Tout est parti d’une bande de potes. Aujourd’hui, l’équipe de Basse Résolution a bien évolué et beaucoup appris, si bien qu’ils ont lancé leur propre label. C’est ainsi grâce au travail de Alexis (All), Clem (Canza) et Momo (Mohammed Vicente) sur la DA musicale et celui de Léo et Pedre sur leur riche univers visuel, que l’on découvre un projet complet, qui au delà de leurs sorties vinyle (Vicari, Rufus…), nous plongent dans un imaginaire consistant où l’on est amené à découvrir petit à petit l’histoire de Bob,  histoire qui entend instiller un message à ceux qui s’aventurent à la déchiffrer. 

Alors Momo, raconte-nous comment tout cela s’est créé.

J’affectionnais déjà la musique électronique lorsque j’avais 13 ans, c’était le tout début avec Justice, Ed Banger, etc. et ce fut mes premiers concerts. Dès lors, de mes 13 à 16 ans, j’ai eu une période où le fait d’avoir un label ou un collectif était le rêve absolu. Mon déclic s’est réalisé le jour où je suis allé chez ma pote Nina et c’est là où j’ai entendu des basses résonner dans la pièce d’à côté, ce qui a attiré ma curiosité. Il s’agissait de son frère, de 4 ans mon aîné, Théo Novel (fondateur de l’actuel BeYeah) qui à l’époque organisait les Apocalypse Party. Nina m’a directement présenté son frère avec qui s’en est suivi une conversation de 2 heures sur son collectif. C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était faisable d’avoir un collectif, d’organiser des teufs, d’inviter des artistes, etc… À partir de ce moment, je me suis aussitôt dit que je voulais moi aussi le faire à Lyon.

Peu après, j’ai rencontré Léo et Pierre (Mayday), Simon (Nailitch) (qui commençaient déjà à faire leur propre musique) et tous les autres gars avec qui j’ai beaucoup appris. Mes goûts musicaux ont ainsi évolué dans le même sens. À l’époque, l’idée de créer un collectif avec les artistes locaux proches me trottait dans la tête. J’ai commencé à parler de ce projet autour de moi, et je me suis rendu compte que dans notre entourage quelques potes étaient DJs, d’autres graphistes ou photographes… De ce constat est née l’idée du collectif. Avec mon petit cahier où j’ai esquissé quelques réflexions, je leur ai maladroitement exposé l’idée : « Voilà, on va faire un collectif mais pas un collectif comme les autres et on fera des teufs qu’avec nos artistes locaux. » Avec toujours cette philosophie où les arts visuels rejoignent la musique.

BR-Family

Quelle a été, à tes yeux, la soirée la plus mémorable que vous ayez organisée ?

La soirée des deux ans de BR. C’était le jour de la fête de la musique, sur les quais de Foch avec 200m2 de dancefloor, tu imagines ? 2000 à 3000 personnes sont passées, c’était extraordinaire ! Pour nous, ce fut véritablement la consécration de deux ans de travail. Ce fut également une des premières fois où on a ramené une « tête d’affiche » : Grego G qui est lui aussi devenu un pote.

Le meilleur moment reste la fin lorsque l’on coupe le son. A ce moment-là, il était de coutume de chanter « joyeux anniversaire » avec tout le public. Je me rappelle encore de ce moment comme si c’était hier. La responsable de la mairie était là, derrière, avec les yeux écarquillés en voyant tout ce spectacle. Avec notre équipe au complet, on est monté sur scène (on était une quinzaine), on s’est regardé ahuri face à toutes ces personnes qui chantaient et criaient pour nous en cœur. C’était magique.

Et 5 ans plus tard, vous vous lancez dans une nouvelle aventure : vous créez le label Basse Resolution Records. Quelles étaient vos motivations ? Comment avez-vous organisé cette mutation ?

