Photo à la une © Teddy Morellec

C’est inédit. À Paris, La Gaîté Lyrique va accueillir du 9 au 11 mai le Japan Connection, premier festival du monde entièrement dédié aux artistes de musiques électroniques venus du Japon. Entre légendes, premières inédites en France et spectacle visuel à la hauteur de l’événement, nous rencontrons Simon Hamel, programmateur du festival et co-président de Make It Deep, l’agence-tête pensante du projet. 

Quel souvenir avez-vous du Trabendo de février 2018 avec Soichi Terada, Kuniyuki Takahashi et Sauce 81 ? C’était le commencement de tout le projet ?

Un souvenir impérissable. C’était la première fois que le trio se produisait en dehors du Japon, on avait passé 3 jours aux côtés des artistes et de l’équipe du festival japonais Rainbow Disco Club qui nous avait aidé à réaliser cet événement. Le concert était complet alors que Paris était recouvert par la neige, la plupart des lignes de RER H.S., le froid paralysant. Pourtant, il faisait 40°C dans la salle, l’ambiance était monstrueuse et le live de 2h30 en improvisation restera dans les annales. Nous n’oublierons pas non plus la première partie avec le live des Groove Boys Project qui avait mis tout le monde d’accord et parfaitement préparé le terrain pour le trio japonais. 

C’était le deuxième événement « Japan Connection » après une première en Avril 2017 au New Morning où nous avions reçu les live de Kuniyuki et de Takecha et les sets de Hugo LX et Johnny Power. Là encore, nous en avons gardé un souvenir particulier qui nous a poussé à organiser le deuxième édition au Trabendo. 

Le Japan Connection sera le premier festival dédié aux musiques électroniques japonaises au monde, quelle place ont ces musiques aujourd’hui ? Vous avez le sentiment qu’elles ne sont pas assez représentées à l’heure où la scène électronique est en plein boom ? 

Je ne saurais pas vraiment comment définir la place de la production japonaise dans le paysage actuel des musiques électroniques. C’est sûr qu’il y a une fascination et une méconnaissance liées à l’éloignement géographique, mais c’est aussi le cas pour d’autres régions du monde. La production electro nippone est très dense et on ne peut pas regrouper ses artistes dans un même panier. Au-delà d’être japonais, ils appartiennent avant tout à la scène House, à la scène Techno, etc… 

Je ne pense pas que les musiques électroniques japonaises ne soient pas assez représentées. Pas mal de clubs et organisateurs français essayent d’inviter des artistes japonais sur leurs programmations.

Mais c’est très compliqué car il faut garder en tête qu’inviter un artiste nippon, c’est doubler le prix du cachet avec le billet d’avion. C’est à mon sens la raison essentielle de la rareté des artistes japonais qui par ailleurs sont largement reconnus et écoutés. Il y a une logique financière évidente pour expliquer leur rareté en Europe. 

Comment as-tu construit la programmation très éclectique du festival ? 

Ça a fait l’objet d’une vraie réflexion. Je pense qu’on voulait d’abord absolument éviter la récupération culturelle, surtout avec le Japon qui est un pays avec une culture radicalement différente de la nôtre et avec lequel on ne peut pas faire n’importe quoi. Il nous paraissait donc logique d’être accompagnés dans la construction de la programmation et du festival par des personnes impliquées directement dans la scène electro japonaise et qui en maîtrisent les codes et particularités. 

En plus, nous avions le désir de commencer à créer un pont d’échange entre les scènes electro françaises et japonaises. On a donc fait le choix de s’entourer d’un parrain japonais et d’un parrain français : nous nous sommes tournés vers Kuniyuki et Hugo LX qui sont des artistes que nous apprécions beaucoup et qui avaient joué lors de la première « Japan Connection » au New Morning en 2017. Aussi et surtout, ils ont chacun une très grande connaissance de la production musicale japonaise. 

© La Gaîté Lyrique

Ensuite, nous voulions une programmation essentiellement tournée vers le live. D’abord car nous sommes à la Gaîté Lyrique, ensuite car le live a toujours été dans l’ADN du projet Japan Connection, enfin car beaucoup de producteurs japonais ne mixent pas et ne se produisent qu’en live. Et puis nous voulions proposer des projets inédits et rares, pour trancher avec ce que les gens ont l’habitude de voir chaque week-end aujourd’hui à Paris, les surprendre, tout en programmant des artistes avec un fort rayonnement à l’international mais qui se produiront sur des formats différents. 

