Producteur culte, fondateur de Border Community – le label d’IDM rassemblant entre autres Nathan Fake, Luke Abbott et FairmontJames Holden fut le pionnier d’une electronica minimale progressive et spirituelle. Atomisant depuis plus de quinze ans les codes traditionnels de la musique de club à travers ses productions subtiles et des DJ sets pouvant réunir krautrock, synthwave, acid house, jazz et hymnes traditionnels, Holden délaisse aujourd’hui les platines pour le live. Il revient sur scène avec The Animal Spirits, un groupe et un album éponyme luxuriant aux textures enveloppantes et psychédéliques infusées de Gnawa, une musique traditionnelle d’Afrique du Nord. C’est à l’occasion de leur live au Festival BBMIX de Boulogne qu’il s’est livré sur son travail mais aussi sur le paganisme, les aléas du succès, la beauté de l’imperfection, les limites de l’homme et de la machine… 

Après avoir tourné dix ans en tant que DJ, tu te consacres exclusivement au live. Penses-tu que ces années à jouer un peu partout ont pu nuire à ton inspiration ?

J’ai beaucoup appris, j’ai parcouru le monde et rencontré des personnes très intéressantes mais j’aurais pu arrêter plus tôt car ça m’a distrait… Quand j’ai débuté, mon rêve était de faire des disques. Je ne savais même pas ce que faisait un DJ, je comprenais rien à la scène… Quand mon premier disque est sorti, c’était : « Apparemment tu fais de la house progressive, James !». Je ne savais pas du tout ce que c’était ! On t’invite à jouer et tu acceptes. Soudain, le temps a filé et t’as pas mis les pieds en studio depuis deux ans. C’est comme si t’avais oublié ce que tu faisais. Maintenant, j’ai l’impression de m’être réapproprié ça. C’était pas du temps gâché mais à la fin, j’avais l’impression de ne plus pouvoir m’améliorer. J’ai atteint ma limite en termes de mix : j’ai joué all night, passé toutes sortes de musiques et les morceaux les plus bizarres, fait danser le public sur du jazz… C’est super, mais qu’en reste-t-il après ? Avec du recul, j’ai compris que ça avait duré trop longtemps.

Tu as enregistré ton nouvel album en conditions live. Pourquoi avoir arrêté de travailler piste par piste ?

La manière dont on bosse en studio est une tradition, et peut-être qu’on ne doit pas l’accepter. Peut-être qu’elle n’a évolué que pour des raisons capitalistes, pour rendre le processus bon marché et reproductible… Si on compare une session ProTools avec une popstar d’aujourd’hui, c’était très différent dans les années 50, quand tout le monde devait savoir jouer et il n’y avait que 4 morceaux par enregistrement et si tu foires, c’est foutu. Quelque chose se perd dans la quête de rendement. J’ai rencontré ce professeur d’Harvard qui a étudié la temporalité humaine. Ses expériences ont prouvé qu’il y a une conversation : chaque petite erreur sur chaque note jouée, chaque déviation minime fait des vagues dans tout le morceau. Mathématiquement parlant, c’est beau. Y’a pas de triche ! Si tu enregistres une piste puis la suivante, la première piste n’entend pas la seconde, il n’y a pas de dialogue entre les deux. T’as perdu quelque chose… Cette conversation n’est pas juste la temporalité mesurée par la science. C’est l’expression pure, la forme du morceau, jusqu’aux arrangements du morceaux qui proviennent de ce dialogue. J’ai commencé à penser que j’allais trouver le dogme, le manifeste, les règles… et qu’avec ça viendrait la liberté. Mais je ne peux pas dire que je ne ferai plus d’edit pour le reste de ma vie, car c’est quelque chose de super à faire !

C’est donc un monde de possibilités auquel tu dis non pour le moment…

Cela te force à explorer d’autres possibilités, et sans pouvoir tout façonner avec précision. Je détestais déjà ça en musique électronique : dès que je ressens que c’est du sound design et non une performance, je m’ennuie et je décroche. Même en musique classique, il y a quelque chose de politiquement dérangeant dans le fait d’avoir tous ces musiciens talentueux devant une personne qui leur dit exactement quoi jouer, qui les contrôle… C’est contrôler les artistes pour amuser la bourgeoisie ! (rires). Pour me faire à ces règles, j’ai dû intégralement changer ma manière de jouer, d’utiliser les logiciels et plein d’autres choses, mais cela a ouvert de nouvelles possibilités. Je n’aurais pas pu faire le disque autrement, donc je suis heureux !

