À l’occasion de la sortie de son dernier EP « Love Story » sur le sous label de Skylax records, Wax classics, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Tell : éternel adolescent et dernière progéniture du fleuron de la scène house française.

Depuis un an il accumule les sorties, tout d’abord un premier EP sur BeatXChangers, puis plusieurs sorties sur des various au sein de labels tels que Quartet Series, Banoffees Pie Records  ou  encore In Any Case Records.

Il signe sur Skylax cette fois-ci un EP totalement nineties (MPC oblige), classique et efficace « pour faire danser les gens ». Mais pas que ! Même s’il se veut résolument club, certaines track comme la B3 empreinte de nostalgie ou encore la A3 entre la house et le hip-hop de Trankilou en font plus qu’un simple EP de bonne house et laisse transparaitre une diversité intéressante, qui se confirment par ses autres projets et sorties.

Une extended version de l’A3 en téléchargement libre (courtesy of Skylax records) :

L’EP en entier en écoute ici:

Ton crew de base, c’est les Beat X Changers. Tu peux nous parler un peu de ta relation avec eux ? Comment as-tu été amené à bosser avec eux ?

Je venais tout juste d’arriver à Paris, je crois que j’étais même pas encore installé. Et je les avais vu à une 75021 et on a parlé et tout de suite accroché. Ils m’ont ensuite mis sur un groupe facebook de producer, puisque finalement Beat X c’est assez communautaire à la base. Du coup j’ai lâché mes prods et ils ont kiffé, ça s’est fait assez naturellement et ça me faisait un pied-à-terre à Paris. Ce sont les premiers qui m’ont vraiment donné confiance en ce que je fais, c’est pour ça que c’est ma première famille. Et pourtant ils sont tous plus âgés, donc je suis un peu le jeune fou. Je me fais un peu lyncher mais c’est cool, ils m’ont poussé et me poussent toujours, ils resteront dans mon coeur. Je prépare d’ailleurs un truc chez eux, un gros truc… mais ça prendra le temps qu’il faut, je joue au Rex avec eux en mars avec Bradley Zero.

Comment t’es tu retrouvé à faire une track sur le deuxième various d’In Any Case ?

C’est la sortie qui s’est faite le plus naturellement. Vraiment, personne n’a rien demandé quoi que ce soit « – t’as un track ? – ouais – ok nickel on sort ». C’est Johanna qui m’a proposé (d’In Any Case) Je les vois souvent, c’est des potes.  Avant même de sortir le premier various, ils m’avaient signé sur le deuxième en fait (rires). Donc ce n’était même pas comme s’ils avaient sorti un truc et que je m’étais dis « wow ça défonce », mais plutôt que je savais que ce qu’ils allaient sortir allait être top. Donc on a décidé de sortir un track, en parlant un peu bourrés au 9B. Du point de vue de la nouveauté je trouve qu’ils font partie de ce qu’il y a de meilleur à Paname, j’adore le délire. J’espère qu’on refera des choses mais avec Malouane on gig un peu, donc c’est cool !

Tu disais de ta première sortie sur vinyle « Grand Ecart » (sortie sur Beat X Changers ) que c’était ton côté plage et cocotiers, qu’en est-il de ton dernier EP sorti sur Skylax ?

Je me tiens pas à un personnage. Parfois je fais du hip-hop. Du coup ça varie beaucoup et là ce qui est sorti c’est vraiment ma phase nineties, garage. Le moment où je l’ai fait j’écoutais vraiment beaucoup de garage, j’achetais beaucoup de vinyles de garage UK/US à deux balles sur Discogs. Donc j’avais vraiment envie de faire un EP garage mais aussi avec une petite touche française. L’EP c’est vraiment ça : le grain de la MPC, des samples vinyles et des petits synths un peu cheap. Je voulais un truc un peu club du coup, mais rassures-toi j’vais garder pour la suite mon côté plage et cocotiers (rires).

Comment t’es-tu retrouvé à sortir un EP sur Skylax ?