Le trio Soichi Terada x Kuniyuki x Sauce81 est une exclusivité du Japan Connection, mais l’on invite aussi la première en France de Dip In The pool et Satoshi Tomiie en live modulaire, ou encore la première mondiale de Joe Claussell, Kuniyuki et Fumio Itabashi. Sur chacun des jours, le public pourra assister à une performance inédite qu’il ne verra probablement qu’une fois. C’est une vraie satisfaction car c’était l’un de nos objectifs. 

Comment se fait-on une place au milieu des festivals français aujourd’hui ?

C’est très compliqué aujourd’hui, car le tissu des festivals français s’est considérablement densifié et gagne aussi en professionnalisme. Lorsqu’on a lancé notre événement, on pensait être sur une période calme en Ile-de-France et puis Weather a annoncé son retour, Cercle a lancé son festival à Chambord… Évidemment, nous ne sommes pas exactement sur le même créneau, mais on voit que le public est sans cesse mobilisé par l’arrivée de nouveaux gros événements sans compter ceux qui sont déjà bien installés.

Le défi, c’est de réussir à faire entendre sa voix auprès d’un public qui est noyé sous les propositions de sorties et de festivals et qui est donc moins réceptif qu’il y a 5 ans lorsque l’offre était moins étendue.

La solution, je pense que c’est de proposer quelque chose d’original sans se baser sur les tendances car la concurrence ne sera pas soutenable pour une première édition. Il faut un concept innovant et identifiable, bien exploité ensuite sans folie des grandeurs, en gardant bien en tête que l’équilibre se trouve en général à la quatrième édition. Bref, la route est longue !

© Soichi Terada x Kuniyuki x Sauce81

Concernant le Japan Connection festival, il est un peu à part car son objet est très ciblé. Il se démarque donc naturellement du reste de l’offre des festivals. Ça a évidemment été décisif pour générer de l’intérêt, et il en a beaucoup généré. Mais la marche reste très haute car il faut maintenant pousser les gens à dépasser le stade de l’intérêt et réserver leur billet. C’est encore plus compliqué avec le Japan Connection dont l’atout majeur est d’éveiller la curiosité autour d’une culture méconnue. Les gens achètent plus facilement lorsqu’ils savent ce qu’ils vont trouver. 

Comment ça s’est passé avec la Gaîté Lyrique ? Quel rapport vous avez avec les institutions et financements ? 

Le rapport avec la Gaîté Lyrique est excellent. On ne s’attendait pas à ce qu’ils acceptent de nous accueillir sur un festival de 3 jours et nous sommes très heureux de pouvoir investir un lieu aussi emblématique pour notre première édition. 

Concernant le financement, il est pratiquement impossible aujourd’hui pour une première édition d’être accompagnée financièrement par des institutions publiques. Nous n’avons pas échappé à la règle. 

Quels sets/lives attendez-vous le plus ? 

Sans chauvinisme mal placé, absolument TOUS (même si ce live de 2h30 avec Kuniyuki aux machines et aux flûtes, Joe Claussell aux percussions et Fumio Itabashi au piano à queue s’annonce inoubliable). 

À part la programmation musicale, à quoi doit-on s’attendre lors du festival ? 

On avait à coeur de ne pas uniquement proposer un aspect musical. Avec le dispositif impressionnant de projection dans la grande salle de la Gaîté Lyrique, on voulait absolument proposer une partie art visuel à la hauteur. On aura donc le plaisir de recevoir Akiko Nakayama, artiste peintre tokyoïte qui viendra proposer son projet « alive painting » en même temps que les live. Son travail en direct sur la peinture en mouvement sera projeté sur l’écran monumental derrière la scène, expérience immersive garantie. 

© Akiko Nakayama

Ensuite, nous accueillerons plusieurs exposants dans les foyers historiques et modernes de la Gaîté Lyrique avec de la food proposée par Takaramono, un shop d’accessoire assuré par Mark Style Tokyo, une exposition vidéo préparée par la galerie éphémère de Sato Creative et enfin un stand d’animations construit spécialement pour l’occasion en inspiration japonaise que nous a concocté Heetch.

Il y aura aussi pas mal de surprises mais on ne dira rien avant l’événement, en tout cas on vous garanti que le voyage sera total ! 

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