« J’ai atteint ma limite en termes de mix : j’ai joué all night, passé toutes sortes de musiques, les morceaux les plus bizarres, fait danser le public sur du jazz… C’est super, mais qu’en reste-t-il après ?»

Tes études de maths à Oxford ont-elles influencé ta perception de la musique et ta manière d’en produire ?

Probablement, oui. D’abord parce que cela a ouvert une porte vers le programming et m’a permis de comprendre les maths, le timing, de posséder ces outils-là. À l’université, j’ai lutté avec des maths trop compliquées pour moi mais quand c’est simple, quand tu peux voir l’ordre des choses, alors c’est très simple et tu peux l’écrire, ça fait sens… La musique possède un ordre qui semble atteindre plusieurs dimensions. Je ne comprends jamais vraiment pourquoi mon cerveau veut jouer cette note-ci et pourquoi ça sonne bien. Donc oui, il y a des maths dans la manière dont l’ordinateur appréhende la structure de la musique et cela me permet d’improviser d’une certaine manière, sans jouer les notes. Mais il y a bien d’autres couches… Mon psy a acheté mon disque et m’a dit « Je peux voir votre personnalité » !

Tu utilises choeurs, rythmes, titres et visuels faisant référence à la magie rituelle : parle-nous de l’influence du paganisme sur ta musique. 

Je ne suis pas particulièrement religieux, je ne crois pas en quelque chose de précis. On a adopté un chien à la SPA il y a quelques années et ça a vraiment changé ma vie. Sortir en forêt, se promener… J’ai compris que c’était là que je me sentais le mieux, en forêt avec mon chien et ma compagne, quand c’est tranquille. On a lu ce livre sur l’histoire païenne anglaise et sa continuation dans la société moderne, « Uprooted » de Nina LyonÇa m’a fait réaliser : « OK, je suis païen, j’étais païen avant, maintenant je comprends. » Un des clichés sur les hippies est qu’ils étreignent les arbres et leur parlent, mais tu ne parles pas à un arbre, tu ne communiques pas avec lui. C’est l’arbre qui communique avec toi, et toi, tu peux l’écouter. J’ai encore beaucoup à faire pour apprendre à écouter, mais il me semble que ce chemin mène à quelque chose d’important.

Que penses-tu de la connexion souvent évoquée entre rave et religion ?

Mes parents maintenaient la culture populaire en dehors de la maison, j’ai donc découvert ces choses très tardivement. J’ai grandi à Exeter, un coin très merdique de l’Angleterre, vraiment pro-Brexit, une région horrible quasiment dépourvue de toute culture. À dix-neuf ans, j’ai découvert que des gens montaient des soirées illégales dans des warehouses. J’ai été à quelques-unes de ces free party et ça a sans doute eu l’effet d’une expérience religieuse. La manière dont les règles de la société changent dans ces espaces m’a vraiment marqué, autant que le sentiment d’inédit, de n’avoir jamais entendu quoi que ce soit de la sorte auparavant. Une de mes erreurs en tant que DJ a été de penser que la musique électronique se renouvelait en permanence. L’idée m’attirait. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que c’était circulaire, que la mode n’a rien de nouveau. Ça fait sans doute partie de ma déception vis-à-vis de ces dix ans… Je ne pouvais plus boucler la boucle, j’arrivais plus à transformer quelque chose de passé comme si c’était nouveau. 

« La musique possède un ordre qui semble atteindre plusieurs dimensions. »

Parle-nous de ta récente rencontre avec la musique Gnawa.

