Paul Ritch, célèbre DJ et producteur parisien, a su se faire une place dans le paysage techno depuis plusieurs années. Avec des sorties sur Drumcode ou Cocoon Recordings, Paul Ritch est aussi à la tête du label « Quartz Music », fondé en 2002, où il a notamment fait naître ses propres productions mais aussi celles de Richie Hawtin, Butch, etc. Artiste complet, c’est pourtant dernièrement qu’il annonçait un nouveau tournant dans sa carrière : un nouvel alias, Kaczmarek, et un label, KCZMRK. Plus sombre, cet alias correspond à une approche plus personnelle de sa musique et un album déjà sorti, « IIIIIIIIIIIIII », le 30 octobre dernier. Paul Ritch a accepté de revenir sur ce nouveau projet qui promet un bel avenir.

DJ et producteur français reconnu depuis maintenant plusieurs années, parle nous de tes débuts. Quand la musique est-elle venue à toi ? Et quand as-tu pris la décision de devenir DJ ? 

Depuis tout jeune j’ai toujours écouté énormément de musique. Ma mère avait de vieux vinyles style Bee Gees et je lui avais réquisitionné sa platine vinyle dans ma chambre où j’écoutais toute sa collection.  Je te parle de ça j’avais genre 7 ou 8 ans.

La passion pour la musique électronique ne m’est venue que bien plus tard. Vers 17 ans, j’ai commencé à aller en Club à Paris, dans des endroits comme le Rex. J’ai aussi fait quelques raves, mais on était déjà à la fin de cette époque. Mes premières platines je les ai achetées vers 19 ans pour mixer avec mes potes sans trop penser à vouloir en faire ma vie. À l’époque, ça faisait un peu partie du mouvement… Je sortais, j’achetais des disques que j’avais écouté en club le weekend ou sur des mixes. Je kiffais quoi ! (rires). Par la suite, j’ai rencontré des gars qui produisaient de la techno et qui sont en plus devenus de super potes. Ils m’ont montré les bases pour se servir de Cubase et produire un track. Ce programme m’a rendu fou ! J’ai tellement aimé le fait de créer sa propre musique que pour me perfectionner je me suis inscrit à la SAE, une école spécialisée dans le son et j’ai commencé à préparer un live.

Cette année, tu as lancé un nouveau label « KCZMRK » et créé un nouvel alias « Kaczmarek ». Comment ça s’est fait et quelles ont été tes inspirations ? Ça vient d’un besoin de créer quelque chose de nouveau, s’essayer sur un nouveau domaine ou bien d’une évolution musicale où tu te reconnaitras mieux ?

Je ne crois pas que cela soit une évolution musicale car je produis toujours une techno plus « dance floor » sous le nom de Paul Ritch avec lequel j’ai d’ailleurs pas mal de maxis qui vont sortir en 2018, mais plutôt une autre facette de ma personnalité. J’écoute beaucoup d’électronica, de musique plus expérimentale et j’ai toujours eu envie de produire un album dans ces sonorités. C’est pour ça que j’ai créé cet alias Kaczmarek et le label KCZMRK pour laisser le champ libre à la création et aux expérimentations sonores.

Pour le moment, il n’y a qu’une seule sortie sur le label, dont tu es l’auteur. Sur le long terme, penses-tu dédier ce label à tes productions ou as-tu déjà quelques artistes en tête que tu aimerais faire figurer sur le projet ? 

La prochaine release sera une compile de remixes de l‘album « IIIIIIIIIIIIII » incluant des artistes comme Sterac, Vril, Vsk, Djedjotronic ou encore Lewis Fautzi. Le label favorisera les albums, de Kaczmarek ou d’autres artistes.

Très différent de ton premier label Quartz, le premier album que tu sors « IIIIIIIIIIIIII » semble faire appel à un domaine plus organique et ambient. Musicalement, quelle sera la ligne directrice de ce label ? Peut-on s’attendre à quelque chose de majoritairement Deep Techno/ Organic / Ambient ou souhaites-tu explorer d’autres univers ? 

C’est exactement ça. D’ailleurs dans l’album, tu retrouves tous les styles que j’ai envie de mettre en avant, que ça soit un track hyper expérimental, un morceau plus organique techno, un autre plus dark ambient… L’idée, c’est de faire voyager.

