Le djing féminin s’exporte à l’international puisque nous établissons contact avec Molly par Skype. Il est 16h en France, 10h à Miami, mais la jovialité de cette artiste accomplie fait tomber les barrières de la distance. Ancienne responsable de la communication du mythique Rex Club pendant dix ans, Emeline se consacre ensuite à une passion qu’elle cultive déjà secrètement : délivrer ses sets à mi-chemin entre house et techno, toujours dans l’optique d’une harmonie immersive avec son public.

En véritable globe-trotteuse, c’est au nombre de ses rencontres et des liens qu’elle tisse avec les artistes qu’elle lance les soirées « Head On », sa nouvelle résidence au Rex. Un moyen audacieux de boucler la boucle, en gardant un pied ferme là où tout a commencé. Après Tom Trago et Julietta, c’est au tour des pointures Brawther et Kosme de s’emparer du sous-sol des Grands Boulevards, où Molly, qui ouvrira le bal, passera sans nul doute un track issu de la première release de son label « Rendez-Vous » à venir très vite. 

« Close your eyes on the dancefloor and let yourself go with the flow in this very special journey… »

« Molly » ?

C’était mon surnom en cours d’anglais quand j’étais ado ! Puis mes amis ont continué à m’appeler comme ça, et c’est devenu en quelque sorte mon pseudo.

Tu nous racontes tes débuts dans le mix ?

J’ai eu l’envie de mixer bien avant de commencer à travailler avec le Rex. Je suis originaire de Toulouse, et j’ai fais des études dans la communication. À côté je mixais pour moi, avec des amis, et on me proposait déjà quelques dates sur Toulouse ! C’est justement au cours de mes études que l’été, je partais faire des petits séjours à Londres, l’endroit où j’ai découvert la musique électronique. Je suis partie à Paris pour mon stage de fin d’études au Triptyque (aujourd’hui fermé), et je cherchais un emploi derrière. Le Rex venait de former une nouvelle équipe, et j’avais entendu qu’ils cherchaient quelqu’un pour la communication, c’est tout simplement comme ça que ça s’est fait ! Donc effectivement j’avais déjà des disques, je mixais déjà pour moi dans des petits bars, et la production est venue bien après.

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Londres, c’est donc l’endroit où tu as découvert la musique électronique. Tu nous racontes ? Quelle comparaison ferais-tu de la scène londonienne et parisienne ?

Un de ces fameux étés j’avais trouvé un petit boulot, et ça m’a permis de vivre là-bas pendant deux mois. À l’époque j’étais beaucoup dans le rock, je faisais pas mal de concerts et je me souviens que tous les lundis il y avait une soirée où ils passaient du rock, mais parfois ils passaient aussi de la musique électronique. Ça a été un peu mon baptême. C’est vrai que de voir tous ces djs mixer, ça m’a donné envie, en rentrant en France, de m’acheter des platines et surtout d’y prendre du plaisir ! J’étais très curieuse de voir comment ça fonctionnait.

À l’époque, je pense que c’était difficile pour moi de déterminer la différence d’ambiance entre Londres et Pari, parce que j’habitais encore à Toulouse et je ne connaissais pas encore bien la scène parisienne. Aujourd’hui je pense que la scène parisienne est nettement plus importante que la scène londonienne, mais à l’époque Londres proposait une sélection plus variée. Aujourd’hui, j’y retourne surtout pour des dates, mais j’en garde une très bonne expérience !

Comment on passe de responsable de la communication du Rex à DJ qui joue dans le monde entier ? C’était plutôt un processus de rencontres ou une envie personnelle impulsive ? Qu’est-ce qui est le plus excitant ?

J’ai quitté le Rex il y a bientôt un an, au mois de mars dernier. J’ai essayé de pousser jusqu’au bout, mais à la fin j’ai senti que le rythme devenait trop dense pour que je puisse gérer les deux. Mon travail me demandait beaucoup de temps, et mon activité en djing se développait à un point que ça commençait à me demander un plein temps aussi. Accumuler les deux m’empêchait de passer du temps au studio, et je pense que j’avais envie de cloturer ces dix belles années que j’avais passé au Rex ! Il était temps de laisser ma place à la nouvelle génération, à une nouvelle équipe, et le Rex me poussait dans la direction de prendre mon envol, et de me concentrer sur mes dates et ma production. Les deux dernières années, j’ai eu l’occasion de gérer aussi les bookings, et le fait d’être juge et parti c’était assez compliqué finalement. Le Rex est une grande famille qui m’a sans nul doute permis de rencontrer des gens et de créer mon réseau, je pense notamment à certains DJs qui m’ont poussé à me lancer comme Spencer Parker.

