À Paris, le duo Groove Boys Project est une référence incontournable du live house français, pourtant encore bien gardé. Ces deux énormes passionnés du genre ont monté leur propre label éponyme, et possèdent un des plus beaux et riches studios de Paris. Rencontre avec l’une de ses têtes pensantes, Projecture, qui signe le troisième EP, Deep Side Of The Moon. Le titre Nuyorican Connection (en collab avec Rawaï) est à écouter à la fin de l’article.

Quand et comment avez-vous monté Groove Boys Project

On a monté Groove Boys il y a quatre ans bientôt, de manière assez simple et naturelle. On s’est rencontré autour des disques et autour de la musique qu’on aimait, on écoutait les mêmes labels, les mêmes influences. On a décidé de monter le duo et deux ans plus tard le label Groove Boys Project Records. 

Quelles sont vos influences, et donc les tiennes sous Projecture

Mes influences musicales sont assez variées, j’écoute beaucoup de jazz, funk et de disco, tout le son black music en général… En musique électronique je suis surtout influencé par la House 90’s, les labels de New-York, New-Jersey…

Cette musique puise beaucoup dans tous les styles que j’aime et on y retrouve tout ce qui m’avait plu dans le disco, le jazz… En club je joue beaucoup de Garage, de Deep House mais dans ma collection de disques on retrouve de tout, du French Boogie jusqu’à la Jungle. 

DEEP SIDE OF THE MOON est le troisième EP sur le label. Comment as-tu travaillé les morceaux, quelles ont été les influences à nouveau ? 

Ce troisième disque est un peu différent des deux premières releases du label ; j’ai écris les morceaux seuls alors que les premiers disques sont des EP en duo donc on y retrouve un peu plus ma signature personnelle, je pense que j’ai assumé quelque chose de plus musical sur cet EP. J’ai travaillé ces morceaux au Studio 937, le studio que nous avons fondé avec Alex et Bruce. Tout a été produit en hardware avec un set up assez vintage ; j’utilise des synthés, des boîtes à rythme, la MPC 2000 XL et une grosse console analogique.  

Je dirais que les influences sur ce disque sont bien évidemment Saint Germain, mais aussi les producteurs New-Yorkais du début des années 90 comme Jerzzey Boy, Kerri Chandler bien sur, Masters At Work, Maurice Joshua… Le titre rend hommage au célèbre album de Pink Floyd même si ma musique est très éloignée de celle de Dark Side Of The Moon. C’est plutôt une référence poétique, un rêve prolongé sur la face cachée de la Lune. 

Cette thématique m’inspire beaucoup et je m’étais promis d’en faire un disque. Je pense que ce qui me plait le plus dans la musique de Pink Floyd c’est la composition des albums, l’ordre dans lequel on découvre les morceaux, le voyage proposé le long du disque.

Le morceau « Tribute To Saint Germain » découle directement du groupe ? 

Sur chaque disque du label, nous rendons hommage à un producteur qu’on admire et qui nous influence. Après les Masters At Work et Greg Gauthier, j’ai voulu rendre hommage à Saint Germain qui est un des producteurs qui a nourri ma curiosité sur la deep house.

C’était une porte ouverte en France sur un monde musical que je ne connaissais pas et grâce à lui j’ai commencé à m’intéresser à ce son-là. Depuis mes premiers disques de Saint Germain, beaucoup de chemin a été parcouru maintenant, et je suis ravi de release ce Tribute avec Lulu Jems à la batterie et Kamasari au saxophone. Tous les deux sont des musiciens incroyables et ils m’ont beaucoup aidé à faire de ce morceau une vraie pièce de jazz à jouer en club.

© Studio 937

Les morceaux sont fait en feat avec Rawaï, Lulu Jems, Kamasari… Tu t’entoures toujours de tes potes ? 

Oui, toutes les collaborations que je fais sont avec mes proches, nos amis du studio, des amis musiciens ou producteurs. C’est important pour moi que les projets de musiques soient aussi des moments entre amis, lorsqu’on bosse sur un morceau au studio c’est avant tout un moment de plaisir où l’on fait ce qu’on aime le plus ! 

On produit beaucoup ensemble avec Bruce aka Rawaï, c’était normal de release un de nos morceaux ensemble sur ce disque. Là aussi, la collaboration musicale est avant tout une affinité et le fruit de tout ce qu’on partage autour de la musique. 

Quelles machines utilises-tu pour produire ? Tu es aussi grand instrumentiste, tu as toujours fait de la musique ? 

