Crédit photo : Flavien Prioreau

Il y a un mois, Lazare Hoche voyait sa consécration lors de l’émission Cercle dans la somptueuse Cathédrale Américaine de Paris. 2h de set à la sélection éclectique et maîtrisée qui sacrait presque littéralement les années de labeur du DJ et producteur français. À l’occasion de son retour au Wanderlust le 9 décembre, le fondateur de deux labels s’est livré sur son actualité.

La rue Lazare Hoche et la rue Mandar sont deux voies à Paris qui t’ont inspiré tes noms de scène. Mais qui serais-tu aujourd’hui si tu avais grandi rue des Deux-Boules dans le premier arrondissement de la capitale ?


Avec des si…

Le 30 octobre, le collectif Cercle t’a invité à jouer dans une cathédrale américaine située à deux pas des Champs-Elysées. Comment c’était ?

Incroyable, le lieu est sublime, je l’ai vu avant et après le montage technique. L’équipe du Cercle est d’un professionnalisme impressionnant. J’ai vibré comme jamais derrière les platines même si l’enjeu était de taille. J’ai reçu un nombre hallucinant de messages de nouvelles personnes qui découvraient ma musique, je plane encore de cette soirée, je ne peux pas vous dire mieux.

 

 

Derrière leur écran, 120.000 personnes te regardaient mixer. À quoi penses-tu quand tu es sur scène avec des milliers de yeux rivés sur toi ?

Je ne réalisais pas vraiment. J’essaie de faire comme si il n’y avait pas de caméra. Mais forcément, ça hystérise de faire ce genre d’exercice, on s’expose, on se demande si ça allait, etc… Mais « le streaming », c’est aussi une autre manière de consommer la musique. Aujourd’hui, il n’y a pas une fête, un anniversaire, un pot de départ sans qu’un bon samaritain se précipite pour mettre un set Boiler Room ou le Cercle sur Youtube, il ne met pas un morceau, mais un set entier en vidéo. C’est un phénomène que j’ai beaucoup observé dernièrement.

En 2011, tu crées ton label pour sortir tes propres tracks et débute l’aventure avec un EP limité à 300 exemplaires, composé d’edits de morceaux discos. Aujourd’hui, ce disque est très rare et surtout très cher sur le marché de l’occasion. Selon toi, un tel prix est-il juste ?

 

Pour faire très simple, je n’envisageais même pas de commercialiser le disque à l’époque. Replaçons les choses dans leur contexte : ce disque a été fait en 2011, le vinyle n’avait vraiment pas la côte, on était en plein boom Serato/Traktor. J’avais donc pressé ce « Luv Thang » à 300 copies pour les donner à des Djs et peut être en déposer quelques-uns chez des disquaires parisiens. Il se trouve qu’un distributeur allemand m’a pris tout le stock et ce dernier s’est vendu en 2 jours. Je n’ai gardé qu’une seule copie pour moi !

Aujourd’hui, des gens le vendent à 198€, ça a toujours été le manège de certains vendeurs Discogs. Les gens savent que la rareté et la demande dictent le prix. Sur les disques anciens je peux concevoir qu’un disque des années 60 rare et dans un état de conservation remarquable puisse valoir cher, mais un disque de 2011… non pas vraiment.
 

À nos amis diggers qui nous lisent en ce moment même : un repress est-il envisageable ?

Absolument tout est envisageable !

A propos, j’ai lu que tu étais un grand collectionneur de vinyles… Mais si tu devais n’en garder qu’un ?


Ma copie scellée de la première presse de K.Alexi – « All for Lee Sah » (entre autres)

Cet été, on t’a beaucoup vu de l’autre côté de la mer Méditerranée sur l’île d’Ibiza. Comment s’est passé ce cru 2017 ?

Une immense surprise pour ma première année, j’ai eu la chance d’avoir une sorte de double résidence pendant toute la saison, au Hï Ibiza le samedi soir pour la soirée Black Coffee et le jeudi aux Sankeys. Beaucoup d’amis parisiens sont venu me voir et j’ai vraiment adoré être là-bas pendant presque tout l’été. C’était des vacances et de la musique uniquement. J’ai hâte de repartir pour la saison prochaine.

Certains « puristes » sont en guerre contre Ibiza, pointant du doigt l’île comme étant anti-underground. Quelle est ta position face à de telles déclarations ?


La musique électronique adore les débats. Ibiza est une île dédiée à cette musique, elle est naturellement sujette à controverses. Mais pour un DJ qui joue la musique qu’il aime, sans concessions, c’est une tribune formidable. Quelque chose de particulier se passe surtout quand vous jouez au lever du soleil là-bas. Les gens vous suivent pendant des heures sans penser à leur travail, à l’heure d’ouverture du métro ou au réveil qui s’apprête à sonner, c’est autre chose. On vit des moments suspendus dans le temps, ce qui est assez rare le reste de l’année.

Malin Génie, S.A.M. et toi allez vous produire sous votre nom de scène Mandar lors d’un all night long de folie le 31 décembre au Rex Club à Paris. Six mains, c’est mieux que deux ?


C’est différent ! J’aime les deux formules mais j’adore jouer seul, c’est plus intense. Ce all night long de fin d’année, ça va être un grand moment, je le sens.


Le pays qui t’a le plus marqué lors d’un gig ?


Sans aucune hésitation : le Japon. C’était un moment inoubliable, ma première tournée au pays du Soleil Levant en Juin 2015. J’ai réalisé à ce moment précis que la musique peut littéralement réaliser mes rêves. Le Japon, sa civilisation, sa culture, son esthétisme, son peuple, ses disquaires, son jusqu’au boutisme… Tout cela m’a toujours fasciné. Ne serait-ce que voir un japonais marcher ou travailler, les gestes, la justesse : c’est sublime.

Et lorsque tu reviens de tournée et que tu rentres à Paris, quelle est la première chose que tu fais ?

Je cours manger à la Boule Rouge avec des amis d’enfance !

Tes labels Lazare Hoche Records et Oscillat comptent aujourd’hui un peu moins de trente releases. Tu te produis dans le monde entier aux côtés des plus grands Djs internationaux. Que pouvons-nous te souhaiter de plus pour la suite de tes aventures ?


La santé, le courage, et l’inspiration !
Lazare Hoche : Facebook / Soundcloud / RA