“Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.” Une belle analogie pour résumer ce qui se dégage de l’univers de Boris Bunnik. Conforce, Versalife, Vernon Felicity… Différents alias, différentes humeurs, toujours cette même ferveur. Malgré un background teinté de house, ses productions ont plutôt tendance à chavirer vers une techno nébuleuse et transcendante.

Après un premier rapport quasi-prophétique avec la musique électronique, le jeune Boris a à peine 15 ans lorsqu’il commence à jouer au Dance Café à Terschelling, son île natale. Le patron, voyant son potentiel, l’introduira à la prod’ “maison” en lui prêtant son magnéto et en lui faisant découvrir ses vinyles. Ce n’est que bien des années plus tard, en 2007, qu’il sortira de l’ombre avec 2 EP’s remarqués sur Rush Hour, avant de signer sur Delsin, Meanwhile ou encore Clone. Sa passion pour la photographie lui permet également de documenter ses déplacements lorsqu’il se produit en live à l’étranger.

Invité pour le week-end de réouverture du Glazart Vendredi 8 Janvier, Dure Vie a profité de l’opportunité pour en découvrir un peu plus sur le producteur néerlandais. On ne peut donc que vous conseiller de venir constater par vous même l’étendu de son talent tout en profitant de la nouvelle terrasse aménagée en chill tropical. Côté dancefloor, le Glazart a fait fort puisqu’il occupera l’intégralité de l’espace intérieur. Enfin, vous aurez aussi le plaisir de découvrir une toute nouvelle salle des machines rétro-futuriste concoctée par Clément Murin et animée d’un mapping signé HeavyM. Niveau programmation, pas soucis, Conforce n’est pas venu seul. À ses côtés vendredi : le duo Skudge et The Welderz (Newtrack). Si vous n’êtes pas rassasiés rendez-vous samedi avec Hemka et Madlex (Fée Croquer) et accrochez-vous pour décollage immédiat en compagnie de CW/A.

En plus Dure Vie vous file des invitations !

 

Dure Vie La légende raconte que ta première approche avec lacid house et learly rave sest faite grâce à une cassette que ton père a trouvé dans les bois. Il semblerait que tu sois lÉlu As-tu toujours cette fameuse cassette ?

Conforce Oui, elle doit être quelque part chez mes parents. Je me sens chanceux et privilégié, sur le moment on aurait dit quelque chose d’interstellaire, d’extraterrestre. Je ne comprenais pas vraiment ce que c’était au début, mais l’appréciation est venue avec le temps.

DV Ta bio Twitter te décris comme un cosmonaute frustré, un mot à ce propos ?

Conforce C’était une déclaration de Juno Records dans une review sur un track que j’ai sorti sur MOS, ça m’a paru plutôt marrant comme titre.

DV Le Dance Café à Terschelling a joué un rôle important au début de ta carrière. Dans une interview, tu parlais dun set de vinyles donnés par le patron, qui tavaient beaucoup influencé. Quels sont ceux qui ont eu le plus dimpact sur toi ?

Conforce Je me souviens de vieux records de Luke Slater, Dave Angel, Gerd, Speedy J et des vieux EP’s d’Adam Beyer.

DV Que sest-il passé entre cette période et ta percée en 2007 avec lEP Our Concern sur Rush Hour ?

  Conforce J’étais curieux de produire de la musique à côté du truc de DJ. Jouer les disques des autres n’était plus assez satisfaisant pour moi. Je suis un créateur. Donc il m’a fallu des années et des années avant d’arriver avec quelque chose qui me satisfaisait pleinement à ce moment particulier.

Les deux premiers vinyles chez Rush Hour ont été une sorte de catalyseur pour continuer la production. Il faut bien commencer quelque part.

DV Ce qui est intéressant dans tes productions, cest quelles mettent laccent sur la dimension humaine de la musique, en passant par tout le spectre des émotions. Jai lu quelque part que durant tes études, tu bossais sur des documentaires, plutôt axé sur lhumain, et aujourdhui encore, tes photos ont tendance à se focaliser sur laspect social. Serait-il juste daffirmer que tu es une sorte danthropologue des temps modernes ?

  Conforce L’anthropologie me fascine de plus en plus en raison des voyages que je fais avec ma profession de musicien.

C’est peut-être un grand mot, mais j’aime être dans cette zone de découverte absolue des choses et les regarder avec perspective décalée. Pour moi, la photographie est surtout un moyen de sortir de ma zone de confort « nerdy » et de me baser un peu plus dans le présent. Le résultat est d’importance secondaire. Bien sûr, j’y investis du temps donc les résultats ont leur importance à un certain moment.