Je fais de la musique depuis longtemps mais j’ai commencé la production bien plus tard. Pendant longtemps je n’avais chez moi que des guitares, quelques pédales et un ampli. Mais avec les disques j’ai découvert la musique électronique et j’ai très vite voulu m’équiper pour produire. Aujourd’hui je bosse uniquement avec les machines et les instruments, j’utilise aucun instrument logiciel.

Au studio on a une belle section synthé avec Korg M1, DX7, DX100, Juno 60, King Korg, MS20, JX 8P, D50, CS1X… Dans beaucoup de mes morceaux je joue du Fender Rhodes, et de mon orgue électronique qui est un instrument génial. J’utilise aussi la MPC, un sampleur AKAI S5000, TR 707, TR 505, TR 8, un VDrum…. Sinon les guitares, les guitares basses… et tous ces instruments sont branchés dans une grande console. 

© Studio 937

Vous avez un studio près d’Odéon à Paris, avec des dizaines de machines. ça pourrait être l’un des plus gros en termes de musiques électroniques ! Comment vous l’avez monté ? Vous recevez des artistes ? C’était un rêve ? 

C’était carrément un rêve ! On rêvait tous les trois d’un lieu pour produire tranquille, à n’importe quelle heure sans déranger personne. On était « bedroom producers » et on emmerdait les voisins, la famille etc… Il y a un peu plus d’un an on a trouvé ce local et on l’a aménagé nous-même en studio. Ça nous a demandé deux gros mois de travaux sur place mais je pense que ça valait le coup, aujourd’hui on produit au studio tous les jours et c’est un vrai bonheur que d’avoir un lieu pour écrire notre musique, pour recevoir d’autres musiciens/producteurs etc…

On y a reçu quelques artistes comme Andres, Inner Sense, Greg Gauthier, Ava Baya, Kamasari, Lulu Jems, Fasme, Jakku, Apaache, les membres des labels amis comme Increase The Groove, Robby & Stupid Flash, Mesma Records… Par hasard il y a même eu une repet’ du live de Joe Claussell, Kuniyuki et Fumio Itabashi  pour la Japan Connection au studio, c’était très drôle de voir ce beau monde chez nous. 

© Studio 937

Des artistes live que tu admires ? 

Pour les performances live j’admire surtout les formations concert. Les très bons groupe sont bien plus interessants selon moi à voir sur scène. Je vais beaucoup écouter des concerts et ils m’inspirent beaucoup sur ce qu’on est censé donner sur scène. Les concerts qui m’ont le plus impressionné c’était Cortex, Shigeto, Dexter Wansel, Apaache… Sinon pour les performances live électroniques j’admire beaucoup les live de Harvey Sutherland, B From E, Playin’ 4 The City, Secret Value Orchestra. 

Tu préfères le DJ set ou le live ? 

C’est un peu la question impossible ! J’adore le DJ set car j’aime énormément les disques que je recherche et que je collectionne… Et le DJ set c’est le meilleur moyen de les partager. La collection de disques a pris une vraie place dans ma vie aujourd’hui, et pour moi chaque DJ set est une opportunité d’en sortir quelques uns et de les faire tourner devant le public. Bien sur le live c’est génial parce qu’on joue sur scène, avec nos instruments, et nos propres morceaux surtout ! Et ça, ça n’a pas de prix… 

Qu’est-ce que tu dig en priorité ? 

En ce moment, surtout de la Garage / House 90’s côté New-Jersey… Il y a des artistes et des labels qui me plaisent beaucoup en ce moment mais les disques sont difficiles à trouver. Sinon je dig beaucoup de disco et boogie français en ce moment, les disques oubliés produits en France dans les années 80. 

Qu’ambitionnes-tu pour la suite ? 

La suite c’est produire encore, continuer de bosser tout ce qui est en cours… On a deux EP Groove Boys Project qui arrivent, le premier LIBERTY STREET EP sur le label de nos amis de chez Zoll Projekt qui devrait sortir bientôt, et le second sur AMSEM, le sous-label de MESMA. On y release des collab avec Ava Baya, Robby & Stupid Flash, Rawaï, Kamasari…

Sinon la suite pour moi, ça serait la sortie d’un projet d’album. Un album moins électronique que ce qu’on peut trouver sur le label, des morceaux plutôt jazz-funk. Pour ça je m’entoure de mes meilleurs amis musiciens, c’est sur le feu. 

On dévoile aussi bientôt un nouveau label avec Bruce, Planète Keraw. Le premier disque arrive au printemps, avec de la house old school et sévère, un disque de club. J’ai vraiment hâte de voir ce projet sortir car on bosse dessus depuis un moment.

Vous pouvez suivre Groove Boys Project sur Facebook et Soundcloud. Écoutez ci-dessous en exclusivité le titre Nuyorican Connection sur notre chaîne Soundcloud.