Du 7 au 11 novembre, la quatrième édition du festival Positive Education revient faire trembler Saint-Etienne. Mais plus qu’un rayonnement local, l’événement est devenu une référence en France et à l’étranger pour son line-up innovant, et son ambiance inégalable. Rencontre avec ses fondateurs pour décrypter la clé de son succès. 

Depuis 3 ans, le collectif underground Positive Education (depuis mué en festival) est devenu l’emblème électronique de la ville de Saint-Étienne. Avec une programmation pointue et innovante, il est l’image gagnante d’un nouveau courant électronique plus alternatif, qui casse les codes et sort des autoroutes de hangar de la dance music actuelle, grâce à ses influences musicales solidement défendues et soutenues par un public fidèle depuis ses quatre éditions. L’événement séduit pour sa capacité à fédérer sans jamais changer son esprit intimiste ni son crédo musical défricheur, et passionne la France et l’étranger jusqu’à le hisser au rang de référence en la matière. Bien souvent, on le qualifie d’ « inégalable » : et pour cause…

À l’origine, Positive Education, c’est une association. Comment ce projet s’est transformé en festival ?

Il s’est passé 3 ans entre la première soirée Positive Education et l’édition 0 du festival. Nos soirées rencontraient depuis un an beaucoup de succès et nous commencions à avoir une belle aura. Lors d’un after entre amis avec Bambounou et Peev, l’idée du festival a émergé et a peu à peu fait son chemin dans nos têtes et nos cœurs.  

En quelques années, le festival s’est imposé comme une référence dans le paysage français, mais aussi à l’international. Qu’est-ce qui explique ce succès selon vous ? En quoi le Positive Education Festival se démarque des autres festivals français ?

La première chose est sans doute la bataille sans relâche que nous avons dû mener. Nous n’avons pas baissé les bras face à la difficulté du projet. Faire éclore un festival depuis une ville non identifiée comme une zone de « musiques de pointe » est quelque chose de compliqué. Nous avons voulu connecter la scène à notre projet. Mêler les artistes locaux, régionaux, nationaux, et la scène internationale. Notre capacité de 3000 personnes sur 3 scènes nous permet de faire des line-up plus précis musicalement, sans à avoir de vraies contraintes de remplissage qui nous obligeraient à inviter des artistes plus « mainstream ».

De manière plus générale, nous nous démarquons probablement par nos choix artistiques, notre graphisme ainsi que le lieu du festival. Notre étroite collaboration avec la mairie nous permet également de nous sentir en confiance et de travailler de la meilleure manière possible. 

© Hortense Giraud

L’identité musicale du festival nous paraît très cohérente avec l’identité de la ville de Saint-Etienne qui est une ville réputée un peu froide, avec un lourd passé industriel. Est-ce que le festival aurait pu être ce qu’il est aujourd’hui s’il se déroulait dans une autre ville ?

Saint-Etienne est une ville en pleine transformation. Elle garde son identité post-industrielle mais la ville change. Nous avons énormément d’étudiants qui viennent d’autres villes pour l’école de Design, d’Architecture et bien d’autres. La ville est parfois très calme, parfois très animée. C’est un rythme qui convient à la plupart d’entre nous.

C’est une ville qui a toujours eu des préférences pour la musique alternative, ce qui en fait un terrain riche d’expérimentations. Il faut rappeler qu’avant nous, l’association Avataria avait invité des artistes comme Chris & Cosey, Esplandor Geometrico ou encore Mad Mike, boss de Underground Resistance. Nous avons fait le choix de rassembler diverses influences de la musique électronique chez Positive. Nous essayons de faire plaisir à Saint-Etienne avant tout. Nous sommes très heureux que la musique que nous défendons corresponde à la ville que nous chérissons, et que nous arrivions à avoir une ampleur internationale grâce à cela.

Les organisateurs d’événements connaissent beaucoup de difficultés avec les autorités actuellement. Des lieux ferment, des événements sont annulés administrativement à la dernière minute… Que pensez-vous de ces récents événements et du climat actuel ? Comment se passent vos relations avec la ville ?

Nous avons la chance d’être en convention avec la ville de Saint-Etienne, et de bénéficier de leur soutien. Au fil des ans, nous avons eu énormément de conseils de la part de la mairie. La mairie en place actuellement fait un énorme travail pour dynamiser la ville.

