Voilà déjà quelques temps qu’un souffle de créativité attise les abords de la capitale. Si elle a eu son heure de gloire, aujourd’hui Paris fait sa difficile. Les pressions quant au bruit, le manque d’espace, de temps, bref, des libertés ont contraint les organisateurs à repenser les composantes de la Fête.

Si beaucoup d’entre nous l’ont remarqué, personne n’avait encore pensé à documenter le phénomène. Good news! Les copains d’Utopie Tangible se sont penchés sur la question en suivant six collectifs parisiens qui incarnent si bien l’humeur badine qui taquine le Grand Paris : le District Factory, OTTO10, Microclimat, l’Alter Paname, le Camion Bazar et la Mamie’s. 6 mois de tournage, au gré du vent et des bacchanales estivales dans le but de recueillir un maximum d’impressions, du public, des orgas. Une sorte de capsule temporelle, pour la postérité.

On a retrouvé Leny, Vincent, Nidal et Ivan au Panic Room pour discuter de leur docu’ autour d’une planche.

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DV  Doù est venue cette volonté de documenter les fiestas parisiennes ?

 

« Le public fait réellement partie intégrante de la fête »

 

UT • L’idée est venue assez naturellement. Le site était un peu récurent en termes d’articles, on a eu envie de proposer autre chose à notre audience. On s’est donc penché sur des petits projets vidéos avant de se lancer sur un plus gros projet : filmer ce nouvel esprit de la fête à Paris. Ça fait 3-4 ans qu’on en prend plein les yeux avec de nouveaux concepts de teufs vraiment sympas. Le public fait réellement partie intégrante de la fête. Hormis des petites vidéos d’une ou deux minutes, personne ne s’était attardé sur le sujet pour rapporter comment ça se déroule du début à la fin.

Grâce au site et aux nombreux partenariats qu’on a mis en place depuis 3 ans, on avait un accès facile aux collectifs. On était tous très excité de se fédérer autour d’un même projet, de montrer qu’à Paris on fait les choses aussi bien, si ce n’est mieux ! Le feeling était déjà là, le documentaire nous a encore rapproché, la preuve : tous les collectifs ont répondu présents le 15 mai pour la sortie du docu.

DV Il y avait sûrement aussi une volonté de laisser une trace aux générations futures, à linstar des vidéos de raves des années 90, non ?

UT • Si, un peu forcément. On espère que ce sera un document référent de l’époque début 2010: le but étant de faire une sorte de photo de ce qui se passait à un instant T sur Paris. Avant on ne trouvait pas ce format de “soirées” en journée dans des lieux insolites, ce genre d’alternative à la nuit parisienne. On s’est dit qu’il fallait le faire maintenant, que ce ne serait peut-être plus comme ça dans quelques années.

Camion Bazar @ Alter Paname

Camion Bazar @ Alter Paname

DV Et ça nous permettra dexpliquer à nos parents où lon passe notre vie !

UT • Carrément ! C’est la première fois qu’on échange en profondeur avec eux sur ce sujet, ils ont parfois une image assez sombre de ces scènes Techno. On leur a montré des photos qui les ont presque rassuré, et puis le trailer les a emballé. On a l’impression qu’ils revivent aussi leur époque un peu soixante-huitarde ! Ça se passe 40 ans plus tard mais visiblement ça leur parle !

Microclimat

Microclimat

DV Comment on décide de se lancer dans la réalisation dun documentaire, concrètement ? Vous aviez déjà une petite expérience ?

UT • Pas du tout, non, à part Ivan qui est ingé son. Pour le reste, on a regardé à droite, à gauche, les potes et les connaissances. On s’est entouré d’une petite équipe de gars calés niveau prod’ audiovisuelle. On est resté sur cette idée de collectif, d’entraide sans trop de moyens. Un pote de lycée (Antoine Bas)  de Vincent a proposé d’être notre producteur et nous a trouvé une équipe de tournage. Pour la réalisation, ce n’était pas évident de trouver une personne extérieure à cette problématique, on a un œil particulier sur ce milieu. On a finalement décidé de se charger de la réalisation nous-même. En mai 2015, on a commencé à filmer avec la District Factory et on a fini en octobre avec une OTTO10.

Ferme du bonheur © www.michaelcampi.com

Ferme du bonheur © www.michaelcampi.com

DV La teuf à Paris, cest vague. Quel angle avez-vous choisi afin daborder le sujet ?

 

« les fêtes responsables, participatives. Les gens ne consomment pas juste la soirée, ils la font, sans eux il n’y a rien ».

