Le Minimum Syndicat mélange avec brio l’acid techno la plus actuelle avec des éléments caractéristiques des teufs d’il y a 25 ans. Le duo le prouve encore une fois avec leur dernière sortie sur Tripallium Rave Series : Zenosyne, le 11 octobre 2017.

Au gré des 4 tracks de l’EP, le hardcore tutoie l’acid, le doom et la techno s’harmonisent pour composer un disque qui fait honneur à leurs racines sans être passéiste. Rencontre. 

Salut les gars ! Afin que nos lecteurs situent un peu votre label / duo, est-ce que vous pouvez commencer par nous expliquer les conditions de votre rencontre en 2008 ?

Jmi : Au cœur de la dépression minimale, on s’est rencontrés en soirée et on a décidé de faire la musique qu’on voulait entendre.

Sur votre bandcamp, vous expliquez que le Syndicat « est né pour aider à ramener l’euphorie sauvage / l’étrange énergie de la musique de rave  ». On a donc l’objectif, mais comment définiriez-vous le Minimum Syndicat ?

David : De la techno sincère, un peu mentale, assez physique, qui oscille entre un état d’esprit festif et une humeur plus sombre

Jmi : Oui, essayer d’avoir un truc avec de la personnalité, un peu abusé et pas « normal ».

Quand on essaie de jeter un regard d’ensemble à votre discographie, on voit que même une décennie après 3615 Rave, le premier EP de Minimum Syndicat, vous restez cohérents sur le fond même si la forme (heureusement) évolue. Est-ce que vous pourriez nous dire, selon vous, quel est le fil conducteur de vos productions ?

David : Un esprit qui vient beaucoup des débuts du mouvement en Europe et imprègne tout ce qu’on fait depuis qu’on a commencé MS. Il y a aussi la recherche d’une certaine intensité, un truc un peu frontal là où d’autres vont plutôt travailler le sound design et une mise en place progressive. On aime les tunnels hypnotiques mais aussi les electrochocs, ce qui vient plus de la rave anglaise et belge, du « early hardcore » et ce genre de choses.

Jmi : On a une vision assez claire et partagée du son qu’on veut produire avec MS. Difficile à définir, mais pour faire simple, juste le genre de son un peu cathartique et malmenant que tu voudrais entendre dans un hangar crasseux écrasé par un gros sound system !

J’évoquais brièvement le fond dans la précédente question, sur la forme j’ai remarqué que les artworks de vos disques représentent des squelettes de reptiles et d’oiseaux. Est-ce que ça tient d’une approche « scientifique » de votre musique ?

Jmi : Pour être honnête on ne l’a jamais pensé en ces termes la. On voulait surtout sortir des clichés liés au genre, avoir une esthétique simple et marquante, ni trop sérieuse ni 15eme degré. J’ai une passion secrète pour tout ce qui est gravure, on a de suite cherché une imagerie la dedans, on voulait du N&B, déclinable à l’infini, facilement identifiable et qui renvoie ce qu’il faut de darkness et d’esprit sans tralala ou explications philosophiques fumantes.
Et pour ce qui est de l’approche scientifique de la musique, je pense qu’on en est assez loin ! Chaque track part d’une page blanche, c’est plus à l’instinct et à la recherche de l’accident heureux qu’autre chose !

Depuis quelques années, on voit fleurir les termes « Raves », « Warehouse », « Acid »,  « Industrial » ou encore « Hardcore » sur les flyers comme autant d’arguments racoleurs, même dans les soirées  grand-public. Selon vous, on devrait parler de « revival rave » ou plutôt de « rave nouvelle vague » ? De quel œil voyez vous ce regain d’intérêt pour une scène qui était marginale à vos début en tant que Minimum Syndicat ?

David : Évidemment il y a pas mal de récupération marketing là-dedans, certains termes sont galvaudés, mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui n’y voient que du vent; il y a vraiment quelque chose de l’esprit originel qui est revenu ces dernières années. Dans une certaine mesure je pense que les nineties vont rester pour la techno ce que les sixties sont au rock : une espèce de période mythique où les choses étaient nouvelles et « pures », où l’aspect contre-culturel était le plus fort, et où pas mal des disques les plus importants du genre ont été produits.

Il y a bien sur une part d’idéalisation là-dedans, mais je ne trouve pas ça malsain. Une scène a besoin de mythes fondateurs pour garder son cap et ses valeurs. Et puis l’approche de la génération actuelle (en tout cas la frange qu’on en cotoie) est bien plus crédible quand elle se réclame de la culture rave que certains petits malins qui se disaient « nu-rave » il y a 10 ans.

Jmi : La musique électronique dans son ensemble s’est démocratisée et forcement l’esprit de la fête qu’on aime peut parfois se diluer sous l’effet de masse et la mise en place de ce gros music business.

Mais je me dis qu’il y a de la place pour tout le monde, et que c’est le signe d’une scène vivante. Ce que je retiens, c’est qu’il y a une vraie vague de fond derrière tout ça, un vrai noyau dur se crée tant au niveau des artistes que du public et que ça promet encore de belles choses.

Dans Zenosyne, on remarque des influences techno, industrial, breakbeat ou encore hardcore, et nombre d’éléments oldschool. Comment vous vous y prenez pour faire cohabiter l’âme 90’s Rave avec les aspects plus actuels de vos tracks ?

