Incontestablement l’un des meilleurs djs parisiens depuis déjà quelques années, S3A a su profiter de sa place au sein de Concrete pour faire ses preuves et se retrouver propulser rapidement sur les plus beaux plateaux français et européens. À l’occasion du Skip The Beat Festival, on a eu la chance de poser quelques questions au patron du sampling

Le Sample

Comment fonctionne le sampling pour toi ? Peux-tu nous expliquer le processus, de l’identification à la composition ?

J’écoute toujours de la musique, et de tout. Quand je repère un petit passage frustrant (dans le sens où j’aimerai bien qu’il dure plus longtemps), je le note. Si c’est un disque que j’ai, je vais creuser la chanson. Si je ne l’ai pas, je le trouve et pendant ce temps j’en recherche d’autres.

Et comment la technique du sample t’est-elle venue ? Par le hip-hop ?

Non, c’est venu avec la house. Pour moi, l’house est samplée. J’ai juste décidé d’assumer mon côté disco/funk en mettant du « son » et du groove.

J’ai entendu dire que tu utilisais une 909. Qu’est-ce que cette machine t’apporte ? Quel est le kit technologique du sampleur ?

Oui ma 909 est clairement ma boîte à rythme de chevet. Elle ne me quitte pas souvent et j’attends avec impatience ma TR-9… En fait, elle m’apporte le punch (même si elle ne s’entend pas toujours). Je n’ai pas de guide technologique du sampleur. Avant, j’étais sur une MPC 3000 mais j’avoue que l’ergonomie m’a tué. D’autant plus que mon fils l’a fait tomber et l’a tué elle… Donc je me sers davantage du sampleur de Ableton ou le SP 404 quand je veux faire du « computerless ».

Tu n’as jamais essayé de créer toi-même certaines sonorités plutôt que de les sampler ?

Si, je créé toujours, le sample n’est qu’une base, un démarrage… Même samplée, une mélodie est reprise, modifiée. Je rajoute des secondes voix aux synthés, des arrangements, ou simplement des rythmes avec les boîtes à rythmes.

Est-ce que ta première phase plus techno, à l’époque où tu jouais avec Zadig, te sert aujourd’hui ? Samples-tu certains de tes disques de l’époque ? 

En mix, j’avoue que je ne suis pas trop un « news guy » maintenant… Comme j’achète du vinyle depuis 94-95, et dans tous les styles, c’est toujours un plaisir d’aller fouiner… Re-digger ma propre collection en fait… Pour ma première phase techno, oui les techniques me servent clairement. Le dynamisme, l’intensité sont des choses que j’aime encore et que je m’efforce de garder (même sur mes morceaux les plus deep).

Label

Comment a débuté ta résidence à Concrete ? C’est plutôt un endroit connu pour la techno pourtant ? Être un des seuls djs house de ce label doit te laisser pas mal de marge de manœuvre en même temps ?

Ça peut paraître bizarre certes, mais c’est sûrement une de mes plus grandes chances. En fait, ça me laisse faire ce que je veux dans tout le reste. En plus, l’équipe me laisse vraiment carte blanche… C’est très rassurant et galvanisant ! Une chose est sûre, j’aime être la bas… C’est ma famille.

Pourquoi avoir créé ton label ? Pour promouvoir l’art du sample ou des artistes qui fonctionnent comme toi ?

La ligne du label est claire : sortir mes track les plus personnels et la musique des gens que j’aime. Après, c’est sûr que bizarrement (ou pas) nous avons tous la même couleur musicale, et nous (avec mon partenaire François) avons structuré une identité au fur et à mesure des sorties.

Sachant que tu bossais déjà avec plusieurs labels (Localtalk, Hold Youth entre autres). Qu’est ce que chaque label t’apporte ?

Je crois énormément en le croisement des influences. Ainsi, ces labels ayant une vision différente de la musique, mon travail avec eux était différent. Plutôt ambiances et textures pour Hold Youth, efficacité pour Local Talk, boogie et hip-hop pour Speed Of Sound … D’ailleurs, je viens de signer mon premier Quintessentials qui va sortir en fin d’année (selon les délais de presse).

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce que tu fais ? produire ? mixer ? jouer un live ?

Je ne vois pas les uns sans les autres. Je m’embêterai à force dans un seul domaine. Produire, je le ferai toute ma vie c’est sûr… Ça finira certainement en ambient ou piano solo.

Mixer, j’aime beaucoup faire des mix concept (comme pour le mix que j’ai fait pour Concrete sur Resident Advisor) avec des bouts de chansons… C’est entre le mix et la production en fait. Je recréé l’existant et lui donne une cohérence avec les autres morceaux du mix.

Jouer en live/mixer en live, c’est l’ADN de ce qu’on fait. Sans live, moins de motivation à travailler/chercher… J’aime le contact avec les gens pendant la musique (un peu moins après avoir joué… je ne sais pas pourquoi…)

 

Influences

Samples obliges, tu es forcément influencé par des artistes plus anciens. Tu peux nous donner des noms d’artistes qui t’ont beaucoup inspirés, pas forcément dans la scène électro ?

En fait, il y en a plein. Je sample surtout du jazz funk ou funk fusion de 70 pour les notes, et le disco de 80 à 83 (après c’est trop numérique) pour les grooves.

Mais c’est sûr, pour les plus gros : Herbie Hancock, Billy Cobham, Weather Report (dur à sampler). Mais souvent, je glisse vers d’autres styles comme Magma (une de mes fondations musicales pour sûr)… J’ai même samplé Kate Bush …. No limit only music… Après, je sample très rarement de la musique électronique…

Si tu pouvais voir aujourd’hui un artiste décédé il y’a longtemps, lequel choisirais-tu ?

George Duke… Et je n’ai toujours pas vu Philip Glass en vrai… Si à 50 ans je n’ai pas réussi à voir Philip Glass, j’aurai raté ma vie.

En termes de samples, qui sont les artistes qui maîtrisent cet art selon toi ?

Akufen, Todd Edwards, Cuthead, Motor City Drum Ensemble…

Pour finir, j’ai l’habitude de poser toujours la même question : comme tu le sais, notre blog s’appelle Dure Vie. Notre slogan est : « la vie est dure, on vous l’adoucit ». Qu’est-ce qui rend la vie plus douce pour toi ?

Mes gosses pour sûr, et les notes…

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