Tout comme le nom de ton label, diminutif de celui de ton alias – qui est en faite le nom de famille de ta mère si je ne me trompe pas-, le nom de ton album intrigue et laisse planer un certain mystère. En juillet tu annonçais accompagner ton projet d’un A/V live, l’image et la mise en scène c’est quelque chose d’important pour toi ? 

Oui, pour moi la mise en scène est aussi importante que la musique. Souvent quand tu écoutes un super morceau, tu fermes les yeux pour justement te mettre vraiment en osmose avec le son et laisser libre cours à ton imagination. Eh bien, dans un club ou une salle de concert c’est aussi important de plonger les gens dans ton monde pour qu’ils comprennent mieux et se tapent le trip à fond.

Peux-tu nous en dire plus sur ce live mêlant visuel et audio ? 

Il y a 1 ou 2 ans j’ai rencontré des types qui m’ont présenté un logiciel permettant de spatialiser le son en 3D. Outre leur logiciel, pour une sensation d’écoute en 3D, ils montent un dôme composé de 24 à 64 enceintes, voir beaucoup plus. Tu n’as plus le son en façade stéréo mais réellement en 3D, et avec l’album l’effet est carrément bluffant ! On a donc décidé de collaborer ensemble pour Kaczmarek et les shows à venir où l’idée est de plonger les gens dans ce dôme sonore sans lights mais avec une projection vidéo créé par un artiste visuel.

Quels sont les thèmes d’inspiration privilégiés dans ta musique ? 

Je n’ai pas vraiment de thème d’inspiration, j’avoue. Je produis vraiment au feeling.

Finalement, entre le live et le DJset, où est-ce que tu t’épanouis le plus ? 

Il y a une réelle différence entre le djjing et le live. Jouer en live m’autorise à changer le cours d’un morceau, mêler un partie d’un morceau avec un autre… Tu as beaucoup de matières avec lesquelles travailler mais en même temps en DJset le plaisir de jouer un track qui n’est pas le tiens est tout aussi excitant. Le mélanger avec deux ou trois morceaux peut donner une énergie folle. Je m’épanouis vraiment dans les deux et je trouve que ça me complète en tant qu’artiste techno.

Pourrais-tu nous décrire une journée typique de travail ? Comment penses-tu équilibrer ton temps de travail (production) ou encore tes gigs ?

Je travaille de jour, j’arrive au studio généralement faire 10h30 et je me fais des sessions de 8h. J’essaye d’y aller environ trois à quatre fois dans la semaine.  Le reste du temps je dig du son et je m’occupe de mes différents projets puis le vendredi, parfois dès le jeudi, je pars en gig.

Tu as choisis d’associer directement tes deux noms en annonçant cet alias, et pourtant sur ta page Facebook il y a une sorte de mystère qui plane entre la photo ou simplement le nom de l’album. Pourquoi ne pas avoir développé ton projet, dans un premier temps, sans dévoiler ton identité ? 

Sur tous les projets externes que j’ai mené jusqu’à présent, je n’ai jamais essayé de me cacher, que ce soit avec Handycraft ou encore avec Alljacks, j’aime faire savoir aux gens qui aiment ma musique que j’ai aussi différentes facettes. Concernant la photo, c’est l’effet artistique qui m’intéressait et le non le fait d’être caché.

Tu fais partie du paysage de la scène électronique depuis plus de 10 ans, tu as dû en voir des choses. Aujourd’hui ce « renouveau » que connait la musique électronique semble assez incroyable, voir des personnes d’horizons différentes se rassembler chaque week-end devant un DJ, finalement comment dirais-tu que la France a évolué après toutes ces années ? 

Je pense que la scène électronique française a connu des hauts et des bas, la législation et la répression ont eu aussi une part importante dans l’histoire du mouvement. Mais aujourd’hui il semble que l’Etat soit de notre côté et veuille participer à cette évolution. Je trouve ça génial !  La musique électronique est devenue culturelle, le public est de plus en plus nombreux et connaisseur, et je dois dire que les acteurs de la scène, promoteurs et organisateurs font un énorme travail.

Plus d’informations sur la page Facebook de Kaczmarek ou Paul Ritch