Roy Davis Jr est un de ces DJs et producteurs légendaires qui ont participé à l’élaboration des prémisses du terme « house music » tel qu’on le connait aujourd’hui. Ayant grandi à Chicago, son style unique, qu’il a lui-même intitulé depuis ses débuts comme « Soul Electronic », combine efficacement des sonorités garage, house, disco, r&b et soul,  au travers d’excellents labels comme Strictly Rhythm, Large Records, King Street Sounds, Peacefrog Records, Bombay Records, Planets ou même les grands Universal, Sony et Warner Brothers. 

Aujourd’hui, Roy Davis Jr. continue de délivrer la bonne parole et de transmettre son savoir durant ses sets et au travers de ses productions, restaurant à chaque occasion le son puissant de Chicago dans le monde entier. Ce samedi, escale en France lors de la soirée Smalville Records aux Nuits Fauves, aux côtés de Smallpeople et Jacques Bon ! Et la France, Roy Davis Jr. l’aime profondément. 

À tes débuts, tu rejoins Phuture après le départ de DJ Pierre et commence à produire sur le label New-Yorkais Strictly Rhythm. Peux-tu nous remémorer cette période de ta vie ?

Oui, c’est vraiment agréable de se dire que je faisais partie du crew de quartier qui a été capable de marquer l’histoire, quand tout était alors simple et brut. Il n’y avait pas tous ces gens sur ton dos qui te disaient comment ta musique devait sonner, et c’était génial ! Ces moments du début où l’on observe ses pairs évoluer sont irremplaçables.

Est-ce qu’à 16 ans on se rend compte de ce qu’on est en train de faire ?

Je savais ce que j’étais en train de faire, mais je ne savais pas que ça allait devenir ma carrière.

J’ai aussi lu que tu étais doué pour le breakdance au début ?

J’étais doué, mais pas aussi bon que ce que j’aurais voulu être, du coup je me suis tourné vers le djing pour la plupart de mes amis qui eux étaient très compétents, et qui avaient besoin d’un DJ pour passer des sons quand je revenais à Chicago Heights !

Qu’est-ce que tu dirais (ou conseillerais) aujourd’hui au jeune Roy Davis Jr ?

Va au bout de tes rêves, entreprends chaque chose avec le cœur, et instruis toi de chaque décision que tu prends dans la vie. Et prends des leçons de musique si ça peut te bouger, ça te permettra d’évoluer sereinement dans ce rythme effréné, notamment dans le business de la musique !

As-tu commencé le mix et la production au même moment, ou c’est venu séparément ?

J’ai grandi dans une famille où la musique avait réellement son importance, du coup j’étais toujours entouré de divers instruments, de batteries, de guitares, de pianos, et c’était très facile pour moi d’y ajouter les platines, pour ensuite acheter mon propre équipement et devenir un boss des machines ! La Roland 909 est venue plus tard pour moi, avant j’avais l’habitude d’emprunter la 808 d’Armando, puis la MPC de Spanky. Il y a eu tellement de gens, de beaucoup d’univers différents qui m’ont aidé à évoluer. Mon premier partenaire musical s’appelait Jamie Commander, mais son nom est resté dans l’ombre parce qu’on a prit des chemins différents dans la vie. On avait fait un son ensemble avec Jay Juniel, « Angels Calling », mais ensuite il est parti pour ses études et je n’ai jamais eu la chance de finir le track.

Est-ce une compétence que tu as apprise seul ou que ta famille et ton entourage t’ont délivré ?

J’ai appris grâce à tous les gens autour de moi, mon oncle Benny, ma mère, les congas et les bongos avec mon oncle Larry Boykins. Ça a été le fruit de différents styles, comme lorsque j’avais entendu Lil Louis au Bismarck Hotel qui avait mixé plusieurs styles dans un seul set, DJ Pierre m’a apprit une tonne de trucs sur le plan personnel, comment manier sauvagement le pitch, et les sonorités acid… ou encore Marshall Jefferson qui avait signé mon premier groupe, Unity (qui s’est ensuite appelé Umoja), ou qui me montrait comment de simples cordes pouvaient devenir un véritable orchestre. Je dois d’abord mes remerciements et le crédit de tout ça à Dieu, puis à tous ces gars de Chicago qui ont prit du temps pour moi. Respect !

Comment analyserais-tu l’évolution de la scène à Chicago ?

Sa scène musicale n’est plus connue seulement pour la house, il y a Kanye, Chance The Rapper, BJ the Chicago Kid… Ça a évolué et ça évolue encore, du moins suffisament pour que la ville garde dignement son nom, avec beaucoup de vibe et de sincérité dans leur musique.

Un souvenir qui t’a marqué lorsque tu es arrivé pour la première fois là-bas ?

