On ne présente plus Dour (Belgique), Festival de musiques alternatives, indépendantes et multiculturelles depuis maintenant 27 ans. Sa programmation éclectique et avant-gardiste en a fait un festival de référence en Europe.
Pour nous aider à comprendre « l’esprit » Dour, on a rencontré Mathieu Fonsny, co-programmateur du festival.
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Dure Vie • Vous avez un plateau très riche et surtout très varié. Dour est un des rares festivals à mélanger autant les cultures et les styles musicaux avec autant de facilité. Comment c’est d’organiser un event aussi éclectique ? Il y a des interdits de programmation ou au contraire justement des « must have » pour le line-up ?

MF • On ne réfléchit pas trop spécifiquement en terme de ‘must have’ ou d’interdits, mais plutôt en termes d’équilibre global. On veut trouver le bon spot dans l’équilibre global de l’affiche pour chaque groupe. On réfléchit plutôt en terme de ‘vibe’ générale qu’en terme de « coup » à faire sur tel et tel booking. Booker des gros groupes qui vendent des tickets sans rien raconter, ça ne nous intéresse pas à Dour. La meilleure tête d’affiche de notre programme, c’est le festival en lui-même.

Dure Vie • On voit des festivals comme le Sonár ou le Weather proposer des programmations en OFF. Est-ce que c’est quelque chose qui est envisagé avec une éventuelle expansion du festival à d’autres villes (ou ce type de partenariat) ? 

MF • Les festivals que tu mentionnes se déroulent dans des grandes villes. Nous sommes dans une petite ville, je pense qu’il n’y aurait pas de place pour un OFF. Et puis, à Dour, le OFF est dans le ON.

Dure Vie • Quels sont les artistes/prestations/LIVE que vous attendez le plus, (Top 5 coup de cœur). Votre plus belle découverte de l’an passé ?

MF • C’est difficile car nous avons presque 300 groupes à l’affiche. Personnellement, je me réjouis de tous les voir, mais en voilà 5 au hasard :

– Skepta (qui a annulé Dour 2 fois par le passé)
– Fatima Al Qadiri (j’adore Future Brown)
– Konono N°1 (je les ai déjà fait quand je bossais sur un autre festival, c’est la fête)
– La Mverte (j’aime bien son projet)
– Toute la scène des 10 ans Forma.T (Leon Vynehall, Fort Romeau & Marquis Hawkes)

« C’est difficile car nous avons presque 300 groupes à l’affiche »

Dure Vie • Est-ce que c’est dur de monter un festival en Belgique ? Y a-t-il eu des difficultés en rapport, par exemple, avec les problèmes qu’il y a eu l’année dernière … ?

MF • Je pense que si tu as la bonne idée, l’authenticité et une certaine humilité, il y a de la place pour de nouvelles initiatives. Les codes, les modes de consommation et les attentes du public changent, donc je pense que la nouveauté a sa place. Dour existe depuis 27 ans, on ne pense pas vraiment à cela. Nous, on pense à faire une bonne affiche, avec des bons groupes, pour que les gens viennent découvrir les artistes qu’ils écouteront demain.

Dure Vie • Trouves-tu qu’il y a une évolution et une ouverture des mentalités des festivaliers ? Dans le sens où Dour n’est pas que basé sur la culture électronique ?

MF • Dour représente l’ouverture, la découverte et l’amour. Nous sommes à l’anti-thèse d’un festival d’un seul genre. Nous, dès qu’on peut mélanger des choses, on le fait. Ce qui est intéressant, selon moi, c’est de mélanger. Quelqu’un qui venait pour écouter du rap et qui se retrouve dans la Cannibal (la tente métal), quelqu’un qui venait pour écouter du dub et qui pleure devant Nils Frahm derrière son piano… C’est là qu’est le twist : tu penses aller à droite et on t’a amené sans que tu t’en rendes compte à gauche.

« Dour représente l’ouverture, la découverte et l’amour »

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Dure Vie • Est-ce qu’on va voir un jour des collaborations ou des créations originales sur le festival ? Un mélange des genres ?

MF • On a monté l’année dernière (avec les Vieilles Charrues) le concert de Tony Allen avec Oxmo Puccino et Damon Albarn. Quand une occasion le permet ou quand on a une bonne idée, on l’amorce. Après, personnellement, je suis pas toujours fan des créations. Faire une création pour faire une création n’a pas toujours de sens. J’aime bien les gens qui veulent constamment être singulier, unique… Mais pour moi, ce n’est pas parce qu’on propose une création qu’on peut se revendiquer être ‘unique’. La singularité d’un événement ou d’une initiative réside ailleurs selon moi.

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