Ce qui m’a frappé en collaborant avec ces musiciens à plusieurs niveaux, c’est de réaliser à quel point mon ordinateur et mon modulaire sont bêtes : ils ne peuvent pas faire partie d’un groupe, ils veulent juste continuer sans écouter… Des machines, en gros. Réaliser cela m’a mené à tous les développements techniques et au fait de jouer live. Quand ça a pris, qu’on a joué et pu sentir la connexion, Maalem Mahmoud Guinia a haché la percussion et m’a embarqué dans cette grosse rupture trance. Les drums se sont arrêtées, il a construit et construit puis a hoché de la tête et dropé le riff principal à l’apogée du morceau. C’était la même structure que les disques que je faisais à dix-neuf ans, cette montée et décharge d’énergie, mais il n’a jamais été en club ! Il sait sans doute ce qu’est la musique électronique mais il n’a jamais fait cette expérience… On a le même cerveau, le même esprit et la même réponse à la musique et aux autres. Vu l’état actuel du monde, je me demandais « Est-ce OK d’incorporer du Gnawa dans ma musique ? » et je me suis dit que c’était important, justement. Il y a une connexion et si je peux la montrer, peut-être que les gens verront le lien. C’est ma petite contribution. Je ne crois pas que cela change quoi que ce soit mais on doit essayer !

Durant les années 60 aux Etats-Unis, la côte Est appliquait les sons synthétisés aux formes de musiques traditionnelles tandis que la côte Ouest embrassait les spécificités du synthétiseur. Il y a aujourd’hui des groupes acoustiques qui font l’inverse : ils prennent les patterns de l’électronique et les appliquent à l’acoustique. As-tu pensé à composer au modulaire et demander aux musiciens de reproduire ce que tu as enregistré ? The Inheritors a des mélodies très intéressantes composées au séquenceur auxquelles un musicien traditionnel ne penserait pas…

On arrive assez rapidement aux limites humaines. Par exemple sur The Inheritors, le morceau « Gone Feral» est fait à partir de générateurs d’enveloppes allant dans des quantificateurs de gammes afin que les notes soient déterminées par la courbe de l’enveloppe. Même en essayant de montrer les drums à Tom, c’est pas naturel à jouer pour quelqu’un. Je vois dans l’ordinateur et le modulaire la capacité d’augmenter, de rehausser ce que je peux faire… Peut-être que des talents différents mènent à des résultats différents. La précision des machines peut être magnifique, la liberté des musiciens l’est aussi: peut-être vaut-il mieux se concentrer sur la force propre à chacun.

 

 

The Animal Spirits est-il entièrement improvisé ou as-tu monté les morceaux ?

On a pas vraiment monté, on a enregistré trois prises par morceau. À la deuxième ou troisième, on était tous d’accord : c’est bon. L’improvisation est dans les petits détails, mais elle est surtout dans la manière dont ça monte et descend. C’est la véritable magie de jouer live. Si la dynamique semble bonne à cinq ou six personnes, l’enregistrement est bon. Si tu travailles à la souris derrière ton ordi, ça arrête de sonner juste parce que c’est là, c’est tout, et que tu le joues et rejoues en essayant de faire quelque chose de bon. La différence entre le design et la perception d’un arrangement est la chose la plus importante. En matière de musique trance, l’arrangement – la montée et descente d’énergie – est tout. C’est comme ça que la magie prend. Si tu te plantes là-dessus, les connexions ne se font pas. Bien sûr t’as besoin d’une jolie mélodie, mais tout le monde peut faire ça ! L’important c’est la circulation, la manière de saisir l’audience. Quand je mixais en mode promo, ça me rappelait cette scène typique aux cartoons où les personnages courent en faisant du sur place. Il y a de la musique qui essaye trop de plaire et à son écoute je pense « Allez vous faire foutre, vous avez tout faux ! », parce que cette circulation s’est noyée en route et que ça devient du racolage.

Existe-t-il un style de musique qui n’est jouable qu’en studio ? Il semble qu’il y ait de nombreux live simulés.

Les faux live m’énervent vraiment ! Ils sont partout, même dans les groupes jouant avec une guitare…

Maintenant qu’on ne vend plus vraiment de disques, les artistes doivent tourner pour vivre. Penses-tu que l’IDM et d’autres genres raffinés de musiques électroniques soient voués à disparaître à cause de cela ?

