Photo à la une © Charles Prot

Si les open air fleurissent partout dans le monde à mesure que la scène électronique se développe, les Piknic Électronik de Montréal restent LA référence incontestée depuis 17 ans, avec près de 7500 danseurs chaque dimanche de l’été. Décryptage d’un succès bâtit entre amis avec Nicolas Cournoyer (co-fondateur) et Lucas Jacques (programmateur), avant le prochain Piknic parisien ce dimanche 25 août à Jockey Disque.

En 2003, vous lanciez la première édition des Piknic Électronik à Montréal. Qu’est-ce qui vous a poussé, à cette époque, à populariser les musiques électroniques dans votre ville ? À quoi ça ressemblait en 2003 ?

Nicolas Cournoyer : Au début des années 2000, la scène électronique montréalaise, qui avait explosé au cours des années 90, était en train de s’essouffler et de devenir un peu répétitive. Nous sentions qu’elle perdait une partie de son ambiance cool et de ses valeurs PLUR. Nous voulions donc apporter quelque chose de différent à cette culture : la rendre plus accessible, dans un parc urbain, en mode diurne, afin que tout le monde, y compris les familles, puisse découvrir ce type de musique sous-estimée et passer un bon moment !

Nous avons trouvé l’endroit idéal : un parc verdoyant sur l’île Ste-Hélène, de l’autre côté du fleuve, avec vue sur le centre-ville de Montréal, et avons tout organisé avec l’aide de nombreux amis. Le 22 juin 2003, le tout premier Piknic Électronik a eu lieu avec 217 amis et amateurs de musique intrigués. Mais cela a pris de l’ampleur et dès le deuxième été. Nous savions que nous tenions quelque chose. Aujourd’hui, pour notre 16esaison, nous accueillons chaque dimanche plus de 7500 joyeux danseurs de tous âges et de tous horizons !

© Miguel Legault

Comment se bâtit la programmation tout au long de l’été ? 

N.C : Le spectre de la musique électronique jouée à Piknic est très vaste : tous les types de house, techno, électro, dubstep, funk, dancehall, etc. Nous essayons de trouver un équilibre entre découvertes, DJs établis, nouveaux venus et DJ « tendances ».

Lucas Jacques : Le Piknic Électronik est une bête assez particulière ! Nous touchons un auditoire provenant de parcours et intérêts tellement variables et différents… Plusieurs sont là tout simplement pour passer un bon moment, apprécier le parc, le soleil et la bonne musique, tandis que d’autres sont de complets mélomanes qui recherchent un style de musique spécifique.

« Chaque dimanche, plus de 7500 joyeux danseurs de tous âges et de tous horizons se réunissent. »

Personnellement, je ne me considère pas vraiment comme un spécialiste d’un certain genre de son. Au contraire, j’ai des goûts assez éclectiques et, je crois que ça marche vraiment à mon avantage pour la programmation d’une saison complète de 21 événements. J’essaie définitivement de maintenir une touche personnelle mais je considère vraiment la programmation d’une telle institution comme une grosse responsabilité. Il s’agit de ma seconde programmation cette année, ayant pris le relais après Marie-Laure Saidani qui a bâti la réputation de Piknic pendant plus de 10 ans. C’est une « legacy » que je prends extrêmement au sérieux.

En gros, mon but c’est d’offrir une plateforme crédible et diverse, d’inclure les communautés locales, de faire rayonner les nouveaux acteurs de la scène tout en présentant aussi les artistes plus établis. Par contre, le plus vrai et le plus important dans tout ça c’est de ne pas oublier de garder la grande valeur primordiale de Piknic au centre des décisions : “passer un bon moment”, tout simplement.

Beaucoup s’accordent à dire que vous avez les meilleurs open air du monde aujourd’hui. Qu’est ce qui en fait la bonne recette selon vous ? 

N.C : Le Piknic est un rituel hebdomadaire pour les mélomanes et les personnes qui veulent passer un bon moment, danser, se détendre, profiter de l’été, pique-niquer, rencontrer des gens et / ou se ressourcer avant de retourner au travail pour la semaine. C’est aussi un microcosme de la ville, un événement ouvert d’esprit qui rassemble toutes sortes de gens qui souhaitent partager une expérience sociale immersive.

Avec un export massif aux 4 coins de la planète, pourquoi avoir choisi Paris en 2019 ? Quel lieu rêveriez-vous d’investir à l’avenir ? 

N.C : Ça fait plusieurs années que nous travaillons à implanter Piknic Électronik à Paris. Nous y avions fait un événement en avril 2015 et nous savions qu’il y avait un grand potentiel car la musique électronique y est imprégnée depuis longtemps. Donc, nous sommes très heureux qu’enfin ça se matérialise. C’est clair que Berlin serait une destination rêvée ! À suivre !

© Charles Prot

Pourquoi avoir choisi Dure Vie/DISCO DISCO pour l’after du Piknic Électronik à l’occasion du Festival MEG, le 1er septembre à Montréal ?

L.J : Le concept premier du fun et du bon vivre est quelque chose qui nous rejoint énormément. Je crois que Dure Vie, à sa manière, est pleinement ancré sur ces mêmes valeurs. Il nous fait grand plaisir de nous associer à un événement rempli de coeur tel que Disco Disco !

Quel a été le plus gros challenge auquel vous avez dû faire face en plus de 15 ans de Piknic Électronik ? 

N.C : La météo, car nous produisons des événements extérieurs et qu’elle peut mettre à risque tous les efforts déployés au cours d’une année !

Votre démarche est pleinement inscrite dans un projet de développement durable. Comment ça se ressent de manière concrète sur les événements ? Quelles concessions (s’il y en a) sont à faire pour ré-imaginer une fête écolo ?

N.C : Piknic Électronik a été le premier grand événement au Québec à utiliser le système de gobelets réutilisables à une grande échelle. C’est maintenant un système très courant dans tous les grands événements, mais parce que nous avons été les premiers à l’introduire, nous étions également quelque peu chargés de gérer l’aspect « éducatif » en l’expliquant à des milliers de personnes, une à la fois. Mais l’effort en valait la peine et ce seul geste nous a permis d’éviter le gaspillage de plus de 500 000 gobelets en plastique !

Depuis 2 ans, nous avons interdit les pailles en plastique. Nous éviterons donc l’utilisation d’au moins 100 000 pailles/an. Nous gardons une trace de l’empreinte carbone de nos événements et essayons de compenser autant que possible. Depuis 2017, 1133 arbres ont été plantés au Québec, ce qui correspond à notre empreinte sur le transport des artistes depuis 2016.

Nous invitons tous ceux qui achètent un billet ou un abonnement en ligne à faire un petit don pour une initiative verte. Grâce à ces dons, nous avons pu installer une fontaine à eau sur le site où les gens peuvent faire le plein toute la journée, idéalement avec leur propre bouteille, au lieu de jeter les bouteilles en plastique après une seule utilisation.

Et cette année, nous avons pratiquement éliminé tous les plastiques à usage unique que l’on remet aux festivaliers ! Et c’est sans compter une multitude d’autres actions et initiatives que nous avons mises en place. 

Retrouvez l’équipe de Piknic Électronik à Paris ce dimanche 25 août à Jockey Disque, pour un maxi open air avec Dure Vie de midi à minuit. Pour les montréalais, rendez-vous à l’événement DISCO DISCO le 1er septembre à la Société des Arts Technologiques.