Avec un nouvel album sorti le 14 octobre sur son label Telemorph, le hollandais Reggy Van Oers oscille entre ombre et lumière avec sa techno aérienne et planante. Le tout offrant un véritable trip auditif. Profitant de l’occasion, on lui a posé quelques questions.

Quel a été ton premier contact avec la musique techno et comment as-tu commencé ta carrière de dj/producteur ?

J’ai commencé à mixer en 2005 avec un ami proche qui était alors résident dans un club de Rotterdam. On jouait parfois en back 2 back, ou alors je faisais le warm-up de la soirée. À cette époque, je sortais souvent en boîte pour voir des artistes comme Jeff Mills, Richie Hawtin ou encore John Digweed. C’est vers la fin de cette année-là que j’ai commencé à réellement vouloir jouer ma propre musique au lieu de simplement passer celle des autres. Peu de temps après, je me suis lancé avec l’aide d’un ami qui vivait de la musique, ce qui m’a poussé à passer moins de soirées à sortir et plus de temps à travailler ma composition.

J’ai toujours été très pointilleux sur la qualité de ma musique, ce qui explique probablement pourquoi j’ai attendu plusieurs années avant d’envoyer mes morceaux à des labels. Courant 2007, j’étais enfin satisfait de mon travail et j’ai décidé d’envoyer un EP à Trapez, ce qui est devenu ma première sortie.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes collaborations avec Affin ?

Joachim Spieth sortait également de la musique sur Traum/Trapez à ce moment-là et il me demanda ainsi de faire un remix pour son nouveau label, Affin. J’ai produit plusieurs EP pour le label par la suite et nous sommes devenus bons amis. Il s’est toujours intéressé à mon travail bien que ma musique se différenciait beaucoup des autres sorties du label. Cela m’a permis de continuer à faire évoluer mon style alors que le label en a fait de même un peu après.

Au niveau personnel, le courant passe très bien, ce qui est une chose primordiale à mes yeux. Par conséquent, je me suis vraiment senti à l’aise pour sortir ma musique et grandir avec eux jusqu’au niveau actuel.

Tu as créé ta propre entité, Telemorph, mais tu as également lancé les événements Morph. Quel est le projet artistique que tu souhaites mener avec les soirées Morph ?

J’ai lancé Morph qui, à travers sa ligne événementielle, vise à soutenir des artistes et des labels que j’apprécie et respecte. On a pour l’instant invité des artistes des labels The Gods Planet, Northern Electronics, Outis et Telemorph. Notre dernier événement en date était toutefois un peu différent. En effet, on a eu l’opportunité d’inviter quelques uns de mes artistes préférés, explorant chacun à leur manière différentes extrémités du spectre de la musique électronique.

Nous avons toujours une installation visuelle afin de créer une expérience plus intense en combinant musique atmosphérique et hypnotique et performances visuelles cinématiques et expérimentales. Le résultat est un événement intimiste où les artistes s’expriment librement tout en étant connectés au public. Ce dernier prend alors part à ces voyages, au lieu d’en être le simple spectateur.

Qui sont, de manière générale, les artistes qui t’inspirent le plus dans ton travail ?

Murcof a eu un impact immédiat sur moi lorsque j’ai écouté ses œuvres. Ses morceaux sont toujours plein de tension, de beauté et provoque même d’une façon qui me touche beaucoup. Ça me donne le sentiment d’être dans une dimension musicale libérée de toute contrainte.

Pier Alfeo aka Dubit/UNC est également un artiste unique qui m’inspire beaucoup. J’aime vraiment la manière dont il se sert du temps et de l’espace, ce qui me rend plus sensible au cadre qui m’entoure. Il peut réaliser quelque chose en partant de rien, simplement en expérimentant différentes techniques d’enregistrement. Je pense qu’il m’a aidé à découvrir un nouveau monde de création et à composer une musique ancrée dans une base plus réelle.