Spencer Parker nous disait justement il y a quelques semaines : « Le truc le plus compliqué, c’est de mixer plusieurs genres musicaux ensemble ». C’était une de tes appréhensions ? Comment on gère un set quand on doit faire une sélection ?

C’est vrai qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de DJs qui sont capables de faire ça, ou alors il faut avoir une longue nuit devant soi pour pouvoir réellement mixer plusieurs genres musicaux ensemble, et les amener correctement. Laurent Garnier arrive à le faire ! Ce serait un peu absurde pour moi de pouvoir proposer un set de moins de deux heures, j’aurais le sentiment de ne pas avoir pu boucler mon histoire. Évidemment, plus c’est long et plus c’est intéressant, et c’est là que tu peux véritablement montrer ton univers musical et créer quelque chose avec le public ! Je pense que ma composition est un mélange entre house et techno, et ce que j’aime, c’est créer une histoire avec ma musique, et faire ressentir toute une pluralité d’émotions.

Es-tu de ceux qui préparent leurs sets en amont ?

Je n’anticipe jamais mes sets ! C’est souvent une question d’ambiance, et puis de temps. Je pense que si je les préparais, il faudrait vraiment que je les prépare mieux que ce que j’ai déjà eu l’occasion de faire, et que je connaisse un peu mes morceaux parce qu’il m’arrive souvent de jouer des morceaux que je n’ai presque pas écouté avant ! Si tu prépares un set, ça peut ne pas anticiper ou correspondre à l’ambiance et à l’énergie de la soirée qui t’attends à l’arrivée. Il faut sentir ce que veulent les gens, ce qu’ils sont prêts à recevoir, ce que tu peux leur donner sur l’instant ! Y’a des DJs qui préparent leur sets et qui les délivrent machinalement, mais le risque c’est d’offrir toujours le même set, et je ne suis pas sûre que ce soit très intéressant.

Il y a une tendance progressive à l’exigence qui veut que les facultés de dj et de producteur soient toujours liées. Qu’en penses-tu ?

Aujourd’hui on demande aux producteurs de savoir mixer et aux DJs de savoir produire, mais ce sont deux exercices complètement différents. Ça n’a pas de sens de dire qu’un DJ n’est pas un artiste parce qu’il ne s’exprime pas en production ! C’est vraiment rare de trouver d’excellents DJs qui sont également d’excellents producteurs. Souvent l’artiste sera meilleur en production qu’en mix ou l’inverse, et ça n’est pas une bavure, bien au contraire. Les gens ne se rendent pas compte que ça prend beaucoup de temps de pouvoir prétendre à devenir un très bon DJ. Il faut se démarquer, passer beaucoup de temps à digger, et travailler !

Sujet sensible et actuel, comment on évolue dans le monde de la musique électronique au milieu de tous ces hommes  ? Tu es aujourd’hui considérée dans le top féminin de la scène parisienne, quel est toi-même ton top 3 de DJ féminines ?

C’est un débat général et actuel dans tous les domaines de la vie courante. Je pense que c’est à double tranchant : d’un côté c’est peut-être en un sens « plus facile » de se faire repérer, de l’autre c’est tout aussi facile de se faire aisément juger de manière négative. Je pense qu’il y a une pression implicite de montrer d’autant plus ses qualités techniques, parce que les a priori sont nombreux. La musique électronique est sans nul doute un milieu machiste, mais proportionnellement c’est vrai qu’on est moins nombreuses, donc ça nous permet aussi de nous démarquer. C’est super de montrer la voie à d’autres, et je suis heureuse de voir de plus en plus de DJ féminines arriver sur le devant de la scène, c’est très encourageant. Pour ce qui est de mes inspirations, tant sur le plan technique du mix que sur le plan personnel du personnage, je dirais Tama Sumo, Ellen Allien, Margaret Dygas, Soonja Moonear et Cassy.

Tu as déjà performé tant dans des gros festivals sur des main stages (ADE, Awakenings, ou au Weather) que dans des endroits plus intimistes. Une préférence ?