Par mon gars sûr Signal ST ! C’est Jules donc qui connaissait Joseph (boss de Skylax) qui me l’a présenté, car il avait déjà bossé avec lui  Jules étant la moitié de Garage Shelter. J’avais rencontré Jules quand je faisais une école de jazz à Tours, quand je suis arrivé à Paris on s’est revus car je lui avais dit que je faisais du son, et on aimait tous les deux le babyfoot. La rencontre s’est faite assez naturellement, au début je faisais du son de merde comme tout le monde, enfin il y en a certains qui font tout de suite des trucs de ouf : mais ce n’est pas mon cas (rires).  Ça a plu à Joseph, qui m’a proposé de sortir cet EP qui arrive finalement un an après. Je lui avais fait écouter des projets qui n’étaient pas encore assez mûrs à l’époque  : il m’avait dit de revenir quand ce serait plus poussé. Ça motive énormément d’avoir un feedback de quelqu’un qui est là-dedans depuis 30 ans. Bref je suis revenu à la charge et Love Story est né.

Comme tu l’as dit, tu as utilisé une MPC pour cet EP qui se veut très nineties, certaines tracks comme la A3 sonnent très Trankilou (projet de Pépé Bradock et Ark), tu viens du hip hop ?

Non, pas vraiment. J’écoutais du hip-hop en mode skater quand j’avais 15 ans. Je n’ai jamais vraiment fait du hip-hop, quand j’ai commencé la prod je faisais du trip-hop bizarre mais c’était vraiment naze et inaudible. Après j’ai directement fait de la house, mais parfois produire de la house peut vraiment prendre la tête et j’ai besoin de me détendre. Du coup pendant ces moments-là je me suis dit, je vais me poser faire un gros beat, un truc de smoker. Ces morceaux-là commencent à sortir. Je suis en train de sortir une tape sur Menace, qui est uniquement constituée de hip-hop avec des mecs qui rappent en japonais dessus. Je crois que j’ai jamais assumé mon côté hip-hop car je me disais que j’étais un petit babtou, que ça le faisait pas du tout et que je pouvais pas assumer ce délire. Mais quand t’as une MPC, t’es limite dans un gang (rires), ça te démange de faire des gros beats  . Et puis faire tenir un cerveau sur 6 minutes de house c’est chaud ! Tu dois toujours mentir en rajoutant des choses, en en enlevant… Alors que le hip-hop, pile au moment où ça te saoule, le morceau est fini !

Je voulais montrer un peu ce côté-là, cette jonction entre les styles chez moi, mais non je ne viens pas de ça à la base. Je fais même de la pop dans ma chambre, mes colocs se foutent de moi (rires).

Tu incorpores de la guitare dans certains de tes morceaux. Si tu ne viens pas du hip hop, d’où viens-tu ? Quelles sont tes inspirations ?

J’ai commencé en tant que batteur, du coup je jouais dans pas mal de groupes. J’ai même eu un groupe de reggae (rires), mais voilà rien de sérieux. J’ai donc commencé par la batterie, j’en ai fait 14 ans et en école de jazz mais j’ai toujours eu un délire pop j’avoue, genre Mac Demarco ou Craft Spells. J’ai jamais trouvé les gars avec qui j’ai pu faire ce genre de son. Mais j’ai des influences qui viennent de là, mes trucs sont un peu propres, je suis pas un mec dark de la techno, mes prods sont plutôt joyeuses et positives comme la pop. Ce qui m’a poussé à faire de la house, c’est la batterie, ce qui m’intéressait dans la batterie c’était de faire danser les gens et que les gens me regardent frapper ma batterie. Mais demeurait une frustration dans le sens où j’accompagnais toujours le chanteur ou le guitariste, mais je voulais être au-devant de la scène. Je m’arrangeais pour mettre la batterie sur côté dans les concerts (rires). Donc c’est cette envie de faire danser les gens qui m’a poussé vers la house, ça et le côté solitaire aussi. J’avais vu un live de Kink il y a quelques années, et j’ai tout de  suite voulu faire du live. C’était mon but premier en commençant la house, ça va arriver d’ailleurs…

J’ai vu que tu aimais bien des mecs comme Ross From Friends. Avec la montée en puissance de producteurs comme Mall Grab qui reprennent les codes esthétiques ou visuels de genres comme la vaporwave, tu penses qu’on assiste à la montée d’une sorte de « vaporhouse » ?

Oui carrément ! C’est marrant parce que quand je parle de ça, je le définis de la même manière. Pour moi il y a tout ce côté vapor qui est mort maintenant, même si j’en fais secrètement mais j’assume pas car j’ai toujours deux ans de retard. C’est le même délire ! Quand tu vois les mecs de la lo-fi, tous les trucs se ressemblent, y’a 1000 blazes différents qui reprennent les mêmes codes. Un pack de sample lo-fi et un visuel animé. C’est exactement le même starterpack que celui de la vapor presque. Mais moi je trouve ça mortel ! J’essaye de plus en plus en plus de faire la liaison, j’ai quelque chose en préparation qui sort en début septembre à base de gros sample des années 80 qui aurait très bien pu être de la vaporwave.