L’idée était déjà bien présente depuis le départ. On était calqué sur l’esprit de label, type « label à tout faire » avec une DA visuelle narrative bien réfléchie. Depuis le début de notre aventure, on a eu la chance de rencontrer des gens comme Gaétan (Le Sucre), Adrien Farache, Léo (Chez Emile) qui nous ont conseillé : « Les gars, prenez votre temps, un label ça ne se fait pas comme ça, ça se construit. » C’est donc ce qu’on a fait et à mes yeux c’est notre plus grosse victoire. On a réussi à faire ce qu’on voulait faire sans laisser de place au hasard (ou presque). Ça nous a pris un an. La mutation a été très claire pour nous. On a arrêté d’organiser nos soirées afin de réellement marquer la rupture entre le collectif et le label. Le but étant de faire comprendre cette transition à notre public de manière implicite. Cela nous a aussi permis de faire une pause pour switcher entièrement notre identité visuelle. C’est là que je tire mon chapeau à Léo et Pedre, nos « directeurs artistiques » qui ont réussi à gérer cette transition avec brio. Je pense qu’à l’heure actuelle, sans leur travail, BR ne tiendrait pas debout.

Ce lancement s’est accompagné de la sortie remarquée d’un premier EP de l’artiste V.I.C.A.R.I. – Journey to Forever. Peux-tu nous en dire plus sur cet artiste ? Quelles en ont été les retombées ?

Pour notre dernière soirée, on avait invité Tommy Vicari Jr. dont on était complètement tombé sous le charme. S’il y a bien une chose qu’on a apprise en 5 ans, c’est qu’il faut travailler avec les personnes avec qui tu as ce type d’échange enrichissant, qui font ce travail pour la même raison que toi et cette raison c’est la passion, la passion de la musique. Avec lui c’est indéniable parce qu’il vit de sa musique depuis 10 ans.

Pour le premier EP, on a bien réfléchi à ce qu’on voulait faire, et on a pris la décision de dédier ce label à l’esprit BR depuis 4 ans, c’est-à-dire l’esprit club. On a donc construit l’EP autour de « Take 2 », qui est le tube de l’EP et a été repris par Raresh, Sonja Moonear… « Plat Feats » est un morceau qu’on a failli ne pas mettre dans l’EP mais qu’on a finalement choisi car il est complètement déstructuré. « Pudunk », une espèce de bombe house et « Journey to Forever », car on s’est dit que cette bassline allait retourner tous les dancefloors.

Cet EP a super bien marché pour nous, les 300 copies étaient déjà vendues 2 semaines avant la sortie !

Pour la petite anecdote, lorsque Rhadoo avait joué au Bellona à Lyon, Clem (Canza), un de nos DA faisait son warm-up. Avec Alexis (All), ils en ont profité pour offrir cet EP à Rhadoo. Il a pris le vinyle et l’a mis sur la platine dans la foulée. Il a joué alors le track qu’on aurait jamais pensé le voir caler : le « Plat Feats » et il l’a joué comme personne…

Comme certains ont pu le remarquer, lors de l’achat certains de vos vinyles sont accompagnés d’un booklet – Troublassions – que l’on peut également retrouver sur votre site internet. Ce procédé est peu commun, tout comme l’histoire racontée à l’intérieur. Peux-tu nous éclairer là-dessus ?

Le label c’était surtout l’occasion d’aller plus loin dans la DA visuelle. La première comm’, celle des débuts de BR, était déjà très narrative, avec notre mascotte à tête de mégaphone qui se baladait de flyer en flyer. L’idée a donc été de tout connecter à une histoire qui évoluerait en même temps que le label : couvertures facebook, flyers, pochettes des disques, clips etc.

br-troublassions

Le scénario du booklet est assez simple, même si les différents supports de comm’ le rendent un peu compliqué à appréhender.

C’est l’histoire d’une population isolée dans une ville : Amiitrotec. Dans cette ville tout le monde a la même tronche et tout le monde s’appelle Bob. Tous les programmes culturels de la ville sont centralisés par l’OCDC (Organe Central de Diffusion de la Culture). Il y a la Brigade de Régulation (dirigé par le Bob d’Élite qui est un taré absolu, une sorte de Donald Trump de la baston) qui veille scrupuleusement à ce qu’aucune « saloperie de musique virale » ne pénètre à l’intérieur de la ville. Et donc le principe central de l’histoire est que si un Bob écoute un disque (en l’occurrence le BR001) il se transforme en Gilles. Le BR002 évoque quant à lui les Gilles.

