Photo à la une © Le Viet Photography

Les 26 mars prochain, le Japan Connection, premier festival au monde dédié aux musiques et cultures électroniques japonaises, est de retour à Paris. Entre collaborations inédites, légendes du genre, scène émergente et lives audio-visuels immersifs : rencontre avec le programmateur du festival, Simon Hamel.

Après avoir réuni plus de 3600 personnes lors de la première édition en 2019, suivie de deux annulations liées à la crise sanitaire, le Japan Connection revient à La Gaîté Lyrique le samedi 26 mars pour une journée et une nuit exceptionnelles.

À la croisée des genres, le festival a dévoilé sa programmation complète avec notamment les parrains du festival Kuniyuki Takahashi et Hugo LXSatoshi Tomiie et DJ Nori, Daisuke Tanabe, ou encore des références de la scène internationale comme Wata Igarashi et DJ Nobu. Performances et arts numériques transformeront aussi la salle avec Akiko Naka-yama, le VJing de Manami Sakamoto aux côtés de la musicienne Yuri Urano, ou encore la performance du duo de sound design NONOTAK et celle d’Intercity-Express. 

Comment vois-tu l’évolution du festival depuis sa création ? Comment as-tu travaillé l’édition à venir et les dernières années avec la crise sanitaire ? 

Étant donné que les deux éditions après la première (2019) ont été annulées à cause du covid, je n’ai pas eu vraiment la chance de constater une évolution. Mais forcément, en travaillant à l’organisation de ces éditions avortées, nous avons pu affiner notre démarche, notre connaissance des cultures japonaises contemporaines, développer notre réseau. 

Le festival s’est beaucoup professionnalisé depuis sa création. D’abord dans son identité visuelle sur laquelle nous avons beaucoup planché avec Parade Studio et qui correspond vraiment à ce que nous recherchions, dans la production, la communication… 

Crédit © Le Viet Photography

Et puis forcément, j’ai beaucoup profité de tout ce temps pour repenser la programmation qui a pas mal évolué grâce à des échanges, des rencontres et une curiosité pour la nouvelle scène émergente nippone que je n’avais pas avant. J’ai intégré pleinement les arts numériques dans la prog et je me suis focalisé sur un versant plus moderne et expérimental des musiques électroniques. 

En dehors de la programmation scénique, on a aussi décidé d’aborder d’autres aspects importants de la culture japonaise comme la food, l’artisanat, l’art vidéo et certains sujets de société.  

Comment a été construite la programmation de cette année ? 

L’un des axes essentiels de la programmation du festival est de proposer des performances inédites, de présenter des premières mondiales ou européennes en impulsant notamment de nouvelles collaborations. C’est toujours le cas cette année, avec la première hors du Japon de Dj Nobu et Wata Igarashi en duo, la première mondiale du live de Satoshi Tomiie et Kuniyuki. Nous souhaitons aussi participer à faire connaître la scène japonaise émergente, avec les premières dates en France de Yuri Urano et Manami Sakamoto.

On proposera aussi des initiations à l’artisanat et aux savoir-faire japonais avec l’Espace Japon. Enfin nous tenions à aborder des sujets de société avec des talks qui seront pensées et organisées cette année par le magazine Tempura, spécialiste de la culture japonaise contemporaine. 

L’objectif est de proposer un week-end où le public pourra vivre une expérience fidèle à ce qui s’écoute, se regarde, se mange et se vit dans les scènes alternatives de Tokyo, Kyoto ou Osaka. 

Quelle relation tu entretiens avec la scène électronique japonaise ? Comment t’es venu l’idée de construire ce festival ? 

Le projet est d’abord né d’une contrainte. J’ai toujours été passionné de musique, électronique mais aussi de jazz, de funk, de disco, de synth pop. J’avais donc forcément déjà été en contact avec le Japon qui est un passage obligé pour tous ceux et celles qui ont un penchant compulsif pour le son, sans pour autant développer une fascination particulière pour le pays. 

C’est à l’occasion d’une date que nous avions posé au New Morning avec Make It Deep que le projet est né. L’équipe du lieu nous avait donné un cahier des charges bien précis pour coller à leur programmation très centré sur le jazz. Ils étaient ouverts à une prog musique électronique mais il fallait que ça soit en live et que les artistes jouent également d’instruments acoustiques. J’ai aussitôt pensé à Kuniyuki Takahashi, un des pionniers des musiques électroniques au Japon dont le live répondait à toutes ces contraintes. C’est à ce moment là que l’idée est née, et qu’on s’est chauffé à proposer un événement dédié aux musiques électroniques japonaises. On a donc ajouté Takecha au line up et organisé la première Japan Connection en Avril 2017. 

La suite, c’est le live hors du commun que Kuniyuki avait donné ce soir-là qui nous avait tous laissé sans voix. Ça a été une rencontre humaine incroyable avec l’homme, tout aussi hors du commun. On a gardé contact, échangé des idées et de la musique et imaginé de futurs projets autour du concept Japan Connection qui a donc donné naissance deux ans après à un festival à la Gaîté Lyrique. 

Avec le recul, je pense que ce qui m’a touché ce soir-là chez Kuniyuki est quelque chose que j’ai retrouvé chez presque tous les artistes japonais que nous avons invité par la suite. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle j’ai finalement développé la passion que je n’avais pas au début pour la scène artistique nippone. 

La barrière de la langue, l’éloignement géographique et l’absence presque systématique de managers (sûrement due aux deux premières raisons) font qu’ils ne sont pas intégrés aux circuits traditionnels des clubs et festivals occidentaux. Ils ne sont donc pas influencés par les tendances que nous connaissons. Cela leur donne de fait une liberté considérable dans la création et une vraie pureté dans la démarche artistique.  

Il y a quelque chose d’essentiel et d’intemporel dans leur manière d’aborder l’art (qui est aussi à mettre en relation avec l’inspiration qu’ils puisent dans leur rapport à la nature) que l’on retrouve immédiatement sur scène. Cela donne des performances radicales et uniques qui font beaucoup beaucoup de bien dans une période où la qualité d’un artiste ou d’une prestation a tendance à être reléguée au second plan au profit d’une image, d’une trend ou d’un message. 

Qu’avez-vous prévu en matière d’arts numériques / scénographie ?

Pour les arts numériques, j’ai programmé plusieurs live A/V dans la grande salle. Manami Sakamoto & Yuri Urano viendront jouer une performance A/V où code informatique et nature s’entremêlent dans une balade contemplative. Akiko Nakayama, qui avait sublimé l’édition 2019, avec ses peintures en mouvement viendra présenter une performance en solo et un live A/V réalisé avec Kuniyuki.

Crédit © Le Viet Photography

La nuit du samedi, tous les sets et lives seront également accompagnés de VJing, assuré par les artistes Yuki Iwamoto et Manami Sakamoto. En termes de scénographie nous n’avons pas prévu énormément de choses, le cadre unique de la Gaîté Lyrique se suffisant à lui-même.

Est-ce important de construire des ponts entre les différentes scènes électroniques dans le monde ? 

Je pense que le dialogue est essentiel pour nourrir l’inspiration. De tout temps, de grands courants, de grands albums ont émergé grâce aux ponts construits entre des cultures de pays ou continents différents. Une culture en vase clos tourne en rond et s’appauvrit inévitablement. 

Donc oui, je suis convaincu que construire des ponts entre différentes niches artistiques dans le monde est important, libre à chacun ensuite de puiser l’inspiration là où il veut. 

Dans le cas du Japan Connection, ce qui est proposé sur scène est vraiment différent de ce que l’on a l’habitude d’entendre et de voir ici, c’est donc une source d’inspiration qui ouvre de nouvelles perspectives, une expérience singulière qui bouscule le cadre de notre perception !

Toutes les informations sont à retrouver sur l’événement Facebook, et les pass sont déjà disponibles sur la billetterie en ligne