© Emma Vernet

Nous avons grâce à eux évolué d’amateurs à professionnels. Nous avons un système d’accueil et de sécurité au top. Nous leur devons cette confiance et c’est un plaisir de collaborer avec eux. Notre petite capacité nous permet peut-être de ne pas faire partie des projets à risques. Malgré beaucoup de mesures de précaution mises en place, nous ne sommes jamais à l’abri d’un problème. Je pense que l’administration doit faire confiance aux professionnels de l’événementiel, et prendre conscience que nous encadrons le public avec bienveillance, pour le bien de notre activité.

Depuis vos débuts, le festival est reconnu pour sa programmation musicale pointue. Quel est l’objectif que vous recherchez quand vous la construisez et comment a-t-elle évolué au fil des années ? Comment allier « headliners »,artistes émergents et coups de cœur ?

C’est très simple, nous définissons nos scènes par esthétique, nous choisissons en premier les headliners, et nous construisons autour. Nous écoutons beaucoup de musique, et nous tenons nos listes d’artistes à programmer toute l’année. Parfois nous avons des envies que l’on situe plus tard, jusqu’à deux voire trois ans dans nos futures programmations. La musique est une passion pour nous, on ne manque jamais d’idées. Nous essayons de mettre des lives, des concerts, et ce à des horaires différents afin que le public puisse voir un maximum de choses. 

Quels sont les artistes programmés cette année que vous êtes particulièrement impatients de voir ? (tous évidemment, mais ceux dont vous êtes le plus fiers)

Très difficile à dire. C’est vraiment propre à chacun dans l’équipe. Nous sommes très fiers d’avoir African Head Charge, Pinch & Kahn, Low Jack & Jasss, Polar Inertia, Overmono, Karenn, Aïsha Devi, Beesmunt Soundsystem, Zuli ou encore Amato & Adriani par exemple, mais nous sommes très heureux du résultat de toutes les scènes. Avoir Jeff Mills ou encore Helena Hauff à Saint-Etienne nous donne beaucoup de satisfaction. 

Un artiste ou un groupe que vous rêveriez de faire venir ?

Il y en a beaucoup trop pour vous répondre, d’autant plus que nous nous rapprochons actuellement de certains rêves… Affaire à suivre dirons-nous… 

Vous faites la part belle aux lives, et vous invitez des sacrés personnages (Vatican Shadow par exemple). Quels sont les lives les plus mémorables que vous avez eu jusque là ? Comment percevez-vous l’explosion du live machines ces dernières années ?

Oui, nous avons eu Dopplereffekt, ou encore Ninos du Brasil qui, par leur présence sur scène donnent une ambiance plus poussée que celle d’un dj set. Je pense que nous pouvons dire que le live de Ninos du Brasil a été le moment fort du festival 2018, qui a influencé nos méthodes sur 2019. Le nombre de DJs a littéralement explosé ces dernières années, et beaucoup d’entre eux jouent la même chose, ou presque. Si travailler avec des machines peut certes parfois se résumer à réutiliser des formules existantes ou à puiser ses inspirations dans ce qui a déjà été produit, cela en reste néanmoins un immense vecteur de créativité.

© Victor Maitre

Le retour des influences 90’s rappelle le souvenir d’une époque où mixer, avec cette contrainte du vinyle, exigeait une véritable technique de DJing ainsi qu’un gros travail sur la construction du set. Je pense que l’explosion du live machines ces dernières années découle de cette volonté des artistes de retrouver un lien plus profond, plus concret, plus palpable avec leur travail.

D’où vient le nom “Positive Education” ? Ça change un peu des associations ou événements estampillés “dark” et “techno” qui ont des noms un peu agressifs !

Il est important pour nous de porter une valeur plutôt qu’un style de musique. Nous voulions également un nom qui se comprenne facilement, même dans d’autres langues que le français. C’est suite à cela que le nom de Positive Education est né. 

Comment voyez-vous le festival évoluer dans les années à suivre ?

Le festival se situe toujours autour du 11 novembre, et en fonction du jour de la semaine sur lequel tombe ce jour férié, nous articulons le programme. Nous aimerions beaucoup développer un OFF plus ambitieux et faire vivre davantage le cœur de la ville. 

Des projets en parallèle de prévus ?

Nous avons déjà monté notre premier label, Worst Records, avec déjà 3 EP et une compilation de 12 titres. Nous parlons depuis quelque temps de monter Positive Education records, mais nous allons peut-être prendre un an de plus pour mettre ce projet sur pied. 

Pour finir, une (ou des) anecdotes insolites à partager sur les dernières éditions du festival ?

Ce qui se passe au PEF reste au PEF !

Retrouvez toutes les informations sur la page Facebook du festival et l’événement Facebook de l’édition 2019. Le Positive Education Festival organise un OFF à Paris, ce samedi 19 octobre à Dehors Brut