 

UT • On savait où on voulait aller. On a défini une trame tous ensemble, les questions, les mots-clés qu’on voulait mettre en avant : les fêtes responsables, participatives. Les gens ne consomment pas juste la soirée, ils la font, sans eux il n’y a rien. Le concept de différents espaces avec ce côté club mais aussi ce côté créatif, amusement : ambiance à la cool, posé sur des canapés, des stands de massages, de maquillage, plein d’activités proposées… On s’est aussi basé sur les suggestions des réalisateurs qu’on avait rencontré au début mais qui avaient d’autres projets en cours.

DV  Ça na pas été trop difficile de sélectionner six collectifs dans ceux qui fourmillent à Paris ces derniers temps ?

UT • Bizarrement, non. Après on en a sûrement oublié, je pense à Sonotown, à SoukMachine ou à Cracki Records qui sont là depuis des années. On a choisi ceux dont on était le plus proche, les interviews sont tout de suite plus naturelles. Ce sont les collectifs qui représentent le plus cet esprit participatif à nos yeux. Les soirées qui changent de lieu constamment, où les mecs ne se paient pas automatiquement, ils sont juste là pour te faire kiffer.

Ferme du Bonheur © Arthuro Peduzzi

Ferme du Bonheur © Arthuro Peduzzi

La première fois qu’on a trouvé la Microclimat, c’était il y a 4 ou 5 ans, on passait en Vélib et on entend de la musique près du Louvre. On se penche sur les quais de Seine, on descend, il y avait une soirée d’anniversaire avec Romain Play. Les mecs avaient débarqué avec un générateur de 23h à 6h, le lieu était tellement improbable que les flics ne sont même pas venus ! C’est l’esprit qui nous avait marqué au début, ce genre de soirées à la cool.

DV Comment sest déroulé le tournage ?

UT • On avait un calendrier, ça nous a aidé à avoir un tempo. On ne s’est pas pressé, à la base, on devait finir en Septembre mais il y avait des événements qu’on ne voulait pas louper, l’OTTO10 en Octobre par exemple. Et on a bien fait d’attendre, on a des images incroyables !

C’était super enrichissant de travailler avec gens extérieurs à ce milieu. Il a eu un réel échange et de l’apprentissage des deux côtés. Et avec la distance professionnelle, ils cadraient des choses qu’on ne voyait pas forcément étant habitués à ça.

DV La pratique cest pas toujours comme sur le papier. Aucun pépin durant le tournage ?

UT • La seule “galère” c’est qu’on n’avait pas de budget, donc pas de micro. On a pris le parti de se dire que c’était en immersion, on est allé chercher les gens où ils étaient, en teuf. Du coup, on a de très belles images, de super propos mais parfois avec de la musique à fond derrière.

Le plus difficile, c’est de réussir à rendre des gigas de rush cohérents, une vision avant/après qui met en valeur ce qu’il se passe en ce moment. On s’est rendu compte au montage qu’on voyait plus certains collectifs que d’autres. On a eu la chance d’avoir les impressions de collectifs jeunes et un peu moins, notamment Antoine, le responsable de Microclimat (qui est aussi un mec de Trax) et Roger des prés de la Ferme du Bonheur qui ont le recul nécessaire pour partager leurs expériences.

District Factory

District Factory

DV On a tous été témoins de moments impromptus dans ce genre dendroits, au moins une fois ! Une anecdote marrante à partager ?

 

« C’était plutôt drôle de voir notre producteur découvrir ce monde, on l’a retrouvé avec le caméraman à la fin, avachis dans le canap’ du coin coquin ! »

 

UT • Là comme ça, on répondrait le District ! C’était la première et on a autant de plans géniaux que d’inexploitables. Le Camion Bazar et l’Alter Paname étaient invités. C’était une des meilleures au District Factory. C’était plutôt drôle de voir notre producteur découvrir ce monde, on l’a retrouvé avec le caméraman à la fin, avachis dans le canap’ du coin coquin ! Le plus marrant c’est que nous aussi on avait fait la teuf, on filmait ce dont on avait besoin et après c’était aussi notre soirée.

DV Et justement, vous en avez pas marre de faire la fête ?

UT • On commençait à en avoir marre de faire la fête sans faire la fête. Ça nous a vachement calmé ; quand t’as 4000 balles de matos avec toi, tu ne vis pas la soirée de la même manière. Après avoir revu toutes ces images au montage, on est plutôt impatient de refaire la teuf pour de vrai ! On se donne donc rendez-vous ce dimanche à Montreuil !

DV Comptez sur nous les gars ! Merci davoir pris le temps de répondre à nos questions !

Et comme vous vous en doutez déjà, Dure Vie vous file des entrées pour l’avant première et la teuf immanquable qui suivra 😉

En attendant le 15 mai 2016 aux anciens studios de l’Albatros,

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Propos recueillis par Noémie & Bertrand