Je ne me souviens même pas du trajet pour aller à Chicago. J’étais trop jeune quand j’ai déménagé de Californie quand j’avais un an.

Penses-tu qu’il est déterminant aujourd’hui que des « leaders » pousse la jeunesse ?

C’est très important de transmettre ce savoir, croyez-moi, c’est vraiment utile, tout comme mener la nouvelle jeunesse dans leurs responsabilités, et s’assurer que le son perdure avec intégrité.

Tu as débuté avec des sonorités très acid House et techno avec Phuture, puis davantage house oldschool avec les Strictly Rhythm, puis UK garage avec le morceau “Gabriel”. Tu possèdes aussi une empreinte très soulful dans tes samples et remix, avec une importance accrue pour les vocales. Comment définirais-tu réellement ton style ?

J’ai toujours été un parolier avant l’acid house, avec mon groupe initial Umoja (littéralement « Umosia »). À mes débuts, j’ai toujours eu deux facettes de ma personnalité, comme la plupart des gars qui ont grandi à Chicago. Il y avait un côté plus brute parce que c’est une ville avec des quartiers difficiles, et il y avait un côté plus soulful parce que c’était l’éducation musicale d’alors. Je définirai toujours ma musique comme le premier jour où je l’ai moi-même nommé « Soul Electric » : c’est juste ce que je suis, et j’aime partager ces deux facettes de moi, c’est vraiment intrinsèque à tout ce que je fais.

On cite souvent Gabriel quand on évoque ton travail, mais des tracks tels que “Inside Out”, “Who dares to Believe in me?”  “Gotta Keep Holding On” demeurent aussi des hymnes incontournables de la House. Quelle track souligne le mieux, selon toi, ton univers musical ?

C’est assez difficile pour moi d’essayer de classer mes productions en tant qu’artiste. Personnellement, je trouve que toutes mes tracks ou chansons sont au même stade, elles me rappellent toutes la spécificité d’un moment de ma vie. 

Et quel serait TON « hymne » ?

Mon hymne personnel, ce serait un track dont personne ne parle à ma connaissance, ou même deux en fait : « Remember The Day » et « Rock Shock ». Peven Everett, qui a été le co-producteur de ce track, m’a aidé à faire en sorte que ce que qui le rendait spécial au début le soit toujours et ce auprès du plus grand nombre, mais c’est aussi parce que c’était sur un plus gros label, il faut le savoir.

Dans une interview tu déclarais : « The soulless dance music that most people have access to is so commercialized and sugar coated. It’s time to take this black music from the hoods of Chicago, Detroit, LA, back over the top ». Trouves-tu que la house a perdu la saveur qu’elle avait il y a plusieurs décennies ? 

Oui ! Dans un sens plus commercial, pour les masses. Ce sont les gens qui n’ont aucun respect pour cette culture qui l’appellent « house », ceux qui placent des millions de dollars dans des gens qui ne le méritent pas, et c’est cette partie qui m’attriste le plus. Surtout quand ils ne savent pas qui est Steve Hurley ou Marshall Jefferson… C’est horrible quand tu vois la déformation qui s’est opérée, le manque de funk qui subsiste. Mais il y a aussi des jeunes qui sont arrivés et qui montrent ce respect à mesure qu’ils franchissent les étapes. Aujourd’hui, mon attention se centre sur quelque chose de totalement différent de ce qui a pu arriver dans le passé. J’essaie juste de rester concentrer sur le fait d’être positif dans un monde corrompu, nous avons tous une responsabilité à jouer, tu ne crois pas ? En tant qu’auteurs et artistes ? C’est juste le moment de se battre pour l’Amour & l’Unité, on en a tous besoin dans nos vies.

Ce vendredi, tu joues pour un événement organisé par le shop et label Smallville. C’est un choix délibéré ?

C’était effectivement par choix, mais ils ont contacté mon agence ou mon agence les a contactés pour savoir si je pouvais assurer la date. J’ai senti que ça pouvait être une bonne chose, parce que j’adore mes auditeurs et danseurs français, et aussi la gastronomie !

As-tu déjà eu l’occasion d’aller fouiller dans les bacs des disquaires parisiens ? Et que penses-tu de la scène française en général ?

J’ai déjà et je dig toujours dans les disquaires à Paris ! C’est tout ce j’aime, et les français sont toujours bienveillants, serviables et au point sur la bonne musique.

Tu te produis maintenant depuis un moment dans le monde entier. Quelle culture t’a le plus marqué ? 

C’est toujours dur pour moi de choisir, parce qu’il y a tellement de bonnes vibes qui circulent et qui font vivre la chose !

Notre devise est « La vie est dure, on vous l’adoucit ». Un morceau en particulier qui t’adoucit la vie ?

« James Brown – Funky Good Time » !!

Roy Davis Jr. : Facebook / Soundcloud / RA