Jamie Jimpster Odell jouera le 11 novembre au Djoon pour la soirée de La Pause. Il prépare un set spécial de 7 heures à l’occasion de la sortie de “20 years of Freerange”, un coffret de 5 disques composé de prods inédites et une série de teufs à travers le monde. Le boss de Freerange Records alimente les sets des meilleurs Djs avec une deep house élévatrice et entêtante. Le genre de tracks métalliques et sensuelles avec lesquelles Âme t’emporte à la moitié d’un set.

Parle-nous de “20 years of Freerange”. Comment as-tu sélectionné la musique ?

Cette sortie est de loin notre projet le plus ambitieux à ce jour et nous sommes vraiment reconnaissants à tous les producteurs qui ont apporté de la musique aussi géniale. Fin 2015, je suis rentré en contact avec certains de nos habitués Freerange mais aussi de nouveaux artistes qui n’avaient encore rien sorti chez nous. Ce processus d’échange, sélection, administration et compilation a pris environ 6 mois. Il y a quelques morceaux qu’on avait pensé sortir en EP et qui sont rentrés dans la compil, mais la majorité ont été produits spécifiquement pour cette release. Je n’ai pas donné de mot d’ordre particulier aux artistes mais j’ai suggéré à certains de produire un son différent de ce qu’on attendait d’eux.

 

« Il y a une honnêteté certaine dans la simplicité de la musique house »

 

Comment Freerange s’est-il renouvelé en 20 ans ?

Il me semble que le son du label a évolué plutôt naturellement. Il représentait l’éclectisme de la fin des années 90 – drum and bass, trip hop, downtempo, house et techno cohabitent allègrement – avant de se ranger là où nous nous sentions le plus à l’aise et pouvions offrir le meilleur son : la deep house, au début des années 2000. On a toujours voulu éviter de simplement suivre le mouvement, mais on aime penser qu’on ne se cantonne pas à un style précis susceptible de lasser et qu’on préfère surprendre de temps à autres.

Tu utilises souvent le mot “sincérité” en parlant de musique. Qu’est-ce qui fait un grand morceau deep house selon toi ?

Je trouve qu’il y a une honnêteté certaine dans la simplicité de la bonne musique house. Juste parce qu’un morceau semble simple ne signifie pas qu’il a été conçu sans soin ou sans passion. C’est là que la sincérité rentre en jeu. Si je pense aux meilleures tracks de Ron Trent, Chez Damier, Larry Heard, Carl Craig, Kerri Chandler ou Pepe Braddock par exemple, ils ont tous leur propre son bien qu’ils suivent un schéma similaire, parce qu’ils réussissent à injecter leurs personnalités dans leurs productions. Ils ne semblent pas suivre une mode en particulier ni s’appuyer sur un instrument technologique, c’est là qu’on sent leurs expériences à travers la musique et que ça devient génial.

Ton père est batteur. Freerange semble porter une attention particulière à des drums subtiles et puissantes. Comment cet environnement musical a-t-il influencé tes prods et la musique que tu releases ?

J’ai eu la chance d’avoir accès à certaines des premières drum machines dès leur apparition à la fin des années 80. Mon père, batteur et membre fondateur de Shakatak, s’est fait prêter une TR909 et 808 et a acheté une Linn Drum sur laquelle je passais des heures à m’amuser à faire des beats. J’étais alors dans le breakdance et la musique des compils Streetsounds Electro m’époustoufflait. J’essayais de recréer les rythmes sur mes machines. Je ne dirais pas que mes prods en tant que Jimpster sont particulièrement axées sur le beat mais je suis certain que toutes ces heures passées à fignoler kicks et snares ont influencé ma manière actuelle de faire de la musique. 

 

« Cela m’ennuie d’écouter track après track de deep house instrumentale sans accroche particulière »

 

Les vocaux sont également importants pour toi, les paroles sont trippantes et pleines de sens. Comment travailles-tu avec les chanteurs ?