J’adore faire intrusion dans des endroits et découvrir les villes où je vais, me faire une idée d’où je suis et comprendre un peu les gens plutôt que de visiter et « consommer » l’endroit en une vingtaine d’heures. C’est l’inconvénient de la profession, on a très peu de temps, au final, je suis là pour réaliser une performance en tant qu’artiste mais j’ai le sentiment que les promoteurs apprécient vraiment cet intérêt authentique que je porte aussi. Ils sont surpris la plupart du temps. Ce n’est pas toujours le cas. J’aime juste l’ordinaire, les choses normales et je veux être surpris dans les rues si je ressens l’énergie.

DV Tu es un producteur lunatique, jentends par là que tu as autant dalias que d’état desprit lorsque tu produis. Conforce explore les profondeurs atmosphériques de la techno tout en restant dancefloor-friendly. Vernon Felicity puise plutôt dans lacid jacking et tu expliquais que le but de Versalife était de pousser les machines jusqu’à leurs limites.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur les contextes derrière Hexagon et Silent Harbour ?

  Conforce Silent Harbour avait pour but une techno downtempo, plus atmosphérique, plus lancinante avec des éléments aquatiques. Le déclencheur fût un séjour d’un mois à Berlin dans un appartement au 7e étage durant un mois de décembre glacial avec rien d’autre que du brouillard et une visibilité zéro. Ça représente en quelque sorte ce que l’album est devenu !

Le nouvel album est un peu plus chatoyant, un peu plus cinglant mais toujours dans le même esprit. De la techno downtempo atmosphérique à écouter chez soi.

Hexagon relève d’une nécessité d’explorer encore plus loin mes possibilités en tant que producteur. Certaines tracks plus expérimentales, plus IDM avaient besoin d’un autre pseudo. Mais les choses que je fais avec Versalife et Hexagon se rejoignent parfois. Il y aura toujours des ingérences d’un alias à l’autre.

 DV Il y a quelques mois, je suis tombée sur ton dernier album en tant que Silent Harbour, Hinterland, sans savoir que c’était toi. Une pièce narrative et organique où tu voyages à travers les couches plus profondes de lambient et de la dub techno. Est-ce que tu avais prévu de faire un album ou est-ce que tu as décidé de faire un album après t’être retrouvé avec plusieurs tracks qui saccordaient ? Comment travailles-tu sur un album en temps normal ?

 Conforce Il y avait un projet d’album. Tu as besoin de motivation et d’inspiration pour réaliser un album, aussi de temps libre pour expérimenter et trouver une palette de sons qui soit assez consistante pour être présentée comme un tout.

Je ne suis pas intéressé par les albums clubs en tant que producteur.

DV Même si chacun de tes alias est considéré comme une entité à part entière, il y a toujours ce thème sous-jacent, cette empreinte émotionnelle commune à tous tes travaux, musicaux et visuels. Le fait que le titre du dernier track dHinterland, Travelogue, est aussi le titre du dernier EP de Conforce renforce cette idée que tout ce que tu fais est étroitement lié.

Sais-tu dès le début quelle facette cherche à sexprimer? Ou est-ce quau contraire, tu réfléchis à ça plus tard ?

 Conforce Une fois qu’un track est terminé, je sais sous quel alias je dois le sortir. Mais comme je le disais plus tôt, Versalife et Hexagon s’influencent pas mal l’un l’autre. C’est assez intéressant pour moi. L’un d’entre eux sera peut-être amené à disparaitre un jour.

DV Depuis 4 ans, tu voyages dans le monde entier, jouant aux Etats-Unis, en Russie ou même au Japon, dans quelles mesures le fait de partager une expérience live avec ton public a affecté la manière dont tu joues ?

 Conforce J’apprends énormément en tant que producteur en jouant mes propres tracks. L’impact et quels éléments fonctionnent sur une foule sans passer pour le mec qui veut tout le temps faire une musique prévisible. Ça marche dans les deux sens. J’ai besoin de l’interaction, de voir l’effet de la musique. C’est satisfaisant et ça me rend heureux.

En tant que performer live, tu en as vraiment besoin, sinon ça devient beaucoup trop linéaire. La musique est censée être jouée en club donc tu as besoin de ce cadre. C’est différent pour les albums bien entendu, c’est un process à part.

DV En plus d’être un producteur hors pair, on te connait fin selector. Un record qui a attiré ton attention dernièrement ?

 Conforce Les dernières sorties de Pamétex sur Frustrated Funk sont géniaux !

DV Cest loin d’être ta première fois à Paris, quest-ce que tu aimes dans cette ville ?

Conforce Cette éternelle odeur de pisse à Gare du Nord quand tu attends ton train. Le fait que les parisiens s’assoient encore pour boire leur café et les cavistes bien sûr !

DV Quels sont tes plans pour 2016 ?

Conforce Sortir d’autres EP’s sous Conforce. Un nouveau truc pour Versalife arrive aussi. Exposer mes photos à un moment ou à un autre. Devenir un professionnel dans la consommation et la dégustation de vin.

 

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Interview réalisée et retranscrite par Noémie Barbier

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