Il y a sûrement des moyens de les retranscrire en live, si tu comprends la mécanique de tous les détails… ou si t’as un max patch très bien fait ! Cette musique est parfois fantastique et ces artistes doivent aussi gagner leur vie, donc si Oneohtrix veut juste appuyer sur Play et rentrer chez lui… Ce qui m’énerve vraiment c’est les artistes qui font semblant (gestes exagérés de réglages de boutons). J’ai toujours envie de les interpeller, de prendre en douce des photos depuis l’arrière de la scène pour les partager sur Twitter, mais la plupart de ces artistes sont plus connus que moi donc je me retiens !

Après avoir joué dans les plus grands clubs et festivals, ce live en groupe est-il également intéressant parce qu’il te permet de revenir à de plus petites salles ?

Je me sens davantage connecté à ce qui arrive avec le groupe. Les personnes qui t’entourent influencent vraiment ce qui se passe, et le public ne vient pas forcément là pour te voir toi. Tu te sens très connecté à ton public quand tu mixes, mais il y a une limite à ce que tu peux faire. C’est la différence essentielle. Avec un groupe, on peut vraiment changer du tout au tout… Être connecté fait plus de sens. C’est également bon pour moi d’être entouré en tournée. Je le vois en tant que patron de label : les DJs et beaucoup de gens dans la musique électronique peuvent se perdre, ce monde peut être très toxique. Ce à quoi on en vient pour se sentir bien… et les conséquences auxquelles certains doivent faire face.

« L’important c’est la circulation, la manière de saisir l’audience.»

Y a-t’il eu un moment dans ta carrière où tu as pensé pouvoir te perdre ?

J’ai de la chance parce que j’étais dans une relation tout du long. Donc déjà, ces choses-là ne m’ont pas distrait… Et j’ai compris très jeune que la plupart des drogues me rendaient juste super déprimé après coup, j’allais donc pas partir là-dedans. Même la carte de grand voyageur est mauvaise pour ton âme ! Après un an de studio, je ne l’avais plus et j’ai compris l’influence qu’elle avait, la séparation… Passer devant tout le monde parce que tu le mérites. Mais peut-être est-ce déjà la crise de la quarantaine ! 

Abandonnes-tu le DJing pour de bon ?

Je pensais toujours que j’y retournerai un jour mais ça me semble déjà si loin… Ça ne vaut pas la peine de laisser le chien pour aller mixer, mais ça vaut la peine de le laisser pour faire partie d’un groupe !

Recherches-tu toujours de nouveaux morceaux ?

Oui, mais mon rapport à cela a changé. Surtout quand j’ai arrêté de digger la première fois, je me suis juste éteint d’un coup. Je voulais jouer si large, trouver des morceaux qui me le permettaient… J‘écoutais de tout et tentais d’avoir une opinion sur tout, mais ce n’est pas sain ! Un mois à n’écouter qu’un ou deux albums dans la voiture et à la maison a ravivé mon amour pour la musique. J’ai recommencé à chercher des sons, mais dans une direction complètement différente.

« Vu l’état actuel du monde, je me demandais « Est-ce OK d’incorporer du Gnawa dans ma musique ? » et je me suis dit que c’était important, justement. Il y a une connexion et si je peux la montrer, peut-être que les gens verront le lien. »

Comment est-ce de porter The Animal Spirits à la scène. Y a-t-il de la place pour l’improvisation pure ?

Nous avons des morceaux car même si mon ordinateur assure, il ne peut rien faire sans un peu de travail en amont. Afin qu’il soit safe de jouer le morceau live, il me faut quelques heures pour connecter tout ce qu’il faut pour faire un morceau. Les changements qui arrivent sur scène sont davantage dans la forme, la structure et le timbre particulier du morceau. Je vais bientôt y injecter de nouvelles idées. Par exemple, «Pass Through the Fire» : la première fois qu’Etienne (Jaumet, saxophoniste) et Tom (Page, batteur) l’ont jouée, c’était sur scène. Je leur avais seulement fait écouter la démo sur mon téléphone.

T’as donc enregistré des démos au préalable pour les faire écouter aux musiciens ?