L’année dernière, Luigi Tozzi a signé une sortie qui m’a captivé dès les premières secondes. Sa musique mélange parfaitement les textures sonores que j’aime écouter et jouer pendant mes sets. J’apprécie tout particulièrement me plonger dans les atmosphères qui ont une dimension organique.

Ton style a évolué, de tes premières sorties sur Affin et Trapez à « Taciturne Maneer ». Comment expliques-tu cette évolution progressive ?

Je pense que la raison principale de cette évolution est que je suis devenu plus à même de traduire et exprimer ce que je veux réellement dire. Au début, je travaillais avec des arrangements relativement évidents, suivant la façon dont la dance music est communément composée.

Petit à petit, j’ai changé ma manière de travailler en me focalisant principalement sur les éléments qui composent les différentes textures, et ceci afin de créer un environnement plus mental. Par la suite, mes productions sont devenues plus axées sur les tonalités graves, tout en développant la complexité et le côté atmosphérique qui les caractérisent.

Depuis ses débuts, la musique techno a beaucoup changé dans la manière dont les morceaux sont construits. On peut par exemple voir qu’aujourd’hui, de plus en plus d’artistes font une techno très mentale. Quelles pourraient être selon toi les futures évolutions du style ?

J’espère qu’à l’avenir les instruments acoustiques seront plus présents dans la techno. Il y a tant de beaux instruments à expérimenter avec ce style, ça apporterait un vent de fraîcheur et de nouveauté dans son évolution. Cela a bien entendu déjà été fait, mais je pense que ça pourrait se développer de manière à devenir une nouvelle niche dans l’univers de la techno.

L’univers visuel qui entoure tes morceaux semble très riche. Si tu pouvais décrire ta musique à travers un tableau, à quoi ressemblerait-il ?

Un tableau dans lequel tu pourrais voir ce que tu veux voir selon ton humeur du moment, mais également selon tes expériences passées. Ça serait une représentation abstraite où les différents matériaux construiraient la base du tableau, alors que d’autres techniques de peinture seraient utilisées pour créer de nouvelles couches dans la profondeur et la couleur.a3996110684_10

La scène underground explose actuellement en France. Qu’en est-il aux Pays-Bas ? Est-ce que tu penses que la scène techno y est toujours dynamique ? Quels artistes hollandais nous recommanderais-tu d’écouter ?

Il y a encore plein de choses qui se passent, tout particulièrement dans le large spectre musical de ce que tu appelles la techno aujourd’hui. Les plus gros événements proposent souvent les mêmes line-ups que ceux que tu peux retrouver ailleurs en Europe. Heureusement, il y a aussi des promoteurs qui essayent de faire les choses différemment, en créant un cadre plus intime et en invitant des artistes qui représentent des sous-genres spécifiques de la techno. Il y a également un développement à suivre dans l’art de combiner musique et vidéo. C’est quelque chose qui me touche vraiment et que j’espère voir se développer.

Ben Buitendijk est un artiste que je vous conseillerais de suivre car ses productions sont intéressantes et assez innovantes. J’attends de voir comment sa musique évoluera avec le temps.

Quels sont tes projets pour cette fin d’année ?

Mon nouvel album est sorti le 14 octobre sur Telemorph. Je vais aussi bientôt signer une sortie sur Polegroup. En novembre, mon nouvel EP « Ingrained » sortira sur Affin, avec notamment un remix d’Acronym. À côté de ça, j’ai quelques remix qui devraient, à mon avis, sortir cette année.

Pour conclure, en dehors de la techno, quels sont tes 3 morceaux favoris sortis cette année?

1. David Moore – What Arms Are These for You (Murcof Version) – InFine Music

2. Dino Sabatini – Choose the Right Way – Outis Opera

3. Body Sculptures – A Collection Of Ceramic Vases – Posh Isolation

REGGY VAN OERS : FACEBOOK/SOUNDCLOUD/DISCOGS/RA

TELEMORPH : FACEBOOK/SOUNDCLOUD/RA