David : On est pas reclus dans une tour d’ivoire. On va dans les soirées, on écoute ce qui sort… donc je pense qu’on est naturellement influencé par les évolutions de cette musique qui nous semblent cools et pertinentes. Ca se mélange de façon plus ou moins consciente à notre ADN, qui lui est clairement « rave 90 » . Il l’était avant que ce soit la mode et il le sera toujours après…

Jmi : On n’est pas dans une recherche absolue de son à l’ancienne. Juste, c’est notre héritage et notre culture de base. On se nourrit de pleins de choses et bien au delà de la techno. De plus les moyens de productions qu’on utilise sont pour le coup assez actuels, ça contribue a apporter une touche plus contemporaine j’imagine.

Quelle machines / configuration avez-vous employé pour produire votre EP Zenosyne ?

Jmi : On a un set up hybride : Ableton live qui pilote nos synthés hardware sur scène comme en studio. On est assez raisonnable niveau matos, on aime bien les configs simples et efficaces.

Pour la partie hardware, une Elektron AR pour les rythmiques. Pour les synthés, DX200, TB-303, Waldorf Blofeld, Mininova, DSI Evolver, MS20, SH101 et un Juno alpha. Sinon, on reste de grand consommateurs de samples (l’AR et Live se chargent de cette partie). On a en prime une paire de vielles mixettes dont on se sert pour les distorsions.

Enfin, on complète ici et la en digital avec quelques VSTis si besoin. Pour les effets on passe en digital, on bosse beaucoup avec les plugs Soundtoys et Valhalla DSP. Plus spécifiquement, sur cet EP on a beaucoup utilisé le MS20, pour les basses granuleuses, nos fidèles 303 bien sur, le Juno et l’Elektron AR.

Quand on vous voit en live, le set-up est épuré. Vous utilisez les mêmes machines qu’en studio ? Comment vous vous répartissez les tâches ? Est-ce que vous allez jouer Zenosyne lors de votre prochain live à la soirée Exil le 27 octobre prochain ?

David : L’idée est que ça tienne dans deux gros gig bags que l’on puisse garder avec nous en cabine dans l’avion. Il faut donc jouer serré. On emmenait plus de choses au début, mais il faut voir  le nombre de dates où tu arrives sur place et c’est une migraine pour tout faire tenir avec les platines vinyles et CDJ + le set-up des autres lives. Ou alors bien souvent, le temps déjà pas large prévu pour l’installation et le soundcheck est divisé par deux parce que les choses ont pris du retard.

Tu dois alors tout faire à l’arrache en temps record. Du coup on a opté pour un set up un peu « commando » : on se branche vite, on joue notre live set et on remballe. Il n’y a pas tout le studio sur scène loin de là, on hésite pas à sampler certains synthés intransportables ou à les faire rejouer par autre chose.

Jmi : On est plutôt content avec notre combo ordi/hardware, ca permet d’avoir le meilleur des deux mondes et la config live est une version « light » du studio. On peut rationaliser pas mal de choses grâce à l’ordi, avec beaucoup d’effets à disposition, un séquenceur maitre bien flexible en live, un max de contrôle en midi et un routing « in the box » qui permet de s’adapter rapidement au sound system et aux imprévus. En parallèle de ça, on a les machines à manipuler en direct. Ca permet d’avoir plusieurs postes définis et de ne pas se marcher dessus. Au final pas de rôles imposés pour chacun de nous mais plutôt de multiples tâches à accomplir selon disponibilités et inspiration.

Sinon, pour ce qui est de Zenosyne, oui, il y a des chances qu’on joue certains tracks du EP. En général d’ailleurs, avant de sortir sur disque les tracks connaissent pas mal de versions live.

Si vous deviez conseiller un label, deux artistes et trois tracks à quelqu’un qui voudrait approfondir l’esprit 90’s rave que vous mettez en valeur, quelle serait votre sélection ?

David : Labels : Le Underground Resistance des débuts à Detroit et PCP (Planet Core Productions) à Frankfurt, je ne peux pas choisir entre les deux.

Artistes : Marc Acardipane (sous ses pseudos The Mover, Pilldriver, Alien Christ, Mescalinum United…) et F.U.S.E pour l’acid.

Tracks : « Acid Creak » de Spokesman comme la quintessence de l’acid de warehouse; « PWN Wave » de Trance Trax pour représenter le son rave belge de 91; « Scorpio » de Joey Beltram sur le Lost Entity EP, choisi au hasard parmi toutes les productions géniales de ses débuts.

Jmi : Mince, David a balancé les gros trucs!

Label : Re-load Records

Artiste : J’y arrive pas, disons quasi n’importe lesquels sur Djax-up Beats jusqu’à début 2000…

Tracks : X-101 – « Sonic Destroyer« , parce que c’est le premier disque que j’ai calé sur une platine, Future Sound Of London – « Ill Flower« , parce que la rave c’est pas forcement techno 4/4 mais aussi une émotion, et Frankie Bones – « Refuse To Fight« , parce que la rave c’était aussi les fameuses Storm raves à NY.

Notre motto chez Dure Vie : « la vie est dure, on vous l’adoucit ». Qu’est-ce qui, personnellement, vous rend la vie plus douce ?

David : Une bonne part des satisfactions et des meilleures personnes que j’ai rencontrées dans ma vie sont liées d’une façon ou d’une autre à cette musique.

Minimum Syndicat : Facebook / Soundcloud / Bandcamp

Zenosyne EP : Soundcloud / Bandcamp