Il y a le clip qui retranscrit une transformation de Bob en Gilles. Ce qui le fait changer c’est le son qu’il écoute, « Journey to Forever » de Tommy Vicari pour le coup.

Je vais d’ailleurs vous donner quelques clefs, car tout ou presque est camouflé :

Troublassions, c’est un anagramme de Basse Résolution. Tu peux le remarquer si tu fais attention aux deux ‘e’ barrés du titre : sur la couverture des éditions qu’on glisse à l’intérieur des pochettes. Tous les éléments (couvertures facebook, clips, flyers, livre) sont datés, ce qui permet de les relier entre eux. Ceux que tu peux voir sur Facebook sont une représentation de la ville d’Amiitrotec à l’intérieur de laquelle évoluent tous les Bobs. Tu peux y voir plein de fausses affiches, de faux slogans. Toutes ces images (couverture de la BR Agency, celle de la page BR et de nos posts pour présenter nos dernières sorties) ont été faites pour être mise bout à bout et former une seule et grande image.

Donc toute la comm’ est blindé de petits détails comme ça, de niveaux de lectures qui sont autant de surprises pour ceux qui se laisseraient aller dans l’histoire : www.basseresolution.com

Plus récemment, vous avez sorti un second EP de l’artiste italien Rufus – Wildflowers, qui semble avoir reçu le même accueil enthousiaste que le premier. Comment s’est passée pour vous cette seconde sortie ?

Le Rufus c’est grâce à Alexis (l’autre DA). Il a plein de connexions sur le net, c’est un vrai chasseur de têtes. Il était alors tombé sur Rufus qui avait sorti Nightdrivers sur le label Bosconi. Il a répondu à sa demande en lui envoyant ni plus ni moins 50 morceaux ! Pour être franc, c’était tellement énorme que j’étais complètement perdu. C’est donc Clem et Alexis qui ont choisi les 4 morceaux de notre deuxième sortie et j’ai immédiatement et largement acquiescé à leur choix. Rufus nous avait d’ailleurs dit : « Franchement, vous auriez pas pu faire plus cohérent dans votre choix. »

Par la suite, quand j’ai fait écouter nos sélections à un ami, Léo Pol, il a tout de suite accroché avec « Wildflowers » et a demandé d’en faire un remix. Voilà comment l’EP s’est fait.

Pourrais-tu nous en dire plus sur ce que vous nous concoctez pour l’année à venir ? Et sur tes projets perso ?

Pour 2017, on est en train de bosser avec un super duo, Loop Exposure de chez Rakya, avec lesquels on prépare un EP prévu pour la rentrée. D’ailleurs, ils viennent tout juste de retourner la Concrete avant Margaret Dygas.

Concernant mes projets personnels, ça sera avant tout de m’occuper tranquillement de BR, le label étant plus posé à partir de la troisième sortie, faire les choses de manière très simple. Je suis également en train de bosser sur un autre label avec mon ami Antoine (moitié de Loop Exposure), qui sera complètement dédié à une sorte de fusion jazz/électronique, il s’appellera Eclectic Panorama. Mais comme pour BR, on prend vraiment notre temps pour être prêts.

Ta track pour allumer un dancefloor ? 

Out the NumbersRufus

Pour ceux qui seront aux Nuits Sonores, RDV le 25 Mai au nouveau club la Machinerie pendant le circuit électronique de la Nuit 2. Basse Résolution s’associera à Automatic Writing afin d’inviter deux artistes signés sur leurs labels respectifs : Akufen et Tommy Vicari Jr. Une association de malfaiteurs qui promet de faire des étincelles… 

Basse Resolution Records : Facebook / Site web / Soundcloud

Mohammed Vicente : Facebook / Soundcloud