Rares sont les producteurs/DJs de l’âge du rouennais Vital aka Raär, qui peuvent se vanter d’avoir un CV aussi fourni. Il n’a pas encore 23 ans qu’il commence déjà à s’imposer comme un monsieur dans le monde de la techno. Après quelques sorties remarquées comme le fameux « Sometimes I Hear Sirens », un hit à plus de 500 000 vues sur YouTube, son album sur GASP Records, ou encore son EP fraîchement sorti sur Renascence, le Lobster Theremin français, Raär vient de créer son propre label : Vaeren records. Avec ce nouveau label, Raär prend un contrôle total sur la direction artistique de sa carrière. 

Si Raär donne l’impression de savoir exactement où il veut aller, c’est que malgré son jeune âge, il dispose déjà d’une expérience très riche dans le domaine musical. Avec une formation d’ingénieur du son, un poste d’assistant de programmation chez Rinse France, où il invite des proches du milieu à jouer avec lui (et certains dont il assure parfois le mastering comme le crew d’Amygdale Records, MP-57, Trudge, Maukook, etc.), Raär s’impose en vrai professionnel. 

Ce professionnalisme, ses DJ sets en transpirent. Pour le vérifier par vous-même, rendez-vous ce samedi 18 novembre pour la soirée organisée par Possession aux Nuits Fauves. 

Raär, ça veut dire quoi ?

J’ai découvert ce mot quand j’étudiais en Belgique, c’est du flamand et ça signifie “weird”, bizarre.

Tu produis, tu mixes, et j’ai lu quelque part que tu fais (ou faisais) des études d’ingénieur du son. D’où te vient cette passion pour la musique ? Et qu’est-ce qui t’as fait plonger dans les musiques électroniques plus particulièrement ?

Ça fait un moment que je voulais être ingénieur du son. Quand j’étais petit, les studios d’enregistrement me faisaient rêver ! J’ai toujours écouté de la musique, depuis tout jeune, je pense que ça vient de mes parents qui en écoutent, surtout mon père. À la base je n’étais pas vraiment passionné de musique électronique, c’est venu assez tard après le lycée. Quand j’étais dans mon école, un ami de ma classe était vraiment (et est toujours) à fond dans la techno et la musique électronique expérimentale, c’est lui qui m’a fait découvrir ce monde-là et j’ai vite compris sa passion.

Comment est-ce que tu définirais ton style musical en quelques mots ?

À mes débuts je produisais de la house et maintenant de la techno. Je sais pas trop comment définir ça, c’est pas facile, il y a des beaux pads mélancoliques, des gros drums, ça m’arrive de produire des tracks deep et d’autres beaucoup plus percutantes.

Comment tu t’y prends pour construire un morceau ?

Maintenant que j’ai changé de set-up, je produis quasiment tout en live sur mes machines : je joue, j’enregistre piste par piste, et ensuite je fais le mix et l’arrangement.

Produire, mixer, qu’est-ce qui te fait le plus kiffer ?

L’énergie est totalement différente, j’aime bien être dans mon confort chez moi tranquille, mais j’aime vraiment mixer. Depuis que j’ai pas mal de bookings, je suis triste quand j’ai un week-end sans mixer, c’est très addictif !

Un style improbable que t’as jamais expérimenté et que tu pourrais incorporer dans un de tes tracks ?

C’est assez simple aujourd’hui d’incorporer quelque chose avec un sample, peut-être quelque chose de tribal, des chants etc, même si ça a déjà était fait, tant pis, j’aime bien en ce moment !

Ton morceau « Sometimes I Hear Sirens », sorti sur le label toulousain House Plant Records, est sans aucun doute ton plus gros succès à ce jour. Si je ne me trompe pas, c’est également l’un des 1ers que tu as sorti sur un label. Tu peux nous raconter l’histoire derrière ce morceau  ? Quelle importance accordes-tu au titre de tes tracks ?

C’est l’une de mes premières productions, j’avais déjà deux ou trois morceaux terminés sur mon Soundcloud avant de proposer le morceau à Lucas de House Plants Records.

Je suis tombé sur l’enregistrement studio de la vocal de Diana Ross. J’avais une idée de track très nostalgique en écoutant ça, j’ai donc produit la track autour de ce sample. Elle est plutôt simple, c’était vraiment à mes débuts. Il n’y pas grand chose dans l’arrangement mais ça a l’air efficace.

Le titre permet de parfois diriger l’auditeur sur ce qu’il peut ressentir avec le morceau, sur l’histoire qu’il peut s’imaginer. Personnellement je me souviens rarement des titres de morceaux techno, c’est pas quelque chose qui me marque vraiment.

Tu commences à faire pas mal de dates maintenant, en France mais aussi à l’étranger. Tu as notamment joué dans des pays où il n’est pas très courant de voir des DJ techno français comme les États-Unis ou la Géorgie. Comment en es-tu arrivé à jouer là-bas ?

Je vois que j’ai beaucoup de mon public qui vient de Georgie dans mes stats Facebook, c’est le second pays entre la France et l’Allemagne. Pour les États-Unis, c’est un gros coup de hasard avec une rencontre via Instagram !

Parmi toutes les dates que tu as faites jusqu’à maintenant, quel en est ton meilleur souvenir ?

Bassiani en Georgie, j’ai eu des frissons dès que je suis rentré dans la grande salle, le son est vraiment bon. Il y a quelque chose de spécial là-bas, qu’on aimerait bien garder pour soit. C’était une soirée magique : j’ai mixé plus de 6h, le public est parfait, toujours entrain de danser. Je débutais en tant que DJ. C’est un gig qui m’a beaucoup marqué et j’ai pas encore retrouvé cette énergie, j’ai hâte de rejouer là-bas !

Tu sors beaucoup ?

Pas du tout, je suis très timide, je ne bois pas, je ne prends rien et je n’aime pas particulièrement faire la fête (je dois pas être très drôle vu comme ça). Si vous me voyez dans un club c’est parce que le line up est bon !

Qu’est-ce tu penses de la scène actuelle ? Des artistes et labels à suivre de près selon toi ? Avec qui tu voudrais collaborer ?

Je suis un peu jeune pour juger mais je trouve que la scène se porte bien, il se passe toujours quelque chose dans tous les style, comme avec le retour de la trance et de l’électro en ce moment. Il y a quelques labels que j’apprécie beaucoup en ce moment comme Ectotherm, le label des danoises Mama Snake & Courtesy géré d’une main de maître. Les quatre releases sont excellentes. Il y a aussi les français de chez Taapion qui ne déçoivent jamais non plus. Un peu moins connus et qui commencent à se faire un petit nom en France, les labels russes Gost Zvuk et Private Persons.

En artiste, j’invite tout le monde à écouter le dernier EP de Tzusing, celui de XAN et celui de Niki Estrefi.

Le 18 novembre, tu joues aux Nuits Fauves avec Planetary Assaut Systems, Parfait et Kmyle pour une soirée organisée par le collectif Possession. Pour qu’on se fasse une idée du style de set que tu vas faire, est-ce que tu peux nous donner 3 tracks que tu aimes passer en ce moment ?

Un set très techno comme d’habitude, j’ai jamais vraiment joué house à part dans mes premiers podcasts à la maison. Malheureusement on pense souvent le contraire et il y eu quelques surprises lors des gigs ! Big up à la Concrete.

Et bon, parce qu’après les soirées, dodo, tu écoutes quoi avant d’aller dormir ?

Raär : Facebook / Soundcloud / RA