Photo à la une © Maude Fourgeot

De Montréal à Paris, les 12 têtes pensantes du collectif Marbré ont su tirer leur épingle du jeu jusqu’à faire leurs premiers pas dans la cour des grands. Rencontre avec une équipe de passionnés et de diggers – réunis autour du spectre house – avant leur date à La Java ce vendredi 20 janvier

Montréal, il y a 4 ans. Dans la plus grande ville francophone du Canada, les étudiants qui ont fait le choix de traverser l’Atlantique se retrouvent tous les dimanches dans le Parc Jean-Drapeau pour les open air de Piknic Electronik l’été, au grand festival Igloofest l’hiver, sortent à l’année dans des clubs comme Le Salon Daomé, le Newspeak, le Datcha ou encore le Stéréo ou dans les soirées intimistes et DIY des collectif Moonshine, Homegrown et Siberia. Aux platines de cette scène bouillonnante, les sets de collectifs locaux comme TGV (The Groovy Vinyl) sont alors une porte d’entrée pour toute une nouvelle génération qui se façonne au rythme des musiques électroniques. 

Parmi eux Pierre (aka Pierrinski) et Benjamin (aka Yambow) (dans la même promotion universaire), Jean (aka Janaux) et Florian (aka Brick City), aujourd’hui actuels membres du collectif de DJs Marbré y dansent sans encore se connaître. C’est lors d’une soirée qu’ils rencontrent 6 autres néophytes afficionados, Jean, Simon, Jules, Nicolas, Lucas et Hector, et façonnent les premières briques d’une idée qui grandit : organiser leurs propres événements. 

Histoire de collectifs 

Il faut dire qu’à Montréal, dans la lignée de The Groovy Vinyl, il n’est pas rare que les clubs confient leurs clés aux collectifs. “La scène est bien plus ouverte, on te donne plus facilement ta chance”, explique Florian, rejoint par Benjamin qui confirme l’accessibilité de pouvoir « contacter en direct les établissements.” “On a commencé à démarcher les clubs avec nos e-mails perso, c’était pas très pro”, plaisante Pierre.

Force de motivation, c’est finalement au Club Pelicano, un bar dansant inspiré de la Piscine Molitor où bons vins côtoient les platines que l’équipe se lance. “C’était un joyeux chaos”, se souvient Pierre, “on n’est pas payés, pas de boissons offertes, le système son est un peu à désirer et il y avait beaucoup trop de monde : on réunissait trois promos différentes !”. Le collectif fédère alors déjà une bonne partie de la diaspora française, qui les met en confiance avec un beau sold out à la clé lors de leur date suivante dans la mythique salle du Belmont encourageant pour la suite. 

© Marbré au Belmont, 14 novembre 2019 – Ezer Berdugo

S’enchaîne une date au Velvet, un speakeasy souterrain de Montréal qui rappelle les catacombes de Paris. Plus rock, plus dangeureuse mais résolument house, la soirée « La Marbre » initie d’autres gigs notamment au Groove Nation, au coeur du Plateau Mont-Royal. Cette ascension doit pourtant marquer un temps d’arrêt face à la crise sanitaire et le groupe se scinde : Benjamin et Pierre rentrent en France, les autres restent à Montréal.

Connecter Montréal et Paris 

Malgré cette situation, on a voulu en tirer du positif tous ensemble. On n’avait jamais eu autant de temps pour digger sur toutes les plateformes.”, rembobine Pierre. Après la pratique vient alors le peaufinage de la théorie où s’enchaînent une phase hyperproductive de recherches de sons, d’élargissement du spectre musical, et de construction de playlists. À l’été 2020, alors que Montréal vit encore sous silence festif, la proximité du dancefloor est à nouveau autorisée en France et leurs premières dates à Paris tombent dans deux établissements-tremplins de la scène électronique, le Panic Room et le 45 Tours. En août 2021, Florian et Jean – qui ont depuis également co-fondé en parallèle le collectif perpignanais Regroup – les invitent à jouer à leur festival dans le Château de Valmy, près d’Argelès-sur-Mer aux côtés de Dan Shake et Demi Riquisimo. L’événement rassemble 1200 personnes. 

© Marbré au Badaboum, décembre 2022 – Maude Fourgeot

Dès lors, Marbré se professionnalise et ambitionne de connecter ses deux villes d’adoption, Paris et Montréal. “À Paris les choses évoluent très vite car la scène est très connectée à l’Europe, notamment au foyer actuel des musiques électroniques à savoir l’Angleterre”, explique Florian. “Ce sont deux scènes très connectées mais différentes”, admet de son côté Jean, qui pointe une scène montréalaise “plus à la cool et accessible” où les grands DJs américains font halte dans des lieux intimistes au détour de leurs tournées frontalières. 