Je crois qu’au fond je préfère les petites scènes, les endroits reculés, les petites foules. Jouer en festival reste tout aussi intéressant, c’est une autre démarche qui procure beaucoup d’adrénaline, mais c’est vrai que j’apprécie jouer dans des petites salles parce que ça me permet de créer une histoire quand je mixe, et c’est vrai que c’est quelque chose qui est plus facilement réalisable dans des lieux plus intimistes que sur du festival. Mais j’aime vraiment autant les deux exercices.

Les mains stages c’est toujours très impressionnant, je me souviens de la première au Festival Amore à Rome : au début l’adrénaline est très forte, mais une fois que tu commences ton set, au bout du deuxième morceau ça se transforme en quelque chose de puissant. Il y a une telle énergie, et de voir autant de gens, ça te porte ! J’ai des souvenirs géniaux au Robert Johnson (Francfort) ou au Panorama Bar (Berlin) par exemple. En fait, à chaque fois c’est différent, il y a de nouvelles personnes, de nouvelles ambiances, de nouvelles énergies, différentes salles, différents soundsystems… C’est vraiment aléatoire, des fois tu peux jouer deux fois dans le même lieu sans retrouver la même ambiance que la fois précédente. Très bon souvenir à Sash en Australie aussi, il y avait une énergie incroyable, le public était très réceptif ! Magique.

Nombreux sont les endroits où tu as déjà mis pied à terre : Asie, Canada, Chili, Pérou, Russie… En tant qu’ambassadrice, comment la scène française est-elle perçue à l’étranger ?

La scène française est très bien vue en ce moment. Les français ont la côte, et ils passent pour des artistes très sérieux. Je pense qu’on a beaucoup de ressources, beaucoup de très bons DJs et producteurs, ce qui fait que le niveau est assez élevé. On marque beaucoup de points à l’étranger ! Côté techno, j’entends beaucoup parler de Dj Deep, François X, Antigone, et puis côté house Varhat, Janeret, Brawther, Lazare Hoche, évidemment Apollonia, ou encore Djebali.

Ton attachement à la France reste intact, puisque tu organises une résidence au Rex Club, « à la maison », les soirées HEAD_ON. La prochaine, le 25 février, tu y joues avec Brawther et Kosme. Deux pointures en somme ! Le son que tu veux y passer absolument ?

HEAD_ON, c’est effectivement ma nouvelle résidence au Rex, environ 5 soirées par an. Le nom vient d’un de mes morceaux préférés des Pixies ! La plupart des artistes que j’y invite sont des artistes que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer sur des dates ou ailleurs. En général, ce sont plus des DJs que des producteurs, parce que je mets beaucoup l’accent sur la qualité du mix. Ça peut aussi être des coups de cœur, des gens que j’ai pu croiser et dont j’apprécie réellement la musique ou le dj set. Il m’arrive aussi d’inviter plusieurs fois les mêmes artistes, parce qu’il y a une affinité qui s’est crée et que leur musique me plaît énormément.

L’ambiance est familiale et décontractée, même si l’accent est porté sur la qualité des dj sets. On a l’occasion de faire b2b improvisés avec les DJs, ça se décide sur le moment ! Je me souviens par exemple d’un b2b avec Dj Qu, Julietta et moi qui était vraiment fun, ou avec Dyed Soundorom. J’assure souvent le warm up durant mes soirées parce qu’il est évident que je laisse la place ensuite à mes invités ! J’aime ouvrir le bal. Pour samedi, attendez-vous à la première release sur mon label à venir très bientôt dans le courant d’avril-mai. J’aime bien tester mes morceaux aussi, pour sentir la qualité du son et sa construction auprès du public.

Ton label « Rendez-Vous » à venir donc très prochainement ?

Label français, nom français ! La première release, « Prophets Of a New Generation », est prévue pour avril. C’est une collaboration entre deux artistes, Michael Zucker et Pete An !

Côtés sorties, j’ai mon premier EP qui arrive, mais comme c’est tout frais je ne peux pas encore réellement en parler. C’est vraiment sympa d’avoir la double-casquette DJ / producteur, j’adore l’ambiance du studio !

La playlist :

Notre devise chez Dure Vie : « La vie est dure, on vous l’adoucit ». Qu’est-ce qui, personnellement, te rends la vie plus douce ?

En ce moment, c’est d’habiter proche de la mer et de l’océan. Miami beach !

Molly : Facebook / Soundcloud / RA

Évent HEAD_ON 25 févrierHeadon: Brawther, Kosme, Molly

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