C’est critiqué, comme pour le cas de Dj Boring par exemple. Les mecs ne comprennent pas pourquoi ça marche autant. Quand tu produis tu te dis « ouais, il n’a rien fait ». Mais ça a toujours été le cas de toute façon, dans tout et partout. Des mecs qui rentrent dans des expos et qui disent « oh c’est trop de la carotte j’aurais pu le faire », sauf que ben, tu l’as pas fait mec. C’est pour ça que je leur crache pas dessus, de toute façon il y a un tiers de chance, un tiers de talent et un tiers de business (rires). Ça dépend aussi de là où tu es aussi, par expérience j’ai l’impression que  si tu fais des trucs à Londres ça touche beaucoup plus de gens que si tu fais des choses à Paris.

Mais bien sûr, ça peut tomber dans l’extrême, sur certaines chaînes youtube on peut avoir l’impression de toujours écouter le même son, ceci dit cela permet aux mecs qui ont le petit truc en plus de passer au travers des mailles du filet.

T’as commencé à produire avant de mixer ? C’est marrant c’est souvent le mouvement inverse…

Oui, ça fait pas longtemps que je mixe en soi. Je préfère produire, t’es dans un esprit de création, tu planes. Quand tu captes la transe, tu vois pas le temps passer. Parfois je commence à proder il est 20h, j’arrête il est 5h du matin. Je me dis « putain mais j’ai raté ma vie », mais bon ça va j’ai fait un bon track. Mixer c’est cool, mais par exemple mixer seul dans sa chambre c’est l’enfer, tu t’ennuies trop.

J’aime mixer, j’y ai vraiment pris goût, mais c’est vrai que je suis un musicien de base, et donc je pense que les deux choses ont  vraiment des vibes différentes. Certains producteurs ne savent pas du tout mixer mais font des lives de ouf.

Une anecdote « hard life » ?

Hier mon gars ! Je la veille à l’Iboat avec TRP, je vais me coucher vers 8h. Je suis quelqu’un qui dort au minimum douze heures. Je vais donc me coucher dans un Airbnb, ma chambre donnant directement  sur l’entrée avec une porte vitrée. Je me fais réveiller, à moitié à poil, quatre heures plus tard, par une nana qui m’explique que je dois me barrer pour qu’elle fasse le ménage pour les prochains locataires.

En plus j’avais trop mal au bras parce que je venais de me faire tatouer et je n’avais pas de crème, rien. Pour clore le tout, quand je suis arrivé à Paris, j’ai pris une amende parce que j’avais pas de ticket de métro. Comme un connard.

De futurs projets ?

Aller voir un psychiatre pour me détendre (rires). Plus sérieusement, la tape hip hop sur Menace, l’EP sur BeatXChangers. Des  tracks sur des various,  une sur Rutilance notamment… Je sais pas trop si j’ai droit de le dire. Une autre sur Banoffees Pies Records et enfin un EP sur Quartet Series . Des trucs sur Délicieuse musique aussi, que des hits summer que t’écoutes en bagnole. Et puis d’autres trucs plus secrets…

Qu’est-ce que ça fait d’être un de ces petits mecs qui montent dont on parle tout le temps ?

C’est du fun. Mais aussi c’est kiffant parce que ça se concrétise et se professionnalise… Moi, j’aimerais en vivre. Je sais qu’il y a plein de gars qui font ça à côté d’un autre taff, j’aimerais réussir à ne  faire que ça. En plus, ces moments de rencontres, de work in progress sont hypers positifs. J’ai de la chance de vivre avec des mecs qui prods tous et qui sont tous plus ou moins de monter justement : quand je me lève le matin et que je vois tous mes colocs en train de faire de la musique, je ressens carrément les bonnes vibrations.

J’écouterais bien ton EP dans le bain, tu peux me donner des sons que t’écouterais dans un bain ?

Un gros truc de lo-fi hip hop, des choses faites avec la SP-404, de la grosse vaporwave. Oui parce que je suis en retard de 2 ans, mais là j’ai vraiment l’impression d’enfin capter le délire vaporwave. Comme quand t’attends longtemps pour voir un film que tout le monde t’a recommandé, et quand tu le fais enfin, tu saisis plus particulièrement la chose. Bref, le meilleur EP pour le bain c’est « Ice in tha Veins  » de Contact Lens .

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