Ils se les approprient et les changent, c’est comme ça que la magie opère. Mon rôle à moi, enregistrer les démos, semblait plat…«Pass through the Fire» est le premier morceau que j’ai écrit après mon dernier album. Après l’avoir joué sur scène avec Tom et Etienne, enregistrer une démo studio semblait vraiment dénué de vie. La déconstruire, l’incorporer à mes sets live, la jouer à Tom… Apprendre le rythme Gnawa lui a pris un moment car c’est assez complexe, mais la première fois qu’on l’a jouée sur scène c’était instantanément meilleur que la démo, plein de vie en comparaison. J’avais l’habitude de faire ça simplement en fumant et passant dix heures à bouger des trucs avec ma souris jusqu’à ce que ce soit assez complexe. Maintenant cela se crée de soi-même, grâce au feedback, à ce magma créatif.

 

En avais-tu marre de monter ta musique ?

En live, tu vas immédiatement au bon résultat, sans les tâtonnements… Tu sais, ils savent. La musique se crée d’elle-même grâce aux attributs de chacun. C’est beau, c’est magique ! Ça touche à l’instinct. « Straw Dogs » – un bouquin de John Gray vieux de dix ans – résonne particulièrement avec la science d’aujourd’hui, les pans du conscient et du subconscient… Ton cerveau rationnel est vraiment bête comparé à ton subconscient. Si je t’envoie cette pomme, tu ne peux pas calculer sa trajectoire mais tu sais, tu as l’instinct de la rattraper… ou de te protéger le visage si je lance mal ! (rires) C’est la même chose en musique : ce qui avant me prenait une heure à bouger des trucs, si je me laisse aller et le joue, alors c’est fait et c’est bien meilleur.

Tes musiciens peuvent réagir instantanément. Comment gères-tu cette réactivité ? Essayes-tu de l’augmenter ?

Ils sont entraînés, au jazz et au rock principalement. Une fois qu’ils connaissent le morceau, ils ont cette réactivité. Avec Ableton, quand les gens jouent sur scène, 99,99% du temps, soit ils jouent des pistes préenregistrées, soit ils connectent les points dans la trame et cela ne fait que jouer exactement ces points… Quand j’apprends un morceau au groupe, c’est d’abord la séquence centrale, ensuite la mélodie, puis une suggestion de rythme, et toutes ces choses peuvent varier et si tu connais les accords, alors le calcul de tous les réarrangements possibles de la mélodie est dans les capacités de l’ordinateur. Les boutons que j’ai en face de moi me permettent de bouger les choses : renverser, retourner, etç… J’ai donc de la réactivité dans certains paramètres que j’ai défini en premier lieu, ce qui impose une limite tout en demeurant ouvert.

« Ton cerveau rationnel est vraiment bête comparé à ton subconscient.»

Ta dernière tournée était l’hommage à Terry Riley joué live avec Camilo Tirado. Cela a-t-il influencé The Animal Spirits ? 

La chose la plus difficile avec cet hommage était de changer mon échelle de temps et mon assurance afin d’être lent. Je suis ce mec qui flippe lorsqu’il fait des courses et ne peut pas trouver la monnaie exacte… Je donne un billet de vingt illico, je veux pas que les gens attendent à cause de moi ! Je me sentais parfois comme ça en tant que DJ : « Je passe à la suivante, ils s’emmerdent ». Avec le projet Riley, je n’avais que deux parties d’orgue et nous avions une heure à remplir, alors je devais y aller lentement. Ça m’a fait le plus grand bien, de me forcer à ne pas y mettre plus de trucs, seulement les inversions, rotations et permutations des orgues. Cette lenteur, savoir ne pas se précipiter vers un sommet : c’était très bon pour moi.

 

 

Choisis-tu consciemment de produire de la musique basée sur une seule base rythmique, à la manière trance ?

Chaque morceau n’est qu’une seule chose, c’est ce que j’aime vraiment en musique. Dans le Gnawa, tout comme dans beaucoup de musique malienne, c’est toujours une même chose qui pourtant ne se répète jamais vraiment. Les musiciens trouvent moyen de changer au sein de cette chose… Je n’ai jamais aimé les arrangements délimités en plusieurs sections. Je ne peux pas composer ça, je ne peux pas faire les transitions ! La musique répétitive, tu l’explores quand tu l’écoutes. Le son n’a pratiquement pas changé, c’est ton attention qui glisse. C’est un peu comme de la méditation. J’aime ça et j’ai besoin de ça… pour ne pas péter un plomb !