À Montréal, le before est aussi crucial. Dans une ville où le débit de boisson s’arrête à 3h et où seulementdeux clubs after hours sont ouverts après (le Stereo et le Circus), la fête démarre dès 18h. L’espace privé est aussi un lieu-clé, avec des “surfaces habitables plus grandes” où une centaine de personnes se retrouvent parfois pour préparer les hostilités de la nuit. Le froid non plus n’est pas un obstacle : avec des températures qui peuvent parfois chuter jusqu’à -30°C l’hiver, les fumoirs extérieurs et les squats dans des zones industrielle en périphérie n’enrayent pas la fête. “Même si Paris est notre terrain de jeu actuel, on se sent chanceux d’avoir débuté là-bas”, conclut Jean. 

Aujourd’hui, une partie de Marbré est toujours active à Montréal. Lucas, leur graphiste, fait le lien visuel force de créations léchées. Une logistique à longue distance que le collectif a su pourtant mener d’une main de maître. “On se fait confiance, il y a une autonomie en termes de rôles.”, explique Benjamin. “Quand on organisait des événements en France, eux ne pouvaient pas à Montréal. On s’est aidés dans la galère !”. 

3 ans et déjà l’étoffe des grands

Cette richesse géographique, Marbré l’a consolidée au fil des mois. Quand on est 12 à piloter un projet et souvent parfois 4 aux platines lors des back to back, la sélection est forcément extra-large. Influences hip-hop et deep house pour Benjamin, scène UK bass pour Jean et Florian, passion disco, garage et house 90’s pour Pierre… C’est l’idée de Marbré : des sets réconfortants aux saveurs sonores déclinables, à partager entre potes.  

T’es obligé d’évoluer musicalement car la scène se développe en permanence. Non seulement sinon tu perds ton public, mais c’est important pour nous de se réinventer constamment.”, confirme Florian. “Aucun set n’est le même de par la pluralité des DJs et nos backgrounds différents. Cet amour et cette perpétuelle envie de digger est sûrement le premier lien fédérateur du collectif. On ne se repose jamais sur des acquis et on se fait découvrir plein de trucs au quotidien.”, le rejoint Pierre. 

Dans cette lignée, les rêves sont grands et éclectiques : Hessle Audio dans la Salle Apolo / Nitsa de Barcelone pour Florian, le label Roche Musique à La Cigale pour Benjamin, Hessle Audio ou Holding Hands au Corsica Studio de Londres pour Jean ou encore SASS (réunion de Moxie, Peach, Saoirse et Shanti Celeste) pour Pierre à La Machine. 

Ces derniers mois, Florian et Jean ont notamment récemment mixé chez Rinse France sacrée meilleure webradio d’Europe (grâce à son co-fondateur Laurent Bassols), Pierre et Florian dans l’antre du Djoon, tout en organisant une résidence mensuelle intitulée Klub Serviette sur la fine webradio Egregore. C’est aussi dans l’emblématique Badaboum que le collectif s’est illustré le 9 décembre dernier avec les selectors européennes Lola Haro et Moxie en invitées pour leurs 3 ans (l’édition montréalaise s’étant tenue le 28 octobre au Ausgang Plaza).. “Mention spéciale au directeur artistique du club, Benjamin Charvet, qui nous a vraiment fait confiance depuis notre arrivée sur Paris.”, précise en chœur le quatuor.

Cap vers l’avenir

Pour la suite, Marbré ambitionne de continuer sur le même chemin entre “volonté de mettre en avant des talents émergents” et désir de s’installer dans d’autres grands clubs. “Les choses avancent, on a pour la première fois des plannings avec des événements bien à l’avance”, confirme Pierre. Arrivent notammenat une date ce vendredi 20 janvier à La Java dans le quartier Belleville avec la pionnière française de la deep house Lea Lisa et Wallace, étoile montante de la scène UK aux titres joués par de grands noms comme Gilles Peterson, Hunee, DJ Tennis ou encore Palms Trax. Le collectif passera aussi par le YOYO en mars, une scène à Madame Loyal en avril et la possibilité d’un petit festival en région parisienne cet été – entre autres.

Marbré met un point d’honneur à remercier tous les collectifs, clubs et promoteurs qui les ont invité et leur ont fait confiance, Le Belmont, Velvet, Groove Nation, Ausgang Plaza, Badaboum, Djoon, Mazette, la Java, la Prairie du Canal, Seguin Sound, Panic Room, la Fabuleuse Cantine, les collectifs Le Rotary Club, Kumo, Figurative Records, Amsem, Café Noir, Discosecte, Nuit Noire, et des artistes comme Evita, Pasteur Charles, Sancho, Dan Attias, Habik, Robby & Stupid Flash, Adrien Calvet, Paul Cut, Hugo LX, Discomatin, EG, Lola Haro et Moxie qui ont “fortement contribué au projet.

Toutes les informations sur l’événement de vendredi à La Java sont à retrouver sur Facebook, et vos préventes sur la billetterie en ligne.

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