kiff. On adore ces gars, c’est aussi pour ça qu’on souhaite le revoir à la maison.

À côté de ça, on a une tripotée de nouveaux venus et donc de rencontres en vue entre les gars de Pls.UKGreen Fetish ou encore Jeånne, Kegffnay et Kaelan… Puis concernant Miss Djax et Al Ferox, on est vraiment heureux de pouvoir continuer à recevoir ce genre d’artistes, avec un palmarès digne des plus grands. On a aussi une grande nouvelle qui vient de tomber ! Le 25 mars au Ninkasi Kao, nous allons proposer un nouvel concept créé avec Elektro System. En première ligne, James Ruskin, accompagné d’un de ses collègues de Blueprint qui va release un album fin Février sur Token… Wait for it !

interview-tapage-nocturne-programmation-dure-vie

Dure Vie a pour devise «  La vie est dure, on vous l’adoucit ». Et vous, qu’est ce qui vous rend la vie plus douce ?  

Florent : Manger, manger, manger. Parler de vrais bails.

Alex : La musique. Mais surtout rire et faire rire ! Et le cul. Hein.

Victor : Hmmm besoins primaires je dirais… Sexe, nourriture, musique, rencontres, voyage !

Tapage Nocturne : Site officielFacebook / Soundcloud

Image à la une : David Chaperon – Vous y êtes