En grandissant, je n’étais pas du genre à porter grande attention aux paroles. Je remarque ces dernières années que je suis de plus en plus emporté par certaines phrases, maintenant que j’ai un certain âge. J’imagine que ça m’ennuie d’écouter track après track de deep house instrumentale sans accroche particulière. En bossant un morceau, j’ai donc la volonté d’y injecter un élément qui le fera sortir du lot et lui permettra de connecter avec son auditeur sur un niveau différent. Dans la plupart des cas, je ne suis pas directement en studio avec le chanteur ou la chanteuse mais je lui envoie un morceau, puis nous échangeons nos idées. Sur mon prochain EP, sur le point d’être bouclé, je travaille plus directement avec une chanteuse de Londres appelée Florence Rawlings et j’ai vraiment aimé être en studio et écrire en sa compagnie. C’est bien plus gratifiant que de collaborer avec quelqu’un qui est à 9000 bornes.

On a tous un morceau phare qui nous a fait basculer dans l’électro. Tu cites souvent “Strings of Life” de Derrick May, en 1988. Peux-tu nous donner 3 autres morceaux qui t’ont marqué depuis, 3 morceaux qui t’électrifient ?

Les morceaux qui m’ont scotché quand je les ai entendu la première fois en club sont « House of God » de Dimensional Holofonic Sound, « Altered States » de Ron Trent et « Black Water » d’Octave One. Les trois sont des classiques absolus, et c’est mérité !

 

« Un artiste doit désormais penser à bien plus que la qualité de sa musique pour atteindre son audience et avoir un impact »

 

Tu es une figure clef et néanmoins discrète de la scène house. Les annés 2010 ont connu l’essor d’une deep house émotionnelle avec l’émergence de labels comme Innervisions, Diynamic et Life&Death, ainsi qu’une certaine mythification de Berlin et starification des djs. As-tu senti un changement au cours des dernières années et de quelle manière ?

C’est certain que l’influence des médias sociaux et de sites importants comme RA et Boiler Room signifie qu’un artiste doit désormais penser à bien plus que la qualité de sa musique pour atteindre son audience et avoir un impact. Mais la musique n’a pas forcément à en pâtir. On voit plein de super djs et producteurs aux goûts excellents en tête d’affiche de festivals et c’est super. Des artistes comme The Black Madonna, Ben UFO, Hunee, MCDE, Dixon… Ces gens-là ont réussi à faire la transition sans compromettre leur musique. D’un autre côté, l’apparition de tant de jeunes labels exclusivement vinyles signifie qu’il y a toujours énormément de musique qui sort mais qu’elle est plus difficile à trouver et plus discrète, ce qui rend la tâche très excitante pour un DJ curieux à la recherche de ce morceau méconnu que tous les autres djs du coin ne jouent pas. En gros, je suis très optimiste quant à la scène actuelle.

Le moment le plus absurde que t’as vécu ?

Dans la vie ? Bien trop pour que je m’en souvienne ! Pendant un gig, celui qui me revient, c’était à une très bonne warehouse party de Los Angeles, la Incognito. En plein milieu de mon set, un soutif a volé dans la salle et atterri sur le mixer. Ce serait pas étonnant à un concert de Justin Bieber mais à une soirée house underground ça m’a pas mal surpris. Puis c’était pas un petit soutif noir affriolant mais un truc beige renforcé qui a recouvert tout le mixer.

Le morceau le plus improbable que t’écoutes quand y’a personne autour ?

Si on parle péchés mignons, je peux continuer pendant des jours… Disons juste que depuis peu j’éprouve une certaine nostalgie à l’écoute de « It’s Better to Travel » de Swing Out Sister.

 

« Je suis très optimiste quant à la scène actuelle »

 

Y’a t-il de jeunes artistes qui te font vibrer ces temps-ci, tous genres confondus ?

Yussef Kamaal et William Chongo pour un truc plus jazz et downtempo. En house, Savile, Garrett David, Rimbaudian et Soul of Hex. Pas vraiment de nouveaux artistes mais ceux dont j’ai récemment aimé la musique.

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