Photo à la une © Mathieu Drouet

Après 2 ans d’absence, Dour revient du 11 au 17 juillet pour 7 jours de fête, avec 250 artistes programmés de tous styles musicaux sur 8 scènes. Nouveauté cette année : son mythique camping accueillera aussi un before d’anthologie de 3 jours avec sound systems sur-mesure, promesse d’une réunion familiale que nous confirme Mathieu Fonsny, l’un des programmateurs du festival. 

« Dour, c’est vraiment une communauté de gens qui se retrouvent cinq jours par an ensemble, qui font la fête, vont voir les concerts et les sets, partagent un moment unique devenu comme un rendez-vous annuel. », se réjouit Mathieu Fonsny, l’un des programmateurs de l’iconique festival belge qui signe cette année son retour attendu après deux ans d’attente – il faut le dire, interminable.

Car loin d’être un énième festival de têtes d’affiches, Dour est avant tout ce maillage de rencontres entre des festivaliers venus des quatre coins d’Europe et du monde, une communauté qui crie en cœur « Douuureuuuh ! », un cercle dont les strates résonnent autant dans l’enceinte du festival que dans son immense camping. Tout ça, c’est ce qui avait manqué à l’équipe de Dour après deux ans d’arrêt forcé face à la crise sanitaire. 

© Anaïs Suire

« On s’est dit : qu’est-ce qui serait à notre image pour marquer le coup ? », explique Mathieu Fonsny. « C’était un peu la course au retour des festivals : certains ont doublé l’offre sur plusieurs week-ends, d’autres ont misé sur la multiplication des têtes d’affiches. Nous, on s’est dit qu’ouvrir le camping le lundi à la place du mercredi pour se chauffer trois jours avant le début du lancement officiel était la meilleure solution pour retrouver notre public. »

Pendant le confinement, le trio de programmateurs observe les fêtes pirates qui se montent en Belgique, en France et dans d’autres pays d’Europe. Dans ces raves clandestines, le DJ ou le groupe jouent à même le sol, la distance entre l’artiste et le public n’existe plus. « On a eu envie de créer la même proximité », poursuit Mathieu, « car la meilleure tête d’affiche du festival, c’est le festival lui-même. »

L’idée se met en place. Avec l’objectif de créer une édition XXL, l’équipe d’organisation imagine un petit festival avant le festival, qui se tiendra du lundi au mercredi dans le camping. Le DourCampFest aura ses propres sound systems homemade (un dub, un drum’n’bass et un techno), sans compter un espace dédié à l’ambient pour conserver de l’énergie avant le grand jour. « L’idée, c’est que ça se passe plutôt la journée. », précise Mathieu.

Programmation défricheuse pour festival historique

La recette gagnante de Dour depuis sa première édition en 1989 n’a pas changé. Musiques électroniques, pop, rap, rock, dub, reggae ou encore métal se côtoient aujourd’hui sur près de 8 scènes : le festival, à l’image de ses festivaliers, est un prisme de styles musicaux comme il n’y en a nulle part ailleurs. Alors pour boucler une programmation aussi défricheuse et suivre l’avancée des courants musicaux pendant deux ans, il a fallu jouer au puzzle. 

© Guillaume Deneubourg

« C’était une programmation difficile à faire. On avait bouclé la programmation en 2020, il a fallu la refaire 2021, et c’est frustrant quand tu ne peux pas montrer à tes festivaliers le travail effectué pendant ces deux années de pause. », concède Mathieu. « Tu dois redémarrer une feuille blanche à chaque fois, et d’un autre côté il y a évidemment les contraintes financières de devoir annuler à deux reprises. On a eu des aides, mais pas suffisantes pour se dire qu’on peut « se passer » de deux éditions. On avait une boule au ventre constante. »

Annulations, reports, nouveaux arrivants, découvertes de dernière minute… Sans relâche, l’équipe de programmation jongle avec ces imprévus, conserve 40% de son line-up et reconstruit les 60% qu’il reste, jusqu’à proposer 250 artistes qui signeront le retour tant attendu du festival belge. Reprogrammer pour reprogrammer, c’est non. « Si on fait ça toute l’année, c’est pour que pendant cinq jours on puisse enfin voir toute cette évolution et ce travail achevé. Tout ce que tu as mis sur le papier prend enfin sens et devient réel. », s’enthousiasme Mathieu, en témoin privilégié épris d’un rôle de transmission à son public. « La logique veut aujourd’hui qu’on soit enfermés dans une bulle de confort où les algorithmes donnent des suggestions affiliées à ce que tu aimes, et ça ne pousse pas vraiment à écouter d’autres choses. », regrette-t-il. 

« Tout ce que tu as mis sur le papier prend enfin sens et devient réel. »

En exemple concret, on demande à Mathieu ce qu’un.e lecteur.trice de Dure Vie devrait aller voir cette année. Il sort son téléphone, énumère un, deux, puis une dizaine, une vingtaine d’artistes, pour arriver à la conclusion que l’on attendait. D’un côté, c’est la nécessité d’une rencontre avec l’histoire des musiques électroniques : les papes Carl Cox, Sven Väth, Laurent Garnier et Inner City y seront tous réunis pour rappeler l’importance de la culture dance. « Carl Cox se fait rare en Belgique, et c’est la première de Sven Väth au festival. Inner City, c’est Détroit, là où ça a commencé tout simplement. », poursuit-il en riant. 

De l’autre, c’est l’invitation à la découverte, fruit d’un digging qui ne le quitte jamais et résultat de nombreux voyages, sur le terrain ou sur internet. « J’ai hâte de recevoir le mexicain Regal86. Jamais vu en Europe ! C’est un mix entre DJ Funk et la ghetto house actuelle, sorti nulle part, affilié à aucun label ni aucun collectif », raconte Mathieu avec passion. On croirait presque digger avec lui en temps réel. « Il faut aussi aller voir Juliana Huxtable, découverte au festival HORST en Belgique. C’est déstructuré, à la fois rapide et lent, agressif et en même temps assez doux. Bref, super expérimental. » 

Alors que vous alliez à Dour pour une journée, cinq jours de festival ou sept jours pour les grands marathoniens, n’oubliez jamais de vous arrêter, et d’écouter. Car chaque artiste est aussi là sur invitation de Mathieu et des deux autres programmateurs du festival, qui n’ont qu’un objectif : entendre encore et encore le doux son de DOUUUUREUUUUH !

Toutes les informations sont à retrouver sur le site internet de Dour, et vos